Burkina : Sombre tableau de l’économie nationale

Publié le samedi 16 mai 2015

L’économie est un domaine technique qui ne passionne pas trop l’opinion publique nationale plus encline à gloser sur la politique. Et pourtant la compréhension de l’économie et de ses mécanismes constitue un précieux outil pour tous les acteurs sociaux. Que l’on soit en politique, dans l’activisme social ou dans le développement, l’économie apparait comme l’étoile polaire qui permet de définir ses marques. En dévoilant les chiffres de la trésorerie nationale, le conseil des ministres du 29 avril dernier n’avait pas pour seul souci de satisfaire au droit à l’information du peuple. Au moment où les attentes sociales se font bruyantes, il est de la plus haute importance pour le gouvernement de communiquer sur les capacités réelles de l’Etat à y faire face. Un budget est adossé sur l’économie qui rend son exécution possible. Le budget prévisionnel gestion 2015 défini par le gouvernement Compaoré prévoyait des recettes de l’ordre de 1 517 milliards de FCFA pour des dépenses de près de 2000 milliards. Dans ce budget, la part des ressources consacrées aux dépenses de personnel représente près de 41%. C’est 17% d’augmentation par rapport au budget 2014. Sans doute ces chiffres n’ébranlent guère les marcheurs du 1er mai qui ont présenté leur cahier de doléances à leur ministre de tutelle. Leur rôle est de défendre le pouvoir d’achat des travailleurs qui il faut le reconnaitre n’est pas honorable. La tâche est bien compliquée pour le gouvernement quand on sait que même pour le mois d’avril, il a dû recourir aux aides budgétaires pour payer les salaires des agents de l’Etat !

A qui la faute ?

On ne peut raisonnablement s’en prendre aux travailleurs burkinabé qui se battent pour obtenir des améliorations dans leurs conditions de vie et de travail. Tout au plus, on peut exonérer le gouvernement de la Transition à qui on ne peut demander autant qu’à des politiciens professionnels dont la vocation est d’offrir au pays les meilleures chances de développement. Un gouvernement de transition n’a ni le temps ni les moyens financiers, humains et diplomatiques nécessaires pour mener une politique ambitieuse. Il est toutefois indéniable que la santé économique du pays dépend essentiellement des politiques qui ont été mises en œuvre. La dernière revue de la SCADD montre bien que les objectifs de départ n’ont pas été atteints. Il était entendu que la vocation de la SCADD était de réduire substantiellement la pauvreté au Burkina. Le taux de pauvreté qui était de 46,7% en 2009 devait être ramené à 35% en 2015. Or en 2014, il trainait encore à 40,1%. Comme le dit le bon peuple, «  c’est bon mais c’est pas arrivé  ». Et en regardant les chiffres de près, on constate que l’amélioration concerne le seul milieu urbain (13,6%) tandis que le milieu rural (47,5%) reste en deçà du chiffre moyen de 2009. On n’a voulu y voir que de simples difficultés techniques (mauvaise programmation des actions et des mesures, problèmes de ressources humaines). Or il importe au-delà de la stratégie, d’interroger la vision même du développement, son adéquation à la nature des problèmes auxquels le pays se trouve confronté. On comprend que le premier ministre Zida qui s’interrogeait sur les raisons de la contreperformance économique du Burkina n’aille pas plus loin. Il risquerait autrement de réveiller des suspicions au sein de la classe politique, pressée de fermer la parenthèse de la transition afin de s’installer aux affaires.
Pour revenir aux préoccupations budgétaires, il faut se féliciter de l’effort de communication gouvernemental en matière économique et espérer que les choses ne s’arrêtent pas là. Si l’effort de mobilisation des ressources budgétaires a été grosso modo de 19% au 31 mars 2015, il faut au deuxième trimestre de l‘année communiquer tout autant sinon plus. Cette communication gagnerait à être appuyée par une analyse de conjoncture économique du Service d’information du gouvernement (SIG), afin que les Burkinabé apprennent à compter avec des réalités économiques qui les concernent. C’est la condition nécessaire pour être en capacité de jouer le rôle d’agent économique conscient, capable d’agir et de transformer l’environnement. Si la culture économique est ce qui manque le plus dans le débat politique national, il faut développer toute initiative susceptible de combler ce déficit. C’est aujourd’hui une exigence de la vie citoyenne !

Par Germain B. Nama


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