PAREN : Tahirou, comment il cohabite avec Bado

Publié le jeudi 11 juin 2015

Au PAREN, les présidents passent, le fondateur demeure. Bado Laurent est le totem du parti. S’il a consenti l’alternance à la tête du parti, c’est pour mieux le contrôler. Il a jusque là cramé les présidents en très peu de temps. Certains n’ont même pas eu le temps d’achever leur premier mandat statutaire. Avec Tahirou Barry, l’attelage improbable au départ, résiste au temps. Avec doigté, l’actuel président a su gagner ses prérogatives de président sans froisser l’ombrageux Bado.

Tahirou Barry a été d’abord un étudiant de Bado, à la faculté de droit. Comme Abdoul Karim Sango et dans une moindre mesure Mathias Tankoano, ils vont constituer, comme d’autres jeunes les premiers adhérents du PAREN. Ils ont tous en commun d’être d’abord des admirateurs du professeur, avant de devenir plus tard, les militants du parti qu’il va créer à la fin des années 1990. Certains d’ailleurs, comme Sango (certains l’appellent le petit de Bado ou le petit Bado) ont tellement admiré le professeur qu’ils ont voulu en devenir la photocopie.
Mais en 2010, au congrès d’un PAREN en pleine tourmente, (l’affaire des trente millions) et en pleine instabilité (son président en exercice a maille à partir avec Bado, comme ses prédécesseurs avant lui), c’est Tahirou Barry, le discret, qui rafle la mise et non le presque sosie parfait de Bado, Abdoul Karim Sango. Depuis lors l’ «  orgueil » Peulh semble faire un tandem plutôt efficace avec la « suffisance » gourounsi. Tahirou qui connait très bien son professeur sait comment le prendre. Il faut dire aussi que l’échec cuisant du professeur aux élections passées, la présidentielle de 2010 et les législatives de 2012 conjugué aux effets dévastateurs de l’affaire des «  trente millions de Blaise  » ont fait de lui «  un grand blessé politique  ».
Cette arène politique cruelle et impitoyable dont on ne sort jamais indemne. Laurent Bado qui est venu en politique pour en moraliser les mœurs, a été piégé par cette rocambolesque affaire des trente millions que le président Compaoré aurait insidieusement donné à «  l’OBU  », un regroupement politique que le professeur avait constitué avec le Chat Noir de Nayala, (Emile Paré) dont le but déclaré est de permettre à «  Bado d’être en bonne position de succéder à un Blaise Compaoré fatigué de la politique  ». Laurent Bado, tout intelligent qu’il est, a compris trop tard que Blaise c’était payé sa tête, même s’il refuse toujours de l’avouer.
Tahirou Barry prend la tête du PAREN dans le sillage de cette affaire, mais avec le plein consentement de Bado. Il entreprend alors patiemment et précautionnement à en devenir le vrai patron en donnant des gages au fondateur du parti dont l’ombre tutélaire est pesante. Les écueils n’ont pas manqué. Régulièrement Tahirou Barry a dû affronter de longues séances d’explication chez le professeur contre les accusations et les calomnies des rivaux.
Quand en 2014, en présence d’un Bado Laurent à Bobo Dioulasso, il obtient l’investiture du PAREN pour la présidentielle de 2015, une page venait d’être tournée dans la vie de ce parti. Pour la première fois de son histoire, le PAREN est né 1999, quelqu’un d’autre que Bado obtenait le droit d’en être le candidat à une présidentielle. L’évolution est si phénoménale que beaucoup ont mis du temps à s’y faire. D’autres, pour dire vrai, sont encore septiques.
La dernière preuve de cette page tournée a été donnée le 17 mai dernier, quand pendant une conférence publique du PAREN, Laurent Bado, en premier ministre putatif, d’un éventuel gouvernement du parti a décliné les grandes lignes du programme de gouvernement. En politique, il ne faut jamais dire jamais, mais sauf catastrophe, Tahirou devrait défendre les couleurs du PAREN en octobre prochain.

PAREN, une usine à idées

Le parti de la Renaissance s’est illustré jusque là par des propositions politiques inédites. A la conférence publique du 17 mai dernier, Bado dans son programme de gouvernement en a fait, de nouveau, un étalage. Sur tous les domaines de la vie nationale, le PAREN propose des solutions qui en certains points ne sont pas loin de ressembler à l’instauration de «  l’ordre moral  ». Par exemple au niveau de la politique Culturelle du PAREN il va être institué «  l’interdiction d’importer et de produire les revues et les films pornographiques. De même les musiques et les danses suggestives sont interdites ». Avis donc aux amateurs du Dombolo congolais et du Couper-Décaler ivoirien.
Au niveau politique, l’instauration d’un gouvernement «  de gens intelligents  », suivant la maxime de Léon XII qui veut que les « cités ne sont jamais mieux administrées que lorsque les gens intelligents sont au gouvernement ». Du point de vue des libertés, c’est le règne de la loi avec interdiction de mendicité sur la voie publique, les nuisances sonores en ville et le respect du code la route. La presse doit évoluer dans le respect «  à la lettre  » de la déontologie, avec un CSC reformé dans sa composition et ses attributions. Des aspects que le programme du PAREN ne spécifie pas par contre.
Sous le PAREN, au niveau politique, la création des partis va être réglementée de façon draconienne, avec l’obligation «  de se prévaloir d’une doctrine ». Les Statuts copiés-collés seraient interdits.
Mais c’est la conception des institutions qui est très originale. C’est une démocratie qui part de la base. Le suffrage universel direct est supprimé et remplacé par un suffrage à plusieurs degrés. La circonscription de base c’est la commune et le village. A ce premier niveau sont élus au suffrage universel direct les conseillers municipaux et villageois. Ces conseillers se réunissent pour élire les conseillers départementaux et provinciaux. Eux à leurs tours élisent les gouverneurs de province. Ensuite réunis en collège les conseillers villageois, communaux, départementaux et provinciaux élisent les conseillers nationaux qui correspondent aux députés. Les conseillers nationaux à leur tour élisent le président du Faso. Cette formule élimine selon le PAREN, les achats de conscience et la corruption électorale. Il prévoit quand même une législation très dure à l’encontre des achats de conscience et les fraudes électorales. Une façon de reconnaitre qu’il peut subsister tout de même de la corruption. Le PAREN institue pour le contentieux électoral un Conseil national électoral (CNE) composé à peu près comme la CENI actuelle mais présidé par un magistrat du Conseil Constitutionnel.
Sur le plan économique, c’est l’instauration du « capitalisme populaire  » ou le «  communautarisme africain ». Une société de liberté et de solidarité sur le modèle des « entraides de culture » dans les villages connus aussi sous le nom de «  sosoaga  » chez les Mossé. Cette vision économique a pour moteur l’agriculture et les aménagements hydro-agricoles comme moyens de production. Le PAREN propose de supprimer les prisons et d’utiliser les détenus comme des travailleurs dans ces unités de production. Sur ces aménagements sont installées les communautés de production Agro-pastorales qui accueillent 20 à 30 jeunes par communauté.
Au niveau industriel, c’est l’actionnariat populaire, avec pour objet de faire «  du peuple le propriétaire et du capital et du travail, d’où la résolution historique de l’antagonisme entre le capital et le travail, la synthèse féconde de 1789 et 1917  ». Le PAREN est donc prêt à gouverner. Il ne reste plus que le peuple le veuille bien.

Par Newton Ahmed BARRY

Bio Express : Tahirou BARRY, un jeune président qui dérange déjà !

Beaucoup l’ont découvert le 1er juillet 2010 lorsqu’il prêtait serment en qualité de président du PAREN (Parti de la renaissance nationale). Or, ce jeune juriste de 38 ans né à Gagnoa en Côte d’Ivoire, peu bavard et même très timide, s’est lentement et discrètement forgé une expérience et une carrure d’homme politique depuis septembre 1999.

Alors étudiant en droit à l’université de Ouagadougou, Tahirou découvre avec admiration Laurent BADO, son enseignant en droit constitutionnel dès sa première année. Depuis lors, il apprend discrètement à l’ombre de Laurent BADO qui fut son conseiller lorsqu’il était le rédacteur en chef du journal «  Le juriste  » de la faculté de droit (…) Séduit par les idées que son professeur développait à l’occasion de ses cours, il n’hésite pas un seul instant à créer en compagnie d’autres camarades une cellule estudiantine pour soutenir le PAREN (…) Il en sera le secrétaire général en 1999. Trois ans plus tard il intègre le Bureau exécutif national du parti en octobre, en qualité de Secrétaire adjoint chargé des relations extérieures. Il va gravir les échelons pour devenir le président du Parti le 1er juillet 2010 au cours d’un congrès extraordinaire.

Tahirou dérange régulièrement…

Depuis qu’il dirige le PAREN, le jeune président dérange régulièrement le régime de la quatrième république. Déjà en avril 2011, au meeting de l’opposition appelant Blaise COMPAORE à dégager du pouvoir, il est le premier des cinq leaders politiques à prendre la parole pour dénoncer la fracture sociale, comme seul héritage du régime COMPAORE (…) Son esprit critique avait déjà surgi quand il était encore lycéen et ce fut le ministre des sports en tournée d’explication des forces vives du bien-fondé de l’organisation par le Burkina de la CAN 98 qui fut le premier à s’en rendre compte. Après s’être infiltré dans la salle de réunion sans y être invité, il sème le trouble dans l’assistance en étant la seule voix discordante à dénoncer «  la folie du Burkina à injecter des milliards dans un jeu au moment où l’immense majorité de la population croupit dans la misère ». Son interpellation lui valut une sévère mise en garde par une autorité politique de la région après la rencontre sur ce qu’elle a considéré comme une impertinence.

Assumer des responsabilités très tôt

Dès le lycée Bafuji de Gaoua, il apprit à assumer des responsabilités en tant que délégué de classe de la seconde jusqu’en terminale, membre du bureau du lycée et dirigeant de l’Association des élèves et étudiants musulmans du Conseil Général du Poni pendant plusieurs années.

Du rêve de journaliste à la réalité de juriste

Au plan professionnel, Tahirou rêvait depuis son lycée d’embrasser la carrière de journaliste ou d’enseignant de philosophie. Déjà, dès sa classe de seconde, il fut successivement chroniqueur sportif à Radio Gaoua puis à Radio Canal Arc en Ciel Ouaga après son admission au BAC et rédacteur en chef du journal de la faculté de droit pendant deux ans. Mais son destin n’était ni dans le journalisme ni dans la philosophie. Il se rappelle amèrement le rejet de sa demande de stage à la TNB en 1998 alors qu’il espérait se forger profondément dans ce qui le passionnait.
Il fut plutôt recruté à la fonction publique en qualité de juriste à l’issue d’un test avec des amis comme VIGNIGBE Adama, ex Secrétaire Général de la Fonction publique, SANGO Abdoul Karim aujourd’hui enseignant permanent à l’ENAM. 
A 29 ans, Tahirou est nommé par le professeur Joseph PARE en qualité de Directeur des ressources humaines de l’Université de Ouagadougou, fonction qu’il exerce pendant trois ans avec plus tard le professeur Odile NACOULMA comme présidente de l’Université avant de s’engager dans le secteur minier où il occupe actuellement la fonction de chef de personnel.

(Source lefaso.net par Moussa Diallo)


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