Ce qui a provoqué la guéguerre entre Epsilon et les orpailleurs

Publié le lundi 7 mai 2012

Le site aurifère de Guitouwalga a vu le jour en 1984. Un certain Tinto a été le premier à travailler avec les orpailleurs. Après lui, c’est un certain Konaté (aujourd’hui disparu­) qui a géré le site. Suivra le comptoir Burkinabè des métaux précieux. C’est en 1996 que Epsilon Gold a pris les commandes. Selon Namousbouga Tiabondou, Bassirou
le patron de la société a fait main basse sur tout sur le site. Toutes
les collines lui appartiennent. Le sable issu du processus du concassage
lui revient de droit alors que souligne-t-il, avant il le vendait pour
rétribuer ceux qui pilaient les pierres concassées. Des vigiles veillent
au grain et sont aux aguets
dès que vous sortez du trou. Si l’on vous surprend avec une pierre,
votre monture est confisquée et vous êtes astreint au payement d’une
d’amende. Ceux qui résistent subissent une douche de gaz lacrymogène des
manœuvres. Les syndicats des orpailleurs
ne passe pas par quatre chemins pour traiter la société minière de
bourreau des populations riveraines du site : « Celles-ci ont payé un
lourd tribut et continueront de le payer. On y recense beaucoup d’abus
supportés par elles du genre : confiscation injustifiée de l’or ; de
minerai d’or extrait par la force de poignets de foreurs
manuels qui sont pourtant à leur propre charge ; retrait de vélos de
tout supposé tricheur ou transporteur de minerai contre paiement d’une
amende de 10000Fcfa,
intoxication au gaz des personnes vulnérables telles que les femmes en
grossesses qui a même provoqué chez certaines des fausses couches,
monopole de la fixation du prix de l’or pas du tout incitatif
pour les petits opérateurs, bien au contraire, sans oublier les
opérations de police musclée souvent effectuées par les vigiles. » La
goutte d’eau qui a fait débordé le vase a été la saisie des sacs de
pierres concassées de Namousbouga Tiabondou sur le site de Namagdo
des mains de ses jeunes employés. Son matériel de travail et même son
« trou » sont également retirés. Motif : un de ses employés aurait volé
des minerais. Il se rend au comptoir pour mieux comprendre et on lui
sert la même version. Le 22 mars,
il se rend à la mairie pour exposer le problème à Madame le Maire qui
lui signifie qu’elle n’a pas autorité pour parler de problème d’or. Il
se rend alors à la gendarmerie de Piéla. Le commandant de brigade lui fait savoir qu’il faut un papier du procureur. Les gendarmes sur insistance de l’orpailleur ont fini par jouer les bons offices entre Epsilon
et lui. La société minière accepte de lui accorder le « trou » mais
refuse catégoriquement de lui remettre les sacs. Le 5 avril 2011, les orpailleurs
soutenus par une frange importante de la population manifestent leur
ras-le-bol. Ils se rendent au comptoir et réclament la clé du magasin
pour sortir leurs montures que la société avait confisquées. Face aux
tergiversations, la population se déchaine
et casse la porte du magasin. Elle dénonce le fait qu’une seule
personne accapare tout l’espace et détruit l’environnement. De même, la
société doit arrêter de creuser des tranchées dans les champs des
paysans. Le 7 avril, la population revient à la charge à la suite d’une
convocation des autorités provinciales qui cependant n’étaient pas au
rendez-vous. Cette fois, elle s’en prend aux installations de la société
qu’elle vandalise. Le 17 août 2011, vingt une personnes ont été mises aux arrêts. Parmi les personnes arrêtées Dapamma Tiabondou, conseiller municipal de Gori, est victime d’un malaise à la Maison d’arrêt et de correction de Fada et en succombe le 16 octobre 2011. Madame le maire soutient que le Haut-commissaire avait convoqué les notables tels que les CVD, les conseillers municipaux, les chefs- coutumiers pour comprendre le malentendu qu’il y avait entre les orpailleurs, une partie de la population et le concessionnaire, mais il a été surpris de la tournure que la rencontre a prise après. Pour Issa Zongo de Epsilon Gold, il n’est pas question que des fraudeurs sortent avec de l’or sur le site. Parce
que la société paye des taxes et des impôts. Ils ont des vigiles dans
la zone de leur ressort et si un individu est pris la main dans le sac,
on confisque ce qu’il a volé. Il assure que la société a perdu plus de 2
milliards dans la destruction de ses biens et que le stock important de
cyanure qu’ils avaient s’est volatilisé après la manifestation.

Par Merneptah Noufou Zougmoré


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