Championnat national de foot D1 : Une bombe à retardement

Publié le vendredi 1er mai 2015

A chaque championnat de foot sa crise, est-on tenté de dire. Eh bien cette année on est encore servi. Au départ, c’est une banale évocation formulée par le Santos FC puis l’EFO sur un joueur de KOZAF. Son traitement a été des plus iniques. L’ensemble des clubs de D1 et la FBF ont mis en commun leur intelligence pour trouver une solution. Sans le vouloir une bombe a été ainsi créée.
Un joueur de KOZAF, le club de l’ancien international Kassoum Ouédraogo dit Zico, est épinglé par son ancien club, le Santos FC pour identité frauduleuse. Il se trouve que le joueur avait antérieurement évolué sous les couleurs du Santos FC. Partant, ce club disposait des documents « pour coincer » le tricheur. La ligue nationale de football n’a pas hésité à condamner le club et son joueur. En principe la loi dispose que le club perd le match sur tapis vert, la licence du joueur annulé et lui-même frappé d’une suspension en fin de la saison. Si la responsabilité du secrétaire général ou du président est établi lui aussi sera suspendu. Cette peine donc devait être appliquée à KOZAF. Mais Zico et son club interjettent appellent. Ils exploitent une disposition des textes en vigueur qui stipulent que la commission des litiges a deux semaines (14 jours) pour rendre son verdict en cas de plainte dûment formulée. Or, la ligue nationale a rendu son verdict hors délais. En appel, KOZAF a demandé et obtenu l’annulation de sa peine pour vice de forme. La grande question est de savoir de quel droit a-t-on privé le Santos FC du gain du match ? Comment comprendre qu’une erreur de la Ligue soit payée par le club victime ? A ce qu’il paraît, la Ligue nationale a été incapable de trancher car l’ensemble de ses membres avaient été réquisitionnés pour participer à la CAN 2015. Soit ! La réquisition semble une bonne excuse. Elle est prioritaire et dès qu’elle intervient elle contraint l’intéressé à suspendre ses activités pour se mettre dans le sens de la réquisition. Mais le départ pour la CAN ne s’est pas fait du jour au lendemain. Il est à penser que la Ligue a eu le temps nécessaire pour trancher l’évocation sur sa table avant le voyage. A la suite du Santos FC, l’EFO portera plainte à son tour contre le même joueur sur le même motif. Là, la Ligue a tranché dans les délais. Mais cela n’a pas suffi à éteindre l’affaire. Le Santos FC injustement pénalisé dans cette affaire va avoir le soutien des autres clubs. Au cours d’une réunion qui a réuni fédération et clubs, les dirigeants des formations sportives vont désavouer le jugement prononcé sur cette affaire. La grande majorité des clubs a souhaité que le Santos FC ait gain de cause et que la loi soit appliquée dans toute sa rigueur. Mais si la FBF les suivait dans cette démarche, ce serait ouvrir la boîte aux pandores. Que le club qui n’a pas de cadavres de ce même type dans son placard soit le premier à lever la main ! Le président de la fédé, Sita Sangaré n’est pas allé dans ce sens. Il a appelé à un « argument accord » sur la question. KOZAF perd le gain de ses matchs contre l’EFO et le Santos FC. Et c’est tout ! Le joueur dispute la saison avec sa dernière licence. Jugement équitable à l’apparence ! A l’apparence uniquement car dans le fond, le débat peut refaire surface les mois ou années à venir. En effet, la notion de club formateur est chargée de profit dans le foot moderne. Avant ses 23 ans, les différents clubs sportifs qui ont accueilli un joueur perçoivent de l’argent sur l’ensemble de ses frais de transfert. Projetons-nous dans un avenir proche. Et voilà ce joueur signer un contrat dans un club pro en Europe. Que devient le Santos FC qui a accueilli le garçon bien avant KOZAF et qui a le droit de revendiquer un paiement ? En ne validant que la licence actuelle du joueur, on efface tout son passé. Et c’est KOZAF qui en tire un grand profit. Non content de voir son joueur officiellement accepté dans sa nouvelle identité, ce club en devient l’unique formateur. Peut-être le Santos FC n’avait pas vu le piège. Mais il s’en apercevra très très bientôt car le joueur serait même déjà sur le point d’aller monnayer ses talents ailleurs. Dans ce cas, le Santos va comprendre son erreur. Et il n’est pas exclu qu’il remette en cause les accords d’aujourd’hui et réclame son dû. Zico bien entendu ne va pas accéder à une telle demande. Le Santos risquera de sortir ses documents qui pourront compromettre la carrière du joueur. Autant dire qu’une bombe à retardement a été fabriquée.

Par J J Traoré


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