Expulsion des Peulhs à Poussoug-Ziga : On y travaille à l’apaisement

Publié le samedi 16 mai 2015

Des émeutes ont éclaté à la mi-avril 2015 à Poussoug-Ziga (4 km au Sud de Ziniaré) suite à un différend entre les habitants dudit village et des familles peulhes, habitant dans le même village. L’incident qui s’est déporté dans la ville de Ziniaré (région du Plateau Central) à travers des manifestations est parti d’une affaire de vol de bétail. Nous nous sommes rendus sur les lieux quelques jours plus tard pour savoir et comprendre. Le constat est qu’aujourd’hui, l’heure est à l’accalmie.

Six (6) tentes nouvellement dressées au milieu des arbustes, sous un gros caïlcédrat et au milieu de filaos et autres karités. Le tout au fond de la grande cour de la brigade ville de la gendarmerie de Ziniaré. Un mur nouvellement construit mais qui porte déjà les stigmates de la colère des manifestants du mercredi 22 avril 2015. Une partie du mur a été démolie selon nos informations dans le cadre des manifestations pour exiger la libération de trois manifestants interpellés par la gendarmerie et gardés à vue. C’est ce décor qui sert de site d’accueil pour les Peulhs chassés de Poussoug-Ziga. Après les formalités, nous avons été conduits à la rencontre des nouveaux pensionnaires de la brigade. Sur place, des femmes se tressent les cheveux et des bambins s’amusent dans les espaces. C’est sous des arbustes que les ustensiles de cuisine et autres matériels sont gardés, faute d’abris appropriés. Les tentes avaient été installées la veille. Sous un karité, deux nattes sont étalées. Les occupants sont deux femmes et un homme d’environ 60 ans en boubou bleu et coiffé d’un bonnet de la même couleur. C’est lui qui nous a reçus. A moitié couché sur la natte, Bérale Diallo a confié que ce qu’ils subissent est devenu aujourd’hui fréquent quand on est peulh. «  Ce sont ceux de Poussoug-Ziga qui nous ont chassés  » a-t-il reconnu et personnellement Bérale Diallo pense que c’est parce que les propriétaires terriens ont besoin de leurs terres qu’ils ont agi de la sorte.

Que s’est-il réellement passé à Poussoug-Ziga

« Ils sont venus nous dire qu’un de nos enfants a poursuivi leur chèvre pour attraper. Une poursuite dont ils n’ont même pas été témoins. Certes, ils ont vu l’enfant mais ce dernier était allé abreuver le bétail juste à côté de la caserne militaire non loin de Poussoug-Ziga. Généralement quand il abreuve les bêtes, il les laisse pour revenir à la maison. C’est lorsqu’il revenait à la maison qu’il a rencontré Iris. Ce dernier a suivi l’enfant jusqu’à la maison. Pendant ce temps, d’autres personnes avaient été alertées à Poussoug-Ziga et elles se sont rencontrées chez moi, armées de machettes et de bâtons. C’est après cela qu’ils ont amené l’enfant chez le chef coutumier de Ziga et les villageois ont envoyé m’appeler  » se souvient Bérale Diallo. Lorsqu’il est arrivé chez le chef du village, Daouda Diallo, jeune garçon de 12 ans, également mis en cause, avait déjà été conduit à la gendarmerie de Ziniaré. Bérale Diallo et sa femme se rendent à la gendarmerie de Ziniaré pour mieux comprendre. Daouda Diallo est relaxé quelques heures plus tard et ils repartent ensemble au village. « Quand nous sommes rentrés au village, le lendemain ils sont revenus et ils étaient nombreux. Ils sont venus nous dire de quitter les lieux. Ils nous ont donné trois jours pour déménager. La raison évoquée est qu’à l’hivernage, nos animaux détruisent leurs champs  » a poursuivi Bérale Diallo.
A Poussoug-Ziga, la version est tout autre. Nous nous sommes rendus dans la localité située à l’Est de la ville de Ziniaré, sur la voie menant au symposium des granites taillées de Laongo. C’est la cour royale qui va nous servir de point de chute. Sous un Nimier, nous sommes convenablement accueillis. Mais quand nous avons voulu évoquer l’incident, nous nous sommes rendu compte que la question restait sensible.

« Nous ne chassons pas les Peulhs, mais nous chassons les voleurs »

«  J’ai cessé de recevoir les journalistes par rapport à cette question. Si c’est pour parler de moi encore dans les médias, je ne suis pas d’accord. Ce qu’on a voulu on l’a obtenu donc on n’en parle plus. Notre souhait c’était le départ des voleurs, ils sont partis et on n’a plus de problème avec qui que ce soit.  » C’est en ces termes que le décor de notre entretien a été planté avec cet interlocuteur qui a refusé d’incliner son identité. «  Ce que les gens racontent c’est du n’importe quoi en réalité. Qu’est-ce qui a provoqué notre colère ? De mes propres yeux j’ai été témoin. Ce n’est pas quelqu’un qui m’a rapporté les faits. Il y a un natif de ce village qui faisait de l’élevage son métier. Son malheur c’est que sa cour était carrément à la sortie du village. Si le monsieur donne à boire à 10 moutons le matin, seulement 5 ou moins de 5 reviennent le soir. Le reste disparait. Le gars en a souffert ainsi jusqu’à ce qu’il décide d’aller à la recherche de son voleur. C’est ainsi qu’il s’est embusqué pour surveiller ses bêtes. Dans sa cachette il a vu les voleurs venir et comme il était seul, s’il se laisse voir par le Peulh en question, ce dernier n’hésitera pas à lui ôter la vie. Il décide donc de faire appel aux jeunes du village avec son téléphone portable. C’est lorsqu’il passait le coup de fil, que les voleurs ont entendu sa voix et ils ont pris la fuite. S’il les laissait partir sans preuve, il n’allait pas avoir le moyen de se faire croire. Les grands (les grandes personnes ndlr) voleurs ont escaladé le mur du symposium de Laongo pour s’enfuir. Il a donc décidé de poursuivre ceux qui n’ont pas pu escalader le mur du symposium. Finalement c’est le plus jeune qu’il a pu attraper pour le ramener au village. Le jeune garçon est donc amené à la gendarmerie par la suite. A la gendarmerie on nous a dit que c’est un mineur, qu’ils ne peuvent pas incarcérer un mineur. On a tenté de leur expliquer parce que nous-mêmes nous savons que c’est un mineur mais ils n’ont pas voulu chercher les causes du problème avant de prendre leur décision finale  ». C’est le résumé de l’autre version des faits, retracé par notre interlocuteur dans la cour royale. Tout en refusant de se présenter à nous, il nous rassure que ce ne sont pas des Peulhs qu’ils chassent de Poussoug-Ziga mais plutôt des voleurs. Pour preuve, il nous a indiqué des concessions de Peulhs situées à un jet de pierre de la cour royale. «  Il y a toujours des peulhs ici avec nous  » nous a-t-il martelé avant de poursuivre que même si des mossis commettent ces genres d’actes, ils n’hésiteront pas à les chasser du village.

Pourquoi avoir atteint ce paroxysme ?

Si pour Bérale Diallo il n’y avait pas d’antécédents du genre entre les deux, notre hôte de la cour royale affirme par contre que ce dernier fait est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. «  C’est parce que nous sommes des hommes de pardon sinon la situation aurait été pire  » a fini par déclarer ce dernier. Selon lui, quand l’incident est intervenu, ils sont allés vers les familles concernées pour leur demander de quitter les lieux tout simplement car le vol de bétail ne datait pas d’aujourd’hui. Ils ont tout fait pour remédier à la situation mais toutes les démarches ont échoué. C’est quand ils n’étaient plus en mesure de supporter qu’ils ont sommé les Peulhs de quitter Poussoug-Ziga et d’aller trouver un asile ailleurs. De passage il n’a pas manqué de critiquer les autorités locales pour leur laxisme et leur manque de promptitude dans la résolution des différends. Notre interlocuteur a notamment reproché aux forces de l’ordre leurs comportements dans l’incident. Il estime qu’avec des concertations, on aurait connu un dénouement autre que celui qu’on connait aujourd’hui. Mais hélas ! Alors qu’il n’y a pas eu d’affrontement entre les deux communautés, les forces de l’ordre ont quand même gazé les habitants du village. Pourtant le Commandant de la Brigade de gendarmerie s’est voulu plus apaisant. L’Adjudant-chef Jean-Marie Tougouri, estime que «  c’était juste une incompréhension entre les différentes parties et s’il faut revenir sur les faits, il y a risque de frustrer certaines personnes  ». Et bien avant d’entamer l’entretien, il a pris le soin de nous prévenir : la situation est «  dans une phase d’apaisement et tout acte, tout propos de nature à pouvoir remuer le couteau dans la plaie doivent être évités  ».

Des dégâts énormes… mais on pardonne
Les dégâts de cette crise sont énormes. Chez les Peulhs on déplore la mise à sac de leurs anciennes habitations, la perte et la mort de bêtes restées sur place. De l’autre côté, on nous a montré à Poussoug-Ziga une cour non loin de la cour royale qui porte les traces des affrontements avec la gendarmerie. Deux manguiers ravagés par les flammes. Et notre interlocuteur d’ajouter que «  trois greniers consumés, deux bœufs et une trentaine de porcs sont restés dans les flammes sans compter les poules  ». Mais à l’heure actuelle on ne parle que d’apaisement. L’Adjudant-Chef Tougouri lui pense que les uns et les autres ont compris et comme il y a toujours des personnes ressources qui tentent la médiation, la situation est calme actuellement et il souhaite qu’elle perdure. En effet, dès les premières heures de l’incident, des personnes ressources ont approché les différentes parties pour une médiation afin d’apaiser les cœurs des uns et des autres. De leur côté, Bérale Diallo et ses proches aimeraient que la médiation aboutisse à leur retour à Poussoug-Ziga. Un souhait que les habitants du village ne sont pas prêts à concéder à en croire ce monsieur qui nous a reçus. De son côté le Commandant de la Brigade trouve que c’est prématuré de parler d’un retour des Peulhs dans la localité.

Conditions de vie des déplacés à Ziniaré

Si en apparence la page de l’incident semble tournée, il reste pour les déplacés peulhs de Poussoug-Ziga de vivre les réalités de réfugiés dans des habitations en tentes, sans douche ni toilettes ou cuisine. Néanmoins ces derniers semblent se résigner à leurs nouvelles conditions de vie. Pour Mariam Diallo, une des déplacés ne trouve rien à dire par rapport à leur conditions de vie sur le nouveau site qui les accueille. Les bonnes volontés prennent en charge les besoins de base. Ils ont déjà reçu des vivres et autres matériels de couchage. De part et d’autre, on multiplie les appels à l’apaisement. L’Adjudant-chef Tougouri demande à tout un chacun de mettre un peu d’eau dans son vin afin de rendre la vie paisible à Ziniaré et au Burkina Faso. A Poussoug-Ziga cependant, on préfère appeler le gouvernement quant à ses responsabilités en prenant à bras le corps la question des espaces vitaux pour l’ensemble des communautés du Burkina.

Wend-tin Basile SAM


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