VIème congrès du CDP : Le changement attendu sera-t-il possible ?

Publié le samedi 16 mai 2015

Derrière les flonflons et les airs d’assurance affichés par les dirigeants du CDP, il y a une réalité plus prosaïque que le congrès devra résoudre. Une bataille féroce oppose en effet divers courants qui se disputent au sein du parti. Placé à la tête du directoire dans des conditions calamiteuses, Léonce Koné a dû faire face à un héritage assez lourd. La vieille garde du parti largement discréditée par les événements d’Octobre 2014 avait d’énormes difficultés à tenir son rôle devant une jeunesse du parti franchement remontée. Du jour au lendemain, le parti qui se vantait de son caractère de masse a été balayé par la rue.
C’est une chose que personne au sein du CDP ne pouvait imaginer, tant on était sûr de ses assises et de ses forces. Seulement, voilà. Blaise Compaoré himself, le chef suprême de ce parti a dû demander l’aide d’une puissance étrangère pour se faire exfiltrer. La fulgurance des événements a laissé de nombreux militants groggy. L’émotion passée, l’heure est aujourd’hui à la reddition des comptes. Ces jeunes militants du parti, pour qui «  rien ne sera plus comme avant  » sont bien décidés à s’approprier le slogan insurrectionnel. Ils se sont regroupés au sein du CRAC en vue de peser sur la vie et le fonctionnement du parti. L’objectif immédiat, c’est d’obtenir le renouvellement immédiat des organes du parti d’où seront expurgés tous « les bras cassés » qui à leurs yeux ne sont ni plus ni moins qu’un fardeau pour le parti. Les partisans de cette ligne radicale souhaiteraient se voir représenter par Eddie Komboïgo. C’est un homme qu’ils jugent relativement autonome, qui n’a pas géré d’institution publique et qui n’a pas de casserole connue, sauf à vouloir remuer la « merde », estime un cadre de ce parti. On dit aussi que l’Ayatollah Mahamadi Koanda serait proche de ces jeunes qu’il encourage en sous-main. Face à ce courant interne, il y a la vieille garde représentée par Paramanga Yonli, qui ne semble pas avoir tiré de leçons pertinentes de l’insurrection et qui aurait aimé prendre les choses en main dans le but de contrer la vague de fond qui menace d’expédier les anciens caciques dans les poubelles de l’histoire.
Entre les deux, il y a le courant incarné par Léonce Koné dont les militants reconnaissent un certain talent dans la conduite du directoire. Pour Léonce Koné, on ne peut pas faire l’impasse sur l’insurrection. Il faut en tirer les leçons et redresser ce qui doit l’être. Toutefois, les anciens cadres du parti ne doivent pas être systématiquement mis à la touche. Il y a un équilibre à rechercher entre les anciens et les jeunes. C’est la ligne modérée prônée par Léonce Koné qui sans doute est celle qui aura le plus de chance d’être validée par le VIème congrès. On dit de Fatoumata Diendéré, qui à l’ouverture du congrès promettait des surprises pour la fin, proche de ce courant centriste. Elle aurait aussi dit-on de solides attaches dans le cercle des rénovateurs. La présidence du parti devrait donc se jouer, sauf surprise entre Komboigo Eddie et Léonce Koné.
En tout cas, les signes de changements au sein du CDP sont là. Assimi Koanda que l’on n’a pas vu à l’ouverture du congrès aurait déclaré forfait. Alain Yoda malade, n’aurait plus l’âme d’un bagarreur. Certaines sources font d’ailleurs état de son désir de prendre sa retraite politique. D’autre part, la figure rondouillarde de Naboho Kanidoua ne devrait plus apparaître dans le premier cercle des responsables CDP. Quoiqu’il en soit, sur la pression des événements, le CDP s’est vu obligé d’opérer son lifting. Au moment où nous traçons les dernières lignes de ce papier, nous apprenons que Eddie Komboïogo a été élu président du parti. Toutefois cette élection s’est faite sur la base d’un collège de désignation de 21 membres composés pour l’essentiel d’éléments de la vieille garde. Cette liste a été préférée à une seconde de 35 membres initiée par Mahamadi Koanda. Nos impératifs de bouclage ne nous ont pas permis de voir la composition de ces listes ainsi que celle des nouveaux organes de la direction du CDP. Toutefois selon Mahamadi Koanda que nous avons pu joindre, la composition de ces organes n’a pas tenu compte des attentes exprimées par les jeunes rénovateurs, lesquelles attentes avaient semblé être prises en compte par le thème du congrès. Le congrès n’a donc pas pu remédier aux vieilles tares du parti et il faut s’attendre à des remous en son sein les jours à venir. Au lieu d’un congrès de renforcement de la cohésion et du renouveau, il faut croire que le VIème congrès a accentué encore plus les rancoeurs et la division au sein du parti. Si ce qu’il reste de sages dans ce parti n’entrent pas en scène, il est fort à parier que le CDP ira en lambeaux, pour le bonheur de nombreux Burkinabè pour qui ce parti est devenu anachronique dans le paysage politique actuel du Burkina. Eddie Komboïgo à peine élu se trouve face à un challenge dans lequel se joue l’unité du parti. Saura-t-il relever le défi ? Rien n’est moins sûr !

Par Germain B. NAMA

CDP, the president is EDDY !

Le congrès de l’après Blaise voit arriver à la tête du CDP, une nouvelle génération. Eddie est jeune, oui mais bof ! Ça dépend de où on met la barre. A côté d’un Nabobo Kanidola, ( pardon comme les rwandais avec « L » j’ai des problèmes avec les « H » » évidemment Eddie est un bébé.
C’est en tout cas un pur produit du système Compaoré. Le golden boy des affaires de la Compaorose. Il est avec les Alpha Yago, les jeunes Turcs des dernières années de la Blaisie.
Son élection constitue un changement dans le paradigme des désignations des premiers responsables du parti. Il ne faisait pas partie de la short list des cinq noms que François avait envoyés en février, par un émissaire béninois, qui plaçait le tiercé gagnant comme suit :
- Arthur kafando, premier
- Gilbert Diéndéré second
- Kadré Désiré Ouédraogo troisième
Cette liste a finalement été abandonnée. Quoique ? Eddie est plutôt de l’écurie du général. Donc à défaut du champion, ce sera son avatar (pour parler comme Facebook) pour diriger le CDP.
Eddie peut-il rassembler ? Il est de la trempe d’un général Honoré Nabéré, plutôt «  vie de champagne et de choses clinquantes  ». Jusque là, aussi bien pour la politique que pour les affaires, il a été un excellent «  go betwen ». On peut imaginer qu’il va continuer à être chaperonné par Fatou Diendéré, à moins qu’il ne lui fasse le coup de Zida à Gilbert. Comme dit Machiavel si vous êtes cause que quelqu’un devient roi, vous courrez à votre perte. Ce que la bonne sagesse Moaga résume par «  Naab ka tar ba  », «  un chef ne se connait pas une autorité au dessus de lui  »
Eddie, peut-il échapper à l’opération «  mains propres  » ? Là, encore ça dépend. Au moins sur deux points, il devrait dormir d’un sommeil «  d’injuste  ».
Il y a eu une opération vente de véhicules reformés de l’Etat il y a de cela quelques années, mais elle avait marqué les gens par son caractère «  pas franchement orthodoxe  ». La mémoire joue parfois des tours, mais il semble qu’un rapport de la Cour des Comptes en avait fait cas.
Deuxième affaire, celle qui a été la saga des derniers mois de la vie du régime Compaoré, les affaires de concessions minières. Eddie et le premier fils d’Alizéta Gando se sont affrontés pour deux concessions. Le second est sorti vainqueur parce que «  off course…  ».
Mais nonobstant le caractère manifestement répréhensible de la prétention de Eddie, il a exploité une information qu’il a obtenue, en tant que membre d’un Conseil d’administration, donc un délit d’initié flagrant, les responsables des mines et des carrières n’avaient pas été fair Play. C’est pourquoi d’ailleurs, pour se faire pardonner, les Mines et Carrières avaient déployé devant lui une carte du Burkina, lui demandant de faire son choix. Est-ce que cette opération a été conduite à son terme ? Peut-être pas, puisque Eddie n’avait pas fini de bouder, quand l’insurrection est survenue.
Le CDP est sorti de l’écurie « Compaoré » pour une autre pas très éloignée qui rappelle ce que certains observateurs disaient «  le choix de Blaise est fait…Ce sera le général  ».
On n’y est pas encore totalement, parce que l’intéressé dément toujours vouloir jouer un quelconque rôle politique. Mais on n’y est plus loin, parce qu’il a un instrument, que l’adversité n’a pas rabiboché, qui va lui permettre de peser dans les scrutins à venir. En politique, quand il s’agit de gagner, on n’est pas regardant sur la couleur «  de la carte de l’électeur  ». Donc in fine, on va dire «  the president is Eddie  » But the winner is «  the General  »

Par NAB


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