Crise politico-institutionnelle au Burkina : Le colonel Abdou Karim Traoré analyse et propose

Publié le vendredi 1er mai 2015

«  La crise politico-institutionnelle au Burkina Faso ou la nécessité d’une refondation  ». C’est le titre de l’opuscule que nous propose le colonel Traoré. Le désormais colonel-écrivain dépeint à travers sa plume la profondeur de la crise qui accable notre Faso. Le colonel Traoré qui occupe une haute fonction au sein du Ministère des affaires étrangères, situe avec courage et probité intellectuelle les responsabilités de la déliquescence de l’Etat. En sus de sa valeur didactique, pédagogique et historique, le livre dégage une perspective pour réconcilier les citoyens burkinabè entre eux et avec leurs dirigeants. A ce titre, il propose «  la refondation  » dont il esquisse la faisabilité et les avantages. Sans exagérer, après lecture nous avons eu le sentiment que l’opuscule pouvait être un repère pour repenser la gestion et le fonctionnement de la res publica dans notre pays, à défaut, au minima pour jeter les bases d’un Burkina Faso nouveau et différent de celui que l’on connaît.

L’œuvre du colonel n’est pas un pamphlet au sens plein du terme. Mais elle lève un coin du voile sur des vérités qui y font penser. Mais très vite, les démonstrations scientifiques de l’auteur noient ce préjugé dans une marre d’arguments ayant comme soubassements le droit et l’opportunité sociologique. On peine à entrevoir à travers ce livre une prise de position partisane. Ou bien s’il en existe une, c’est celle du patriotisme. Le contenu de livre oblige dans une certaine mesure d’accorder suffisamment de crédits aux réflexions du colonel, en ce sens qu’il a reçu une formation théorique de haut niveau et a pratiqué ce qu’il a appris dans les universités et écoles supérieurs presqu’au summum de l’administration publique. On se rend compte à partir des postes ou des rôles que l’homme a occupés, qu’il a la maîtrise des arcanes de notre administration publique. Son CV est très fourni. Aussi, faut-il dire que son expérience lui facilite une analyse lumineuse du fonctionnement et de la gestion de la res publica. Sans détour, l’auteur révèle les causes de la crise de gouvernance, de l’inefficacité et de l’inefficience du service public dans son ensemble. Il évoque plusieurs cas concrets pour étayer son analyse. A cet effet, il parle du choix des «  gouvernants de la IVe République  » à promouvoir la chefferie coutumière «  tout en lui faisant jouer des rôles dévolus aux institutions publiques de l’Etat  ». Ainsi, selon l’auteur, des chefs coutumiers s’arrogeaient des prérogatives de proposer des nominations aux hautes fonctions de l’administration et battre la campagne politique. Conséquences, dit-il, cela entraîne le « développement du repli identitaire sur des bases ethniques et régionalistes ». Un peu plus loin, évoquant la rixe intervenue entre François Compaoré et le Larlé Naaba ainsi que le scandale qui s’en est suivi, il prend de la hauteur en invitant les citoyens Burkinabè à «  appréhender la question dans le cadre de la République et non dans le cadre des relations personnelles ou dans le cadre des institutions informelles locales  ». Abdou Karim Traoré déplore le fait que le scandale n’ait pas été justifié par parce que les propos seraient injurieux envers un député de la République, mais parce qu’ils sont adressés à un «  ministre du Mogho Naba  ». Toute chose pour dire que l’incursion des chefs coutumiers dans les affaires politiques au point d’occuper des postes de responsabilité peut avoir un effet de boomerang.
En outre, le colonel a mis à nu l’affaissement de l’Etat dans plusieurs cas précis dont la gestion du récurrent conflit entre éleveurs et agriculteurs. Il dénonce la fuite de responsabilité de l’Etat en recourant à des moyens qui n’ont aucun impact positif dans le solutionnement du conflit. Après un diagnostic minutieux de ce grand corps malade qu’est l’Etat burkinabè, l’auteur explique la «  nécessité d’une Refondation  » comme la base d’un nouveau contrat social. Pour ce faire, l’auteur préconise la convocation d’une constituante pour faire évoluer le Burkina vers une République de type nouveau. Pour lui, pays a besoin d’une relecture de sa constitution. Une relecture qui devra transcender les questions subjectives pour embrasser une refondation de son système politique et institutionnel en vue de créer «  un cadre nouveau de démocratie et de développement humain durable ». A terme, selon la démarche qu’il propose, notre pays quittera le stade de la démocratie représentative avec toutes ses vicissitudes qu’on lui connaît pour aboutir à une démocratie participative. Le livre était prévu sortir avant la chute de régime de Blaise Compaoré, mais l’accélération inattendue qu’à connu la crise l’a empêché. Ce qui a permis à l’auteur de le réactualiser et d’aborder le sujet de la transition avec le même état d’esprit.

Hamidou TRAORE


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