Quelles chances de survie pour le CDP ?

Publié le jeudi 11 juin 2015

La question est loin d’être saugrenue. Le CDP vient de tenir son 6ème congrès en fanfare. 4000 participants annoncés. Qui dit mieux ? Dans la configuration partisane actuelle, ils sont rares les partis capables de convoquer et d’assurer les charges de tant de monde, même l’espace d’un week-end. Le CDP l’a fait, dans des conditions défavorables. Le parti a en effet perdu le pouvoir et ses principaux parrains sont aujourd’hui en exil. Quant aux autres, principalement ceux qui ont eu à exercer une parcelle de pouvoir, ils sont nombreux à vivre dans l’incertitude du lendemain. Les récentes interpellations sont là, comme pour rappeler que chacun pourrait être appelé à rendre compte de sa gestion. Quant aux commerçants et autres hommes d’affaires, principaux pourvoyeurs de moyens du parti-Etat et en particulier de ses parrains, ils n’ont plus ni le parapluie de l’Etat ni l’occasion de siphonner les ressources publiques à travers les juteux marchés qui leur étaient complaisamment octroyés. Pour nombre d’entre eux, l’heure est aujourd’hui au profil bas pour ne pas risquer de voir exhumer des dossiers noirs qui pourraient les précipiter dans le trou noir.
C’est donc dans des conditions difficiles que le CDP est entré en congrès. Mais comme un grand doit rester grand pour paraphraser un ancien bonze de ce parti, le CDP n’a pas hésité à sacrifier dans l’affichage. L’image est ainsi sauve. Voilà pour la forme. En ce qui concerne le fond, il y avait un grand défi à relever. Celui de sa capacité à rebondir. C’est Juliette Bonkoungou qui faisait remarquer que la grandeur d’un homme ne réside pas dans le fait de ne jamais se retrouver à terre mais plutôt dans sa capacité à se relever de ses chutes. Le CDP s’est donné une nouvelle direction. Nous n’en disposons pour l’heure que de la liste complète du bureau exécutif. Une liste pléthorique (106 membres) qui semble vouloir entretenir le rêve de grandeur du parti, en dépit du dégraissage manifeste que ses bases ont dû subir, sous l’effet notamment des démissions en cascade. De nombreux partis se sont en effet partagé la dépouille de l’ancien parti-Etat. La NAFA de Djibril Bassolet ainsi que l’UBN du colonel Yac ou le nouveau parti créé par Vincent Dabilgou ont tous puisé dans le vivier du CDP. Que dire du MPP à la base de la plus grande hémorragie qu’ait subie le CDP depuis sa création. Mais aussi l’UPC et bien d’autres… Aligner 4000 congressistes dans ces conditions procède bien plus d’une volonté de dissimulation que la traduction d’une réelle bonne santé du parti.

"Il faudra aux politiques, plus que les incantations et les bravades pour conquérir le droit d’exister. Le Burkina vient certes de loin mais sa vocation est d’aller encore plus loin dans le processus d’appropriation de son destin national. Que cela soit clair pour tous !"

Mais au-delà de ce qui s’apparente plutôt à une entreprise de communication, le congrès semble avoir opéré des orientations nouvelles. Nombre de ceux qui sont aujourd’hui dans les premiers rôles ne sont pas des va-t-en-guerre. Eddie Komboïgo, Achille Tapsoba, Léonce Koné, Moïse Traoré ne sont pas ce qu’il y avait de plus repoussant dans le parti. Si quelque chose doit leur être reproché c’est davantage leur couardise qu’une réelle adhésion au projet présidentiel. Nombre d’entre eux confessaient en privé leur perplexité face au cours que prenait le débat politique national. Cependant pour des raisons diverses, ils n’ont pas eu le courage de s’assumer avant la grande conflagration des 30 et 31 octobre 2015. Mais auront-ils aujourd’hui ce courage qu’ils n’ont pas eu hier de pousser à une réelle rénovation du CDP ? La situation au sein du CDP est loin d’être stable. On peut le voir à travers l’équilibre précaire qu’on a voulu observer dans la composition du bureau exécutif où se côtoient colombes et faucons. Que des boutefeux comme Alfa Yago, Salam Dermé ou encore Hamidou Compaoré des marchés et yaars se retrouvent dans un bureau dont une des missions premières est de travailler au renouveau du parti montre bien la grande influence du courant radical sur le parti. Il est apparemment difficile de se débarrasser des hommes de François Compaoré. Blaise Compaoré a été «  imposé  » comme président d’honneur du parti. Ce simple fait montre le paradoxe dans lequel vit Eddie Komboïgo qui dit avoir retenu la leçon des événements d’octobre mais qui accepte néanmoins que soit érigé en symbole, celui-là même qui par son entêtement aura provoqué l’insurrection populaire et le désastre au sein de son parti. Dans le contexte actuel, cette posture peut s’apparenter à de la défiance vis-à-vis des organes de la transition et du peuple insurgé ou alors à de l’amateurisme politique. Au demeurant, cela a pu être possible parce que le CDP n’a pas tout à fait internalisé ce qui lui arrive. Que sa nouvelle direction en soit encore à s’époumoner sur la question de l’éligibilité de quelques-uns de ses membres ayant entrainé le parti dans l’aventure, donne une idée de son état d’esprit peu enclin à la repentance. Quand les urnes auront dit leur mot le 11 octobre prochain mais aussi en janvier 2016, elles auront du coup dessiné la véritable carte politique du Burkina. Ce sera alors l’heure des comptes pour toute la classe politique ainsi que pour l’ensemble des acteurs de la transition. Le CDP mais aussi les autres sauront s’il faut pleurer ou chanter. Les fanfaronnades d’aujourd’hui, c’est juste bon pour le moral. Pour le reste, il faudra aux politiques, plus que les incantations et les bravades pour conquérir le droit d’exister. Le Burkina vient certes de loin mais sa vocation est d’aller encore plus loin dans le processus d’appropriation de son destin national. Que cela soit clair pour tous !

Par Germain B. Nama


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