Salifou NEBIE, un an déjà !

Publié le jeudi 11 juin 2015

C’est le 24 mai 2014 que le corps inanimé du juge constitutionnel Salifou Nébié a été retrouvé sur la bretelle reliant Saponé village à la route nationale N°6. Un mort suspect de plus dans la longue liste des cadavres du régime de Blaise Compaoré. Un an après, les Burkinabè se demandent si ce dossier est-il condamné au même sort que les dossiers de crimes d’Etat ? Le 22 mai dernier, le parquet général s’est enfin décidé à sortir de son mutisme. C’était au cours d’une conférence de presse convoquée dans les locaux du procureur du Faso sis au TGI de Ouagadougou.

C’est visiblement à la hâte que la conférence de presse a été organisée. Le procureur général n’ayant pas eu le temps de regarder le dossier d’instruction, c’est au procureur du Faso, Désiré Sawadogo qu’il a confié la charge de préparer la note introductive et de répondre aux questions des journalistes portant sur l’instruction. Au départ, il y a eu la demande d’audience au ministre de la Justice initiée par le Collectif Justice pour Salifou Nébié autour dudit dossier. En lieu et place de l’audience, c’est finalement une conférence de presse qui aura été décidée en fin de matinée du vendredi 22 mai, à l’issue du CASEM du ministère. Y ont participé les principaux responsables du Collectif.
Depuis la saisine du juge d’instruction, déclare d’entrée de jeu le procureur du Faso, un certain nombre d’actes de procédure ont été posés. C’est le cas notamment de l’interpellation d’un mineur, inculpé pour vol aggravé et placé en détention à la MACO. Le mineur en question avait ramassé l’un des téléphones du juge Nébié sur les lieux du crime et en faisait usage. Ce dernier bénéficie actuellement d’une liberté provisoire depuis le 16 janvier dernier. Le 13 juin 2014, un juge d’instruction a été désigné avec mission d’instruire sur le crime d’assassinat. Depuis cette date, aucune communication n’a été faite sur le dossier laissant une impression d’immobilisme. Il ressort de la conférence de presse que le juge d’instruction n’est pas resté inactif. Les actes suivants ont été posés : constitution d’une commission rogatoire, auditions de témoins (une trentaine), réquisitions à personnes qualifiées. A entendre le procureur du Faso, Désiré Sawadogo, le dossier est riche et des actes importants devront être encore posés les jours ou mois à venir.
Parmi les pièces du dossier, figurent deux actes médicaux qui font débat. L’un émane de médecins légistes nationaux et l’autre d’un légiste français. Ces deux documents sont parfaitement contradictoires quant aux causes de la mort du juge Nébié. Les experts nationaux avaient conclu à un homicide volontaire tandis que pour le légiste français, il s’agissait d’un « accident de la circulation avec percussion violente par un engin indéterminé.  » Ce rapport écarte délibérément l’intervention d’un tiers dans la cause de la mort. » Face à la polémique créée par ce rapport, le parquet a réaffirmé que l’instruction se poursuit sur le crime d’assassinat et que le juge n’est pas lié par les expertises. Il reconnaitra en outre que le rapport du docteur Chochois pose problème.
Commandité par le parquet, il a suivi un parcours inhabituel. C’est sur le site web de Jeune Afrique qu’il a été publié avant même qu’il ne soit adressé à son commanditaire, toute chose qui jette le trouble sur la nature de l’expert français. Les juges burkinabè ont-ils été l’objet d’une tentative de manipulation ? Comment cet expert s’est-il retrouvé au Burkina ? La réponse du procureur ouvre la voie à moult suspicions. Le parquet a exprimé le besoin d’une autopsie. Le reste a été l’affaire de la chancellerie. Le nom de Jean Guion a été cité comme l’un de ceux qui ont facilité l’arrivée au Burkina du légiste français. Et nous voilà à la lisière de la Françafrique !
Les responsables du parquet ont pris l’engagement de désormais communiquer régulièrement tous les trois mois sur les dossiers (emblématiques) encore pendants. Donc acte.
Il faut noter que dans la même matinée du 22, le SAMAB a tenu une conférence de presse dans le cadre de la commémoration du 1er anniversaire de la mort du juge Nébié, qui faut-il le rappeler était un militant dudit syndicat. Au cours de cette conférence de presse un appel à témoin a été lancé auprès de quiconque possèderait des éléments pour faire avancer le dossier. Auparavant, le 21 mai, c’est le Collectif Justice pour Salifou Nébié qui tenait sa conférence de presse pour décliner les activités prévues dans ce même cadre. Le clou de ces activités c’est le recueillement sur la tombe du défunt juge et la conférence publique tenue hier dimanche à la salle de conférence des Archives nationales n

GBN


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