Meeting de soutien à la transition : Façon de voir une mobilisation qui a fait flop

Publié le samedi 16 mai 2015

Les partis politiques de l’ex CFOP et des organisations de la société civile ont appelé à la mobilisation le 25 avril pour soutenir les autorités de la transition dans leur entreprise de faire appliquer la loi portant code électoral. Au-delà de ce code électoral, c’est toute la transition que ce meeting voulait soutenir. La transition, on le sait, est en difficulté depuis un certain temps avec des actions judiciaires à multiples rebondissements (arrestations - auditions – relaxes - etc.). Ce meeting n’a pas connu la mobilisation espérée. Pourquoi ? Quand on jette un regard critique sur la conduite de la transition et la proximité que les nombreuses OSC ont avec elle, on peut se rendre compte que les masses qui nourrissaient des espoirs semblent de plus en plus déchanter quant à leurs lendemains. Si les organisateurs ont été satisfaits de la mobilisation (à Ouagadougou peut-être), on peut trouver à redire là-dessus. Mais ce qui importe ce ne sont pas les chiffres que l’on pourra gonfler selon l’objectif, mais c’est plutôt le sentiment qui anime beaucoup de Burkinabè en ce moment.

Ce qui aura déteint sur le meeting, c’est le fait que beaucoup de ceux qui ont appelé au soutien de la transition le 25 avril, n’ont pas eu la capacité de montrer aux Burkinabè que le chemin emprunté par la transition est le bon. Personne d’entre eux n’a pu et ne peut le faire ; si bien que c’est finalement Ouagadougou qui les aura sauvé la situation, du moins un peu, au regard de la mobilisation qui était en dessous de la moyenne. Bobo n’as pas répondu massivement à l’appel des OSC et des partis politiques de faire la ronde sentinelle autour de la transition. Les frondeurs du Balai citoyen à Bobo conduit par Alexandre Diafodé Diakité pour justifier leur fronde arguent que « Bobo n’a pas les mêmes problèmes que Ouagadougou et qu’il y a chez nombre d’OSC à Ouaga une sorte de m’as-tu vu ». Si cela est vrai, on peut comprendre donc pourquoi les «  Sya kanw  » se sont vite lassé des meetings et autres mobilisations qui en filigrane n’augurent pas pour eux, ni pour personne d’autre des lendemains chantants. Un indice : l’hôpital Sourou Sanou de Bobo est toujours un mouroir. Le départ de Blaise n’a pas changé cet état de fait. L’arrivée de Zida, puis de Kafando avec encore comme premier ministre Zida n’a aussi pas changé cette image de Sourou Sanou. C’est un hôpital qui reste toujours l’ombre de lui-même, bien que le 13 décembre 2014, à la place de la nation, Zida avait annoncé qu’il avait mis à la disposition de ce service public, le montant de un (01) milliard de francs Cfa pour son fonctionnement. Mais depuis lors, Sourou Sanou continue de sombrer. Notre reporter Basidou Kinda en a fait l’écho dans son reportage paru dans L’Evénement N°299 du 10 mars 2015.
Après l’insurrection des 30-31 octobre et jours suivants, les débats se sont installés dans l’espace public (conférence publique, émissions radio et télé, thé-débats ou projection de films suivies de débats dans les quartiers et même dans les amphithéâtres) et ont montré à la grande masse des indignés le rôle et la place d’une OSC. Ils ont aussi montré le rôle d’une «  transition politique  » après une insurrection de cette ampleur. Ces débats appuyés par les réseaux sociaux ont fini par démontrer que si l’insurrection était un espoir, les lendemains de cette insurrection, avec le coup de force du RSP, acté par beaucoup de leaders des OSC dont nombreux sont devenu ministres, ont vite montré aux démocrates les limites de l’action. Il n’est pas rare d’entendre que remplacer Blaise par les militaires du RSP, c’est «  remplacer la peste par le Choléra  ». Donc de nombreux jeunes qui étaient sur les barricades ont commencé à prendre leurs distances d’avec la transition et ses OSC affidés. Dans certains milieux, on les qualifie d’«  OSC-RSP  ».
Dans ce contexte, il convient de noter la difficulté à mobiliser une population qui est de plus en plus éclairée sur son quotidien et qui désapprouvent le traitement dont bénéficient les organes de la transition (émolument des CNTistes, les avantages des ministres etc.), alors que deux (2) refrains leur est servi : «  le budget est un budget d’austérité  » et «  plus rien ne sera comme avant  ».

Il y a beaucoup de problèmes qui méritent meetings ici !

L’absence de résultats immédiats et de repères clairs découragent les ardeurs à soutenir la transition. Dès lors, un désenchantement s’exprime : «  Tout ça pour ça ?  » Quand on prend seulement les causes de l’insurrection, on se rend compte que ce qui a fait gonfler la contestation sont entre autres, l’insatisfaction des besoins primaires (électricité, santé avec le problème Sourou Sanou qui a mobilisé à Bobo, le problème de la grille salariale etc.) Aujourd’hui, soit le mal s’est empiré, soit il est en attente de solutions. Mais le hic, c’est qu’on entend aucune organisation de la société civile donner de la voix interpellation du gouvernement sur les travers et les manquements de sa gouvernance. Pire elles tentent souvent de le justifier par le fait que le pays soit en transition. Les propos du Pr Augustin Loada tenus lors d’une conférence à l’Université de Ouagadougou ont retentis au sein du monde syndical comme une volonté de musèlement.
C’est en clair une composante, il est vrai, même si elle n’a pas appelé à soutenir les manifestations d’avant insurrection, a des militants qui étaient sur les barricades. Donc dire comme beaucoup, proches des structures de la transition qu’«  on a appelé les syndicats à venir nous soutenir pour chasser Blaise, mais il ne l’on pas fait. Maintenant que Blaise est parti, ils sortent avec leurs revendications. Nous on les met de côté pour avancer  ». C’est dire à ceux qui ne sont pas sympathisants de l’ex CFOP et autres de se tenir loin de cette transition, surtout qu’une bonne partie de l’opinion met en jeu le gain. Mais ces «  mis de côté  », on de revendications et des besoins. C’est à ça qu’il eut fallu penser.

Voyeurisme, manque de proactivité et de bonne foi

La bonne foi seule suffit-elle en politique ? En tous cas, avec ce meeting du 25 avril, les Burkinabè ont montré que non. Tous, ils se satisfont de ce que les anciens dignitaires soient déjà mis hors du jeu politique dans la perspective de l’élection à venir, avec la promulgation de la loi électorale, version CNT. Mais vouloir les utiliser à d’autres fins, ils semblent dire niet aux «  pères de l’insurrection  » (c’est eux même qui se le disent) qui ont appelé le 2 novembre à se désolidariser de ces autres OSC qui réclamaient le départ de l’armée du pouvoir.

Les lois d’accord, mais quid de la justice ?

La loi d’exclusion des anciens soutiens de Blaise à elle seule ne permettra pas de solder les comptes de ce même régime. Alors que ce dont il est question de plus en plus c’est de solder le passif avec les anciens. C’est la revendication du monde syndical et de la CCVC. Il faut que ceux qui ont eu à gérer ce pays rendent des comptes. Hors on assiste à des arrestations-libération de ces caciques du régime trentenaire qui trainent autant de casseroles si bien qu’on se demande s’il y a une réelle volonté de traduire cette «  opération mains propres  » en de mains véritablement propres. Si c’est le cas, beaucoup de Burkinabè demanderons aussi des comptes au pouvoir transitoire au regard du délit d’apparence. Les populations ont donc commencé à se convaincre que la justice espérée, l’amélioration du quotidien qui les a poussés dans les rues de Ouagdougou, Bobo, Fada, Koudougou et autres ne sera pas pour maintenant. Il faut donc attendre et attendre encore. Pendant ce temps, les OSC qui ont contribué à la mobilisation contre Blaise, ne posent pas les problèmes qui tiennent les burkinabè dans l’expectative. Nous avons encore à l’esprit le sit-in du Balai Citoyen le 29 avril 2014 en protestation contre la SONABEL et y eu d’autres initiatives de ces mêmes organisations, qui avaient l’avantage de toucher du doigt ce que les burkinabè vivaient et ressentaient. Aujourd’hui, après la mort du régime de Blaise et après s’être disputer la dépouille, ils s’adonnent à des fanfaronnades, «  c’est nous qui avons chassé Blaise  », «  oh ! C’est nous qui étions aux premières loges, nous avons été les derniers à rencontrer Blaise  », puis « nous sommes des chasseurs de dictateurs » et tout ceci imbibé d’odeurs d’argents dont la difficulté de retracer les sources laisse simplement subodorer que le rôle de sentinelle auto proclamé de ces OSC a foutu le camp. Les burkinabè attendant du concret, il est donc de plus en plus difficile de les mobiliser les sur des bases autres que leurs attentes. Garder le cap de la mobilisation exigeait une vision claire des couches sociales à mettre en branle, de celles à rallier à la cause, des priorités sur lesquelles fonder une action. Or, aux repères cardinaux qui ont armé les combats émancipateurs des 30, 31 et suivant, se sont substitués des causes moins enchanteresses, telles que «  soutien à la transition  », «  soutien à Zida …  ».

Par Wilfried BAKOUAN


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