Concours de la fonction publique : Le calvaire des candidates mères 

Publié le jeudi 11 juin 2015

Les dépôts de dossiers des concours de la fonction publique ne se font pas sans difficultés pour les candidats. Pour les candidates mères c’est un véritable chemin de croix. Certaines plus furieuses tentent dans la bousculade de déposer leur dossier pendant que d’autres se sont résignées à suivre le rang normal.

Aguiratou Rakissaga est une fille de 26 ans. Candidate aux concours de la fonction publique session 2015, elle est venue ce 20 mai au stade du 4 août pour déposer ses dossiers. Elle pèse lourd. En effet, dans ses bras, elle tient son enfant, une fille d’un an. En plus de son sac à main où on voit un pagne, un bidon d’eau et des paperasses. Cette candidate, élève en classe de Terminale D est venue « tenter sa chance » pour la 2e fois consécutive. « Cette année je compte déposer six (6) dossiers. L’année passée c’est deux (2) seulement que j’ai déposés » confie-t-elle avec un sourire narquois. Cependant, comme chaque année, les dépôts ne se font pas aisément. Et Aguiratou le sais très bien. Pour cela, elle s’est arrangée pour être au lieu de dépôt à 6 heures comme elle le dit : «  J’ai quitté la maison, à Pissy, pour être là à 6 heures  » A cette heure-ci, elle est loin d’avoir une bonne place. Aux environs de 9 heures son enfant se met à pleurer. Un soleil de plomb frappe sur les têtes en effet. Un climat insupportable donc pour la fillette. Elle tente alors un plaidoyer pour pouvoir déposer son dossier au guichet où on pouvait lire «  ENAREF C  » mais sans succès. L’air triste, elle confie : «  L’enfant pleurait et j’ai voulu négocier pour déposer mais les gens ont refusé. Si je dois suivre le rang, il faut attendre jusqu’au soir (14heures selon l’heure convenue de réception des dossiers : ndlr) » La jeune mère se retourne vers un agent de sécurité. Mais celui-ci par peur de s’attirer les foudres du gros monde bouillant derrière, lui dit à voix basse : « il faut patienter un peu  » Pendant ce temps voilà qu’arrivent six autres candidates mères au niveau du guichet. Les enfants sont dans le dos ou dans les bras. Dans la foule, des voix montent : «  pas de négociation. Il faut les empêcher d’intégrer les rangs. Il fallait venir tôt comme nous  ». Les femmes feignent de ne rien entendre. Mais les voix montent de plus en plus débitant des propos souvent insolents à leur égard. Les six (6) candidates mères sont obligées de rebrousser chemin. Certaines étalent des pagnes et s’asseyent dessus pendant un moment pour allaiter les enfants. D’autres font des va et vient, les enfants dans les bras ou au dos question de calmer ces bambins de plus en plus agités sous l’effet de la chaleur. Pour certains contestataires, il ne faut pas laisser filer sa chance au profit d’un autre. « On est tous là pour chercher du travail. Et si on laisse quelqu’un passer rien ne prouve qu’il ne part pas avec vos chances de réussite » explique Alexis Daboné. Ce guerrier (ainsi l’appellent ses amis) de 25 ans dit être là avant 6 heures. Habillé en t-shirt Etalon du Burkina, il tient dans ses mains son dossier, des documents de psychotechnique et actualité-culture générale. Pour ce harangueur de foule, il n’y a qu’un seul principe : « que celui qui vient en retard attende de passer après les autres » « Toi tu es mon gars. Tu as bien parlé » encourage ainsi un de ses amis.

Tenir compte des candidates mères

Aminata Kaboré est une candidate mère de 35 ans. Elle joue cette année sa dernière carte. Si par malheur elle échoue à cette édition, elle tombe sous le coup de l’inéligibilité d’âge (36 ans). Elle est mère d’une fillette de 2 ans. Venue en retard (aux environs de 9h 30), elle doit impérativement s’aligner. Cependant, le soleil qui frappe sur les têtes n’est pas son meilleur ami. Accablée par la chaleur, la fillette crie. Madame Kaboré pour la calmer lui donne à boire. Si l’enfant a marqué une trêve ce n’est pas pour longtemps. Elle reprend en effet de toutes ses forces les pleurs. «  Qu’est-ce qui se passe madame » demande-t-on. « Je pense qu’elle ne doit pas être bien portante. Hier, à pareille heure elle a eu le corps un peu chaud » explique-t-elle tout en fouillant dans son sac. Curieux, on regarde ce qui va en sortir. Ce sont des produits en comprimés. Séance tenante, elle achète de l’eau et fait avaler à l’enfant deux comprimés. «  Dans ce cas, il serait intéressant que vous trouviez un endroit pour vous abriter sous l’ombre » conseille ainsi une autre candidate qui ajoute, l’air stupéfaite : «  si les gens allaient accepter laisser la femme déposer son dossier…  » Mais c’est méconnaître Aminata Kaboré. Soudain, elle se dirige vers le guichet de réception. Une voix hurle de la foule : «  serrez le rang  » Madame Kaboré, telle une furie, n’a qu’un seul objectif : déposer son dossier. Malgré les récriminations de certains, elle ne dit rien. Elle se fraye un passage, double les gens et la voilà devant le guichet. Les 6 autres candidates mères et Aguiratou Rakissaga la suivent. Un agent de la police vient pour s’interposer et dit à son collègue : «  si ce sont les femmes enceintes on peut accepter mais celles qui ont des enfants non.  » En fait, les femmes enceintes sont considérées comme faisant partie de la catégorie des candidats qui présentent un handicap. Au guichet, Aminata Kaboré donne son dossier au réceptionniste. Celui-ci après examen lui donne le récépissé. «  Bonne chance… » lui lance-t-il. Madame Kaboré jette son enfant au dos et se sauve sans répondre au bruit. « Vous voyez comment les gens ne veulent pas s’entraider ! Nos camarades femmes enceintes ont la chance qu’elles soient privilégiées. Mais il faudrait aussi qu’on tienne compte de nous autres. Imaginez qu’une femme qui a un enfant se lève très tôt soit disant qu’elle vient pour déposer son dossier. C’est des risques… » Son téléphone sonne et cette phrase elle ne la termine pas. Quant à ces camarades d’infortune, les agents de la sécurité ont fini par trouver la formule qui sied. Il les filtre une à une après trois ou quatre candidats dans le rang normal. C’est cela qui a permis à Aguiratou Rakissaga de pouvoir déposer son dossier à temps aux environs de 10 heures. Le visage rayonnant, elle se lâche : «  je dois dire merci aux agents de la sécurité sinon je ne pourrai déposer mon dossier avant 14 heures » Pendant ce temps, les candidates mères au guichet de dépôt de l’ENEP sont assises à même le sol. Certaines baillent et d’autres allaitent leurs enfants. Une aura trouvé la meilleure manière de faire. Elle s’est trouvé un coin sous l’escalier conjuguant à merveille le verbe dormir au temps présent.

NB : reportage réalisé au cours d’une formation initiée à Ouagadougou par Canal France International.

Par Basidou KINDA


Commenter l'article (3)