Situation nationale : Quand les Burkinabè jouent à se faire peur

Publié le vendredi 1er mai 2015

Le mercure national est monté d’un cran depuis l’adoption du nouveau code électoral. Protestations et appel à la résistance du côté des défenseurs de l’ancien régime, désaveu d’une partie de la communauté internationale pour qui le nouveau code est un pied de nez à la charte de la Transition, mobilisation et appel au soutien de la Transition dans le camp des insurgés , autant d’ingrédients qui annoncent de chauds lendemains au Faso.

Pour nombre de Burkinabé les jeux sont faits. La loi est adoptée et promulguée par le président du Faso, il faut maintenant passer à autre chose. Et pourtant, ce n’est pas aussi simple. Le CDP et ses affidés ont saisi le conseil constitutionnel et déposé une plainte auprès de l’UEMOA. Les arrêts de ces institutions juridictionnelles peuvent modifier le sort de la loi. Sans doute chaque camp prépare ses arguments. Les autorités de la Transition devront répondre à une foultitude de questions. La mère des arguments sera le droit légitime,du peuple à disposer. La non rétroactivité de la disposition querellée de la charte sur la bonne gouvernance et la démocratie va sans doute animer les débats juridiques au sein du conseil constitutionnel. On ne peut s’empêcher d’évoquer d’autres questions plus pratiques comme la nature et la valeur de la preuve, la période à prendre en considération ou encore le souci de mieux encadrer la loi. Dans un Etat de droit, il est indispensable de s’entourer de garde-fous pour ne pas tomber dans l’arbitraire. Le débat fait déjà rage sur la toile et chacun y va de son interprétation plus ou moins subjective. Les artificiers du CDP ont commencé à tirer à boulets rouges sur les responsables du MPP qu’ils accusent d’être derrière la nouvelle loi électorale. Si l’élite du CDP doit passer à la trappe, certains responsables du MPP devront aussi à leur sens y passer. La décision de la modification de l’article 37 assènent-ils, remonte au 4ème congrès où de nombreux cadres du MPP tenaient les rênes du CDP. On ne parle même plus de la légitimité de la disposition querellée mais de son applicabilité non sélective. Si la charge de la preuve revient aux plaignants, les choses seront bien plus difficiles qu’on a tendance à le penser. Enfin, c’est le juge souverain qui aura à décider de la validité ou non de la preuve. La question risque de diviser les rangs de l’ex opposition où certains semblent y voir une heureuse opportunité. Quand Zéphirin Diabré use de la métaphore du voleur teint clair et du voleur teint noir, tous les observateurs y voient un plaidoyer pour une interprétation plus ouverte de la loi, ce qui a pour conséquence d’éliminer ses adversaires les plus dangereux. La bagarre entre insurgés pour s’approprier la peau de l’ours pourrait cependant couter cher aux alliés d’hier qui ne semblent pas prendre la mesure des périls. A l’heure où les candidatures indépendantes sont ouvertes, cette querelle fratricide pourrait avoir pour conséquence d’accentuer le discrédit des partis. Dans le camp de la société civile l’inquiétude monte. C’est essentiellement sous la pression et à l’initiative des associations que le meeting de soutien à la Transition pour ne pas dire à la loi électorale a été convoquée pour ce jour. Une manière de ressouder les rangs face à la menace de la «  contre-révolution  »

Ne pas se tromper d’ennemi

Les récentes sorties médiatiques des ambassadeurs de l’union européenne et des Etats unis continuent d’entretenir des gorges chaudes dans le landerneau politique national. Chez de nombreux Burkinabé c’est la déception et au pire c’est la révolte. Il y ‘a chez eux un fort sentiment que le Burkina a été abandonné par la communauté internationale au moment même où l’on a besoin d’elle pour aller de l’avant. Le nouveau code électoral qui traduit la volonté de réappropriation de la souveraineté du peuple face aux dérives politiciennes, renforce le dispositif normatif dissuasif contre les dérives politiciennes. Il est normal que les Burkinabé s’arcboutent sur leur loi. Mais il faut prendre garde de s’accrocher à l’écorce plutôt qu’à la substance. Pour ce qui est de la lettre de la loi, elle peut et doit être améliorée. Et c’est aux Burkinabé d’y apporter leur contribution. C’est dans ce sens qu’il faut appréhender les critiques et singulièrement celles qui viennent des amis du Burkina On était bien heureux des soutiens francs de l’administration Obama et particulièrement de l’ambassadeur Mushingi qui ne s’est pas embarrassé de considérations diplomatiques pour dire tout le mal qu’il pensait du projet présidentiel sur l’article 37. On a même craint à un moment qu’il soit expulsé, vu l’aveuglement des hommes de l’ancien régime. Il faut donc accepter aussi, même les caresses à rebrousse-poil. C’est vrai pour les ambassadeurs occidentaux mais c’est aussi vrai pour des Africains comme Maky Sall qui à ce qu’on dit est l’un des fervents défenseurs avec Abdel Aziz le mauritanien, de la Transition au Burkina.
C’est le rôle de nos responsables politiques de tenir un discours de modération et surtout de vérité aux militants. Après tout, le Burkina peut assumer ses options en toute liberté même s’il faut en payer le prix.
On susurre que les partenaires financiers pourraient ne pas délier les cordons de la bourse pour financer les élections. L’arme est à double-tranchant parce que ce sont eux qui ont enfermé la Transition dans un délai. Ce délai pourrait bien en pâtir. Les Burkinabé au contraire applaudissent les réformes initiées qui visent à assainir la vie économique et politique de notre pays. L’ambassadeur américain le sait très bien, lui qui aurait récemment confié qu’il a arrêté de faire du sport dans la rue à Ouaga face aux réactions hostiles suscitées par ses déclarations sur le nouveau code électoral. Le propos s’est voulu ironique mais il ne traduit pas moins l’état d’esprit de certains Burkinabé qui veulent aller vite. Et si d’aventure le Burkina ne devait pas être accompagné financièrement, certains pensent déjà aux procédures de vote sous la révolution sankariste. On criera à l’archaïsme mais c’est aussi cela le prix de l’indépendance et de la souveraineté revendiquée.

Jouons balle à terre

Plutôt que d’occuper la rue le CDP a pour le moment choisi l’option de la voie judiciaire pour faire valoir ce qu’il considère comme ses droits. Il faut croire qu’il s’inclinera s’il arrivait qu’il n’ait pas gain de cause. C’est incontestablement une démarche républicaine et d’apaisement. Mais la paix ne dépendra pas que d’une seule partie. Les différents appels à réserver à Djibrill Bassolet un accueil « approprié » ne sont pas pour apaiser le climat social. Certains vont même jusqu’à soupçonner Bassolet d’être le cerveau d’un coup en préparation sans bien sûr en donner des preuves tangibles. Les récentes fouilles des véhicules opérées le vendredi 17 avril dernier à Ouaga seraient une opération policière préventive suite à des rumeurs de possibles infiltrations d’armes. Dans une situation aussi volatile comme celle que nous vivons en ce moment, une rumeur de cette espèce peut faire beaucoup de mal et de torts. Il faut éviter d’enflammer inutilement les esprits et le pays. Certes, il est normal que la vigilance soit de mise pour ceux qui se sont battus pour obtenir le départ du monarque.
Mais il faut savoir raison gardée. Le nettoyage des écuries n’est pas la seule affaire de la Transition. Les OSC évoluant dans le domaine de la citoyenneté devraient dès maintenant se préparer à jouer un rôle actif dans l’après-Transition. Elles doivent continuer à assurer l’indispensable veille pour la sauvegarde des idéaux de l’insurrection populaire.

Par Germain B. NAMA


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