Pauvre Nathalie : Elle est quand même tombée dans le piège !

Publié le samedi 16 mai 2015

Depuis ces premières proclamations au lendemain de l’insurrection où elle est montée au créneau entre «  félicitations feintes  » et «  remontrances sourdes de colère  », certains d’entre nous avions pris la liberté de la prévenir qu’elle n’y était pas du tout. Qu’elle était en retard d’une «  évolution sur le peuple réel  ». Elle avait feint de nous avoir compris. La voilà, hélas qui commet l’irréparable. Pour qui connait son mode de fonctionnement, elle ne peut pas avoir pris une telle décision, sans en avoir été instruite. Sauf qu’elle va être la seule à trinquer. On entend actuellement les commanditaires se rétracter. On ne va pas la plaindre.
C’est en fait une conception de la liberté d’expression qui est aujourd’hui en question. Celle de Nathalie Somé et de bien de leaders intellectuels et politiques : « la parole est libre, tant qu’elle n’indispose pas  ». C’est le principe de «  la parole contrôlée  », une forme édulcorée de la censure. C’est dans cet esprit d’ailleurs que le CSC est conçue. Faire le travail, disons le sale boulot, que dans le cadre d’une démocratie, le ministère de la Communication ne peut plus faire. Il ne s’agit pas donc de réguler l’information «  en permettant la pluralité et la démocratie des opinions », mais de veiller à ce que la parole « reste sous contrôle  ».
Or la loi est là pour ça. Le code de l’information sanctionne tous les manquements au devoir de l’éthique dans la prise de parole dans l’espace public. Il est même très sévère, puisque la responsabilité en cascade oblige le promoteur à faire la police de la parole sur ses antennes.

« Et puis dans le cadre de ces émissions, c’est quoi l’injure ? Dire que le premier ministre ment, surtout après la déclaration de ses biens, est-ce l’injurier ? La démocratie induit des désagréments que les premiers responsables du pays sont obligés de supporter »

Ces dernières années le cahier des charges des radios privées a corsé encore plus la réalisation des émissions «  antenne directe  ». Le cahier de charges impose à la radio qui réalise ce type d’émission de veiller à établir l’identité des intervenants. Faute de le faire, elle répond directement des dérapages qui en résultent. Il suffit seulement au CSC d’obliger à l’application de la loi et sanctionner les contrevenants en suivant les procédures édictées par la loi ; d’abord une mise en garde, une suspension d’un mois, puis une suspension de trois mois et après un retrait de la licence. Mais les sanctions ne peuvent en aucun cas être collectives. Encore que dans le cas présent, c’est une décision injuste et inique car elle frappe seulement les radios et télévisons qui émettent sur le territoire national. Une radio comme RFI, avec son émission de Juan Gomes ne serait pas concernée. Une décision de ce type doit être raportée. Les promoteurs des radios et télévisions doivent saisir le juge.
Et puis dans le cadre de ces émissions, c’est quoi l’injure ? Dire que le premier ministre «  ment  », surtout après la déclaration de ses biens, est-ce l’injurier ? La démocratie induit des désagréments que les premiers responsables du pays sont obligés de supporter. C’est le temps des citoyens. Les institutions ne peuvent protéger les dirigeants des citoyens. Elles veillent à assurer aux dirigeants les moyens d’agir et la plénitude des pouvoirs.
Cette formule du CSC vestige des années Blaise Compaoré est dépassée. Surtout après l’insurrection des 30 et 31 octobre. Quand le peuple a pris le pouvoir, ce n’est pas la parole qu’on peut lui refuser. Mais beaucoup n’ont pas évolué et surement, méritent plus que ceux qu’ils forment, à une mise à niveau. Le CSC a besoin d’être formé au temps de l’insurrection. Il suffit de regarder la majorité des conseillers pour réaliser que beaucoup sont largués. Quand on n’a jamais combattu pour la liberté de presse et d’expression on n’en devient pas le garant au détour d’une promotion. Mais ce qui est sidérant dans ces genres d’assemblées, même les représentants des journalistes, pour la forme, ne s’insurgent pas devant de telles mesures liberticides. Le CSC c’est trompé d’époque. C’est une bien heureuse faute, qui va rappeler qu’il a besoin d’être reformé. C’est triste pour ces conseillers et surtout pour la première d’entre eux.

Par Newton Ahmed Barry


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