Guitouwalga Epsilon Gold chasse les orpailleurs

Publié le lundi 7 mai 2012

Sur instruction du gouverneur de l’Est, la compagnie républicaine de sécurité (CRS) a sommé les orpailleurs du site de Guitouwalga de quitter les lieux le 3 avril dernier. Ainsi l’autorité régionale de l’Est rétablit Epsilon Gold qui avait pris ses jambes au cou lors du soulèvement de la population sur le site en avril 2011.

 

Guitouwalga est un site aurifère situé à une vingtaine de Km de Piéla dans la province de la Gnagna. Dans la matinée du 18 avril, le site présentait l’image d’une cité en ruines. Selon des témoignages avant le déguerpissement du 3 avril, cette agglomération accueillait des milliers de personnes venues de toutes les parties du Burkina à la recherche du métal jaune. Quelques rescapés comme Mariam Lankoandé tournent actuellement les pouces pour cause de suspension des activités sur le site. Elle y réside avec son mari depuis 20 ans. Les responsables des syndicats ont signifié au maire que ceux qui ont passé plus de temps à Guitouwalga devraient pouvoir bénéficier d’un délai pour quitter le site. Mais Mariam avoue que malgré le sursis qui leur est accordé, la situation est très compliquée. Il faut, assure-t-elle, parcourir plusieurs km pour pouvoir s’approvisionner en condiments pour la cuisine. Avec la famine et la cessation des activités, elle ne sait pas comment s’en sortir cette année.

Le vieux Salif Kaboré, la soixantaine sonnée, clame qu’il habite sur le site il y a plus de 30ans depuis qu’il a quitté son Pouytenga natal. Il décrit la situation de chaos que la présence des forces de l’ordre a provoqué. « Quand ils sont arrivés vers 6 heures, après quelques temps, la rumeur a couru qu’ils allaient incendier les maisons. Ce qui a provoqué une panique générale », affirme-t-il. Ce dernier dit ne pas travailler dans l’or mais il estime que Bassirou, le concessionnaire, exploitait les gens ; et il avait mis tous les orpailleurs sous coupe réglée. La situation est telle que le vieux Kaboré a vendu son boeuf pour ne pas se faire surprendre par un déguerpissement brutal. Madame Fati Gessongo, restauratrice, a rejoint un nouveau site que les orpailleurs ont installé derrière une colline, à un jet de pierre de l’ancien lieu. Elle a quitté Wongtenga dans les environs de Fada pour Guitouwalga et dit qu’elle prospérait à Guitouwalga. Mais dans ses nouvelles installations, ajoute-t-elle, c’est la croix et la bannière. Pendant que les gens partaient en nombre, souligne Laguima Tissa, ils ont perdu leurs effets dans la panique. Deux personnes y ont même perdu la vie. L’un, un vieillard, forgeron malade abandonné par les siens et l’autre par suite d’accident. Une moto l’aurait fauché pendant que le propriétaire, pris de peur, se cherchait. Elie Tiabondou, orpailleur manifeste son dépit en ses termes : « L’année dernière, la saison pluvieuse n’a pas été bonne. L’espoir de la population s’est rabattu sur le site parce que l’or permettait d’arrondir les angles. On est venu nous déloger. Je me demande si les gens de la Gnagna sont considérés comme des Burkinabè. A cause des intérêts d’un seul individu, on tombe à bras raccourcis sur toute une population. Nos champs sont devenus la propriété de Bassirou, le concessionnaire de Epsilon Gold sans que ça n’émeuve aucune autorité », s’indigne-t-il. Le vice président du Syndicat national des orpailleurs artisanaux et traditionnels du Burkina (SYNORARTRAB) section de Piéla, Adjima Namoano, a adressé une correspondance à Madame le Maire de la commune de Piéla concernant les événements du 3 avril dernier : « Comme premier grief retenu dans la présente démarche, nous déplorons la méthode surprise de l’opération et le délai très cours donné à ces pauvres hommes et femmes de déguerpir pour libérer les lieux. Le temps imparti courait de 6h00 à 14h de la date du 3 avril. C’est après la conduite des tractations entre certains responsables locaux et agents de sécurité qu’il y a eu une date butoir additive de 24 h… » A propos des dégâts causés par le déguerpissement, le syndicat poursuit :« …dans nos contrées souvent enclavées et marquées par l’ignorance, la différence entre policier, militaire ou autre élément des corps habillés n’est pas établie, à plus forte raison savoir les prérogatives dévolues à chacun de ces éléments et mieux au moment où ils sont traqués.

D’où cette panique générale qui les a habitées quand les éléments déployés opéraient par dissuasion à l’endroit des orpailleurs qu’ils sont. L’issue de cette panique a entrainé l’abandon d’un forgeron alité venu de Wodboulsi. C’est vrai, sa maladie est antérieure aux présents événements, mais une fois abandonné par ceux là qui s’occupaient de lui, déguerpis qu’ils étaient, il en est mort faute d’assistance le 04 avril 2012. Toujours dans ce macabre décompte, la collision entre deux motocyclistes qui a aussi entrainé la mort d’un des blessés. » Le Maire de Piéla, Mano Tankoano Baanhanla confirme que les syndicats sont venus lui demander d’intercéder auprès des forces de sécurité afin qu’elles revoient le délai de déguerpissement. Elle a exposé la doléance au commandant des CRS qui l’a acceptée. C’est ainsi que le déguerpissement a été différé jusqu’au lendemain. Quant à ceux qui y étaient avant l’installation du site, l’édile de Piéla a assuré qu’on leur a laissé le temps de chercher d’autres points de chute. Le Directeur régional de la police, Franck Elvis Compaoré, tient à peu près les mêmes propos que la première responsable de la commune. Pour lui, depuis qu’il est en fonction, c’est l’opération la plus réussie de sa carrière. Seulement, indique t-il, des patrouilles de dissuasion sont nécessaires afin que les orpailleurs qui ont quitté l’ancien site n’utilisent pas du cyanure parce que les conséquences sont énorme pour les hommes et la nature. Sur le site, Epislon Gold semble avoir repris du service. Des éléments de la compagnie républicaine de la sécurité (CRS) campent dans les installations semi-mécanisées du concessionnaire. Les orpailleurs délogés, c’est une machine qui est à l’œuvre pour boucher les trous, tandis que dans les environs, des hommes armés veillent au grain. Mais le coordonateur de Epsilon Gold, Issa Zongo, insiste sur le fait que des individus dont l’objectif est de profiter illicitement causent d’énormes difficultés à sa société. Muni d’un permis d’exploitation, la société a de grandes ambitions.

Issa Zongo dit vouloir quitter la phase semi-mécanisée pour évoluer dans la petite mine, ce qui, selon lui, est encore une étape supérieure dans l’activité minière n

 

Merneptah Noufou Zougmoré

 


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