Jusqu’où iront nos EMBONERAKURE ? : J’ai mal pour mon pays !

Publié le jeudi 11 juin 2015

Je n’en reviens toujours pas de certaines attitudes qui se développent dans notre pays. Sous le couvert de ce que certains sont devenus les « Embonerakure » (en Burundais les milices de Nkurunziza) de la transition, ils pensent que ce sont eux qui ont fait ce pays. Des gens hier encore anonymes, toujours d’ailleurs pour certains, sont devenus aujourd’hui les ayatollahs de la conscience des autres. Ce sont les milices de la transition ou des responsables de la transition qu’on ne peut plus critiquer. La critique est devenue un crime.

Un certain OLLO Kambou

Sous le prétexte de défendre la transition, le sieur OLLO Kambou a décrété qu’un complot serait en marche et certains journalistes, dont nous mêmes, recevions « des subsides  » pour orienter nos écrits. Et lui Ollo chantre du pays qu’il aime plus que nous autres apatrides, aurait reçu mission, de je ne sais qui, de nous couvrir d’opprobre à la moindre occasion.
Le courroux du sieur Ollo, un post qui a repris une interview de Hervé Ouattara (CAR), dans l’Observateur Paalga du 4 novembre 2014. Un post que nous avons partagé, le 23 mai sur notre mur Facebook. C’est notre crime. Ce serait «  des propos de caniveaux  ». Eh bien si tel est le cas, il faut vous en prendre à votre Dieu Hervé Ouattara, ces propos sont de lui. Si ce sont des propos de caniveaux, c’est lui qui en est l’auteur.
Evidemment certains responsables de la transition ont lâché leurs Embonerakures à mes trousses, croyant me faire taire. Sauf s’ils ôtent ma vie, ils ne pourront jamais m’empêcher de dire ce que je pense. Toute ma vie j’ai bataillé pour faire de mon pays, un havre de démocratie où les droits humains sont respectés pour tous y compris ceux que je n’aime pas qui ne m’aiment pas et dont je ne partage pas les opinions. C’est pour ça que je me suis battu toute ma vie. Les gens de l’espèce de l’Ollo Kambou sont ceux qui dans le camp de Blaise Compaoré ont conduit le pays où il est. Ce sont les mêmes qui vont conduire la transition à sa ruine. Elle a déjà emprunté du reste les marches qui conduisent à cet abîme. Quand un régime se construit sur la terreur et le refus de la contradiction, il n’a pas besoin d’un ennemi extérieur, lui-même suffit à sa propre perte. C’est le cas, malheureusement de la transition.

Quelles sont mes idées ?

Je rêve pour mon pays qu’il soit un pays de paix, de démocratie, de valeurs humaines et de respect de la différence. C’est le sens de mon engagement. Depuis près de 25 ans, je suis sur cette ligne et je défie quiconque de dire qu’il m’a pris à défaut. Je ne me suis pas découvert un engagement parce que j’ai respiré des gaz lacrymogènes le 30 octobre 2014. Moi depuis 1988, (demander à Saran Sérémé et à Koussoubé Yacouba, en mai 1988, nous avons bravé Gaspard Somé, le cruel du Conseil de l’Entente pour demander justice pour Thomas Sankara) je bataille et je respire des gaz lacrymogènes. Je n’ai jamais rien demandé. Personne ne m’a déjà vu dans les assemblées sankaristes pour obtenir quoi que ce soit. En ces moments difficiles, où nous fils de paysans aurions pu laisser nos peaux, certains « Embonerakures », comme les sieurs OLLO n’étaient pas nés. D’un mot encore sur cette période de 1988. Je souhaite vraiment que Saran Sérémé accepte parler. Certains qui se pavanent avec Mariam Sankara aujourd’hui vont entrer dans leurs petits souliers. Mais bref ! C’est la vie. Certains comme on dit sont nés après la honte.
Et puis l’engagement c’est plus facile quand, chaque matin on peut aller frapper à la porte de Zida ou de Chérif et prendre le thé. L’engagement dans l’adversité, c’est ça qu’on appelle l’engagement. Quand on est reçu par Zida et par Cherif on peut dire ce que l’on veut : «  La SONABEL n’y comptez pas, parce que Blaise faisait de la prestidigitation pour la faire marcher et Zida ne sait pas faire ça ». Et personne n’a le droit d’avancer une opinion contraire. De dire c’est vrai, mais ça n’excuse pas qu’un gouvernement ne puisse pas trouver du fuel pour faire fonctionner les centrales. Que même s’il faut aller à Canossa, un responsable doit le faire dans l’intérêt de ses concitoyens.
En ce qui concerne la loi Cherif, dont la dénomination outre au plus haut point les «  Embonerakure ». Ma position est la suivante. Pendant plus de cinquante ans, nous avons dans ce pays fait dans l’exclusion, l’humiliation des vaincus et l’intolérance. Est-ce que pour une fois, on ne peut pas essayer autre chose ? Construire les bases consensuelles d’une nouvelle société, après la catharsis de la justice et du pardon. En disant ça, bonnes gens, dites-moi en quoi on contribue à fragiliser la transition ou à vouloir sa chute ?
Je reste intimement convaincu pour avoir vécu les situations d’exclusion sous les régimes passés que cette voie ne nous mènera que dans les tourments. L’exclusion appelle l’exclusion. L’humiliation appelle l’humiliation. Ceux qui sont vaincus aujourd’hui et humiliés vivent dans l’obsession d’une vengeance, eux et leurs familles. Et forcément le jour de leur vengeance arrivera. On va encore recommencer. On ne peut pas construire un pays durablement sur cette base. En tout cas ce n’est pas le pays dont je rêve pour moi et pour mes enfants. J’étais le 30 octobre à l’assemblée nationale. J’ai vécu en direct les événements. J’ai vu comment certaines personnes hier seulement arrogantes, ont fui et ont escaladé les murs. Certains ont été massés derrière une pick up de la gendarmerie pour être exfiltrés. Ce sont des gens qui roulaient que dans des voitures climatisées. Pour moi ce 30 octobre, le peuple a pris sa vengeance et de la plus belle des manières. Il n’est plus nécessaire de continuer le purgatoire. Et puis ces gens que nous vouons aux gémonies ce sont nos compatriotes, nos frères et nos sœurs. Nous ne parlons pas d’ennemis extérieurs. Cette façon que certains ont d’avoir une haine indicible me dépasse. Cela est étranger à ma philosophie de vie. Je peux m’opposer frontalement à quelqu’un pour mes idées. Mais pas plus.
Je pense que je suis habilité à prôner cette élévation et ce dépassement, d’autant plus que j’ai toutes les raisons de haïr le régime de Blaise. Il a compromis ma carrière à la fonction publique que j’ai intégrée comme major de ma promotion. Il m’a rendu la vie difficile et stressante au point de devoir vivre aujourd’hui avec des stents dans les artères de mon cœur et un diabète. Donc beaucoup plus que les OLLO qui se comportent en de pauvres «  Embonerakure  », je peux proposer et défendre que dans le Burkina nouveau que nous souhaitons, nous levions la tête pour voir autre chose que la haine. In fine ce n’est pas moi qui suis dans la haine et le ressentiment. Je suis plutôt dans l’ouverture et dans la tolérance. Je ne regrette rien, parce que je n’ai jamais rien demandé. Mais je revendique ma liberté de parole. C’est le seul bien que je possède et dont je m’honore. Moi je n’ai pas de centaine de millions. Je n’en cherche pas. Comme disent les Bambara, quand on a l’habitude de rouler dans la merde, on pense que c’est le plaisir de tout le monde. Dieu merci, il ne m’a pas donné ce vice. Ceux qui se vendent et se font acheter sont là. Faut pas vous presser, M. Ollo, le temps, comme on dit c’est l’autre nom de Dieu.
Pour l’affaire de Ouattara Hervé qui me vaut tant de haine, je vous mets le lien de l’Observateur Paalga où il a donné l’interview. Chacun ira lire et se faire une opinion. Si ses propos d’hier l’indisposent aujourd’hui, en quoi suis-je coupable ?
Lire aussi : http://lobservateur.bf/index.php/component/k2/item/2992-transition-politique-au-burkina-faso-herve-ouattara-l-un-des-derniers-a-avoir-vu-blaise.

Par Newton Ahmed Barry


Commenter l'article (10)