OGM : « Monsanto dégage ! »

Publié le vendredi 1er mai 2015

Le 23 mai prochain le Collectif Citoyen pour l’Agro-Ecologie va organiser une marche contre les OGM (Organisme génétiquement modifié) à travers le monde. Il s’agira d’exiger le départ du géant américain Monsanto, promotrice des OGM dans divers pays. Le Burkina Faso ne restera pas en marge de cette manifestation. L’information a été donnée au cours d’une conférence de presse le mercredi 22 avril dernier à Ouagadougou.

La marche mondiale du 23 mai consistera à dire non aux OGM et oui à l’agro-écologie. Elle aura lieu également à Ouagadougou. Le cortège partira de la Place de la Révolution à la Maison du Peuple. Rappelons qu’au presidium de la conférence de presse, il y avait Tiendrebéogo Ousmane, porte parole du Collectif ; Blandine Sankara, Christian Legay, coordinateur régional Afrique de l’Ouest de l’ONG Terre, Autre Terre.
Le géant américain de l’agroalimentaire Monsanto a signé sa présence au Burkina Faso depuis 2001. Cette multinationale est numéro 1 des OGM dans le monde. Selon les scientifiques, un organisme génétiquement modifié est «  un microorganisme, une plante ou animal dont le patrimoine génétique a été modifié par génie génétique pour lui attribuer des caractéristiques qu’il ne possède pas du tout ou améliorer ce qu’il possède déjà  ». Mais pour le Collectif, «  un OGM est un vivant dont on a bricolé le caractère pour en faire une arme non maîtrisable  ». Les conférenciers ont expliqué les dangers que court tout pays en se lançant dans les OGM. Nous en citons quelques-uns. D’abord, la culture des OGM favorise la dépendance vis-à-vis des compagnies fournissant les semences. En effet, les firmes qui produisent ces organismes interdisent aux agriculteurs de conserver leurs semences pour la saison suivante. Il s’agit en d’autres termes d’une criminalisation de la sauvegarde et du partage des semences. Ensuite, la reconnaissance des firmes comme propriétaires des semences par le biais de la propriété intellectuelle fait des paysans des voleurs lorsqu’ils conservent ou partagent les semences avec un voisin. Monsanto fait appel à des détectives pour surveiller les paysans qui commettraient de tels vols. Ainsi les pratiques traditionnelles et vitales sont en danger. Personne ne pourra produire ou reproduire gratuitement des denrées agricoles, des plantes médicales ou même des animaux. Cela affectera naturellement les petits producteurs et empêchera les pauvres de se nourrir et de rester en bonne santé. Des royalties devront être versées aux détenteurs d’un brevet que sont les firmes et toute production non autorisée sera pénalisée. Et le risque majeur est la perte rapide des milliers de variétés locales adaptées au contexte agro-climatique et de ne pas pouvoir faire face aux changements climatiques en cours. Enfin, selon les conférenciers, la culture des OGM menace l’agriculture biologique et l’agriculture durable. Ils expliquent que les herbicides associés aux cultures génétiquement modifiées détruisent les champignons et les bactéries essentiels à l’entretien de cette fertilité. Pour eux, les OGM constituent une menace pour les écosystèmes du sol car nombre de cultures BT sécrètent des toxines de la racine vers le sol. En plus, ces toxines présentes dans les plantes détruisent les abeilles. En résumé, les conférenciers soulignent les conséquences néfastes des OGM sur l’environnement, l’économie, la société et sur la santé des populations. Pour eux, la recrudescence des cancers, des insuffisances rénales et de certaines pathologies faisant des victimes chaque jour nous obligent à nous inquiéter du lien avec les OGM qui envahissent nos plats alimentaires.
Les animateurs du point de presse estiment que ces firmes agricoles illusionnent le monde en proposant des technologies soi-disant pour augmenter la production, détruire les ravageurs et mettre fin à la faim dans le monde. Pour eux, la réalité est que nous sommes exposés à une aliénation alimentaire et économique enveloppée dans un programme de privatisation du vivant en vue d’une colonisation du monde par la maîtrise de la nourriture. Ils ajoutent que ce programme «  criminel  » a pour nom OGM et «  Monsanto en est le géniteur  ». Par ailleurs, ils signalent que les OGM ont une alternative. C’est l’agro-écologie. Un modèle de production agricole respectueux de l’environnement et des valeurs socioculturelles. Elle est adaptée à l’agriculture familiale et permet d’être plus résilients face aux changements climatiques tout en préservant l’autonomie du producteur.

Le coton BT, « une étape dans une stratégie d’invasion des OGM »

Selon les animateurs de la conférence de presse, le Burkina Faso s’est discrètement lancé dans la culture des OGM en 2001 avec dans un premier temps le coton OGM, encore appelé coton BT en violation des instruments internationaux. En effet, la convention sur la biodiversité biologique de 1992 et le Protocole de Carthagène sur la biodiversité de 2000, stipulent que les pays concernés doivent se munir d’un cadre législatif et prendre les plus grandes précautions avant de commencer la culture d’OGM. En plus, les signataires s’engagent à informer la population des dangers et à ne prendre aucune décision sans une large concertation publique. C’est bien tardivement que le Burkina s’est mis en règle en ratifiant en avril 2006 les règles internationales de sécurité biotechnologique. Mais avant, de vastes espaces d’expérimentation étaient déjà mis en place dans les stations de Farakoba (Bobo-Dioulasso) et de Kouaré (Fada N’Gourma). En 2008, ont eu lieu les premières distributions importantes de semences de coton OGM. 8500 hectares sont alors ensemencés. Aujourd’hui, à en croire les conférenciers, 70% du coton burkinabè est OGM. Selon eux, dans le projet de Monsanto, le coton BT n’est qu’une étape dans une stratégie d’invasion d’OGM en Afrique via le Burkina Faso. Côté résultat, les conférenciers indiquent qu’au cours de l’atelier des 12 et 13 décembre 2014, la firme a pu constater le mécontentement des cotonculteurs burkinabè face au coton BT car ce coton n’a pas tenu promesse de bon rendement. Contrairement à la publicité qui était faite de ce coton, la résistance aux insectes entre autres s’est avérée fausse. Et le comble, les cotonculteurs ont chèrement payé les semences à Monsanto. Après avoir reconnu l’échec du coton BT Bolgard II, Monsanto présentera ses excuses aux autorités burkinabè et se veut rassurant en annonçant l’introduction d’un gène supplémentaire qui permettra de supporter une bonne dose d’herbicide fulgurant, le glyphosate. Pourtant ce produit désherbant le plus vendu dans le monde et présent dans le Roundup (produit phare de Monsanto,) vient d’être classé cancérigène «  probable  » ou «  possible  » par l’Organisation Mondiale de la Santé. Rappelons que de nos jours, les OGM sont étendus au Niébé. Le maïs, le Sorgho, la patate douce, le mil sont dans la ligne de mire de Monsanto.

Par Hamidou TRAORE


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