Xénophobie en Afrique du Sud : La nation arc-en-ciel perd son âme !

Publié le vendredi 1er mai 2015

Si hier, la xénophobie attisée par le système d’apartheid avait pour objectif d’empêcher l’unité des africains dans la lutte de libération qui se menait contre le racisme, il est à présent absurde de reprendre ce concept divisionniste alors même que l’on parle de renaissance africaine. Et pourtant depuis quelques jours les violences xénophobes connaissent un regain au point de provoquer l’exode de populations noires venant principalement de l’Afrique australe mais aussi de la Corne de l’Afrique et du sous-continent indien. Au prétexte que les étrangers prennent le travail normalement réservé aux Sud-africains, leurs boutiques sont systématiquement pillées et leurs propriétaires chassés quand ils ne sont pas tout simplement massacrés.
C’est une phrase du roi du Kwazulu Natal qui a été le point de départ des violences suburbaines de Durban. En effet, Goodwill Zwelithini a invité les étrangers «  à faire leur bagage et à retourner dans leur pays  ». Il n’en fallait pas plus pour que se déclenche une chasse à l’homme d’une violence inouïe d’autant que les populations se sentaient couvertes par le parapluie royal. Le propos du monarque n’est pourtant pas fortuit. Il vient s’ajouter à une série de déclarations de membres de l’élite politique qui ont préparé le terrain à ces violences. Deux ministres de Jacob Zuma se sont illustrés dans ce sens. C’est d’abord celle de l’eau qui avait jugé que les petits commerces tenus par des étrangers ne pouvaient conduire qu’à un « désastre. » Un propos de la même veine avait aussi été tenu par la ministre des petites entreprises : «  les étrangers doivent comprendre qu’ils sont ici grâce à notre bonne volonté… Notre priorité, c’est d’abord avant tout notre peuple  ». Le secrétaire général de l’ANC ne fait pas mieux en invitant le gouvernement à durcir l’application des lois sur l’immigration. Il a même suggéré l’établissement de camps de réfugiés pour mieux contrôler les étrangers illégaux.
Ces propos de premiers responsables politiques visent selon de nombreux observateurs à cacher leur incapacité à résoudre les difficultés économiques et sociales qui sont le lot des Sud-Africains. On estime à 25% le pourcentage des pauvres dont 50% sont issus des jeunes. Il est facile dans ces conditions de vendre des illusions à une jeunesse désorientée. Le pays compte 50 millions d’habitants dont 5 millions d’étrangers. En 2008, la violence xénophobe a fait plus de 60 morts. En janvier de cette année 6 personnes avaient aussi trouvé la mort à Soweto des suites de violences. Les violences actuelles ont commencé à Durban et ont gagné Johannesbourg. Le bilan des morts serait actuellement de 7.
Jacob Zuma qui a annulé son voyage en Indonésie en raison de ces violences, a fustigé les fauteurs de troubles. « Aucun degré de frustration ni de colère ne peut justifier des attaques contre des ressortissants étrangers ou le pillage de leurs magasins ». C’est une réaction tardive estiment certains observateurs. Il aurait dû le faire au début des troubles d’autant que les conséquences étaient prévisibles.
Alors que l’Afrique du Sud se mobilise contre la xénophobie à travers une grande manifestation qui a eu lieu le jeudi 23 avril dernier à Johannesburg, Jacob Zuma de son côté initie un dialogue national, dans le but d’établir les causes réelles de cette violence. Il a ainsi rencontré des organisations religieuses et des représentants de certains corps de métier. Il devrait aussi rencontrer les représentants des étrangers. Il faut espérer que de ces conciliabules sortent des décisions fortes à même de réconcilier les Sud-Africains avec leur histoire nationale et que la paix durable revienne dans tous les townships.

GBN


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