Les OSC et le nouvel ordre politique national

Publié le vendredi 1er mai 2015

L’insurrection a inversé les rôles. C’est désormais la société civile qui tient le gouvernail politique. Entre son rôle de veille et la tentation de jouer les premiers rôles, l’opportunisme a vite fait de prendre le dessus.

Le CDP était à nouveau cloué aux piloris par le Cadre de réflexion et d’action démocratique (CADRe) lors d’une conférence de presse le samedi 14 mars à son siège à Ouagadougou. A la diatribe contre au CDP, s’est ajouté une nouvelle cible : les burkinabè de Côte d’Ivoire. Leur crime, avoir bousculé le tout puissant ministre de l’Administration Territoriale, Auguste Denise Barry, pendant son passage à Abidjan. Quelques jours auparavant, c’était le M21, qui prononçait la disqualification des hommes politiques ainsi que leurs partis des échéances électorales à venir.

A quoi jouent les OSC ?

Il y a longtemps que nos OSC ont cessé de jouer le rôle d’interface entre les acteurs sociaux et politiques. Ils se sont totalement fondus dans les camps qui se combattent au point de se disqualifier comme force de recours. Dans le débat national, on est franchement dans l’outrance du côté des OSC. Marcel Tankoano du M21 ne passe pas par quatre chemins pour s’ériger en pontife : «  il faut la suspension du CDP, parce que s’il va en course, il n’y aura pas d’élections ». La cause est dite. Plus explicite, il s’installe dans le rôle du juge constitutionnel pour distribuer les sentences. Les pestiférés sont cités nommément. Il y a ceux qui sont bannis à jamais de la politique.
D’autres comme Adama Zongo et Paramanga Ernest Yonli sont plus chanceux. Ils écopent de 20 ans d’inéligibilité, sans possibilité de réminiscence. Et puis ce sont les réclusions dans l’ordre croissant de la dangerosité des coupables. Alpha Yago, 35 ans de réclusion tandis que Blaise et François prennent la perpète. Quant aux anciens locataires de l’hémicycle et anciens ministres, Mathieu Tankoano frappe encore : « Tous ceux qui étaient au dernier gouvernement du dictateur Blaise Compaoré doivent être frappés d’inéligibilité d’au moins 10 ans. Tous les députés de l’ancienne mouvance présidentielle (CDP, ADF/RDA, UPR et les autres qui se reconnaissent) doivent être suspendus du droit d’éligibilité pendant au moins 5 à 10 ans chacun  ». La tournée du leader du parti de l’éléphant, l’ADF/RDA pour demander pardon aux Burkinabè ne marche pas avec le M21.
Ce pardon est balayé d’un revers de la main. Pour Tankoano, «  même si Gilbert Noël Ouedraogo pleure du sang, nous n’accepterons jamais qu’il soit en course, même pour un simple poste de conseiller  ». En pappui des déclarations de son chef, le M21 prévient qu’il ne se limitera pas aux seules déclarations. Le mouvement projette passer à l’acte. Les responsables du mouvement annoncent tenir un sit-in devant le ministère de la justice. Mieux, ils entendent aller expliquer le bien-fondé de leur action aux chancelleries. Le président du M21 lance un appel aux insurgés de se tenir prêt pour le mot d’ordre général à venir.
Après le M21 c’est autour du CADRe de faire son entrée en scène. Le niveau de la diatribe baisse d’un cran, mais l’excommunication est la même pour les anciens barons du régime Compaoré. Néanmoins, cela doit se faire dans les règles de l’art. Ici le débat est posé et le propos mesuré. On exprime son souci de la préservation de la paix sociale. Le CADRe de Hyppolite Domboué, veut s’adresser directement aux burkinabè de l’extérieur pour les inviter «  à la retenue  ». Le CADRe finit par un appel à la classe politique afin qu’elle adopte une attitude responsable en cessant d’alimenter la violence déjà perceptible à travers des déclarations… (sic). Au cours de sa conférence de presse du 9 avril, le CADRe réclame une reddition des comptes de tous les barons qui ont servi la IVème République du capitaine Blaise Compaoré. Sur les arrestations des anciens barons du régime Compaoré, Hippolyte Domboué pense que «  c’est un coup d’éclat que le gouvernement veut se faire. C’est pour faire plaisir et divertir la masse que ces actions ont été entreprises, sinon si le gouvernement veut bien faire, il n’a qu’à ouvrir simplement les nombreux dossiers qui sont déjà là  ». Se prononçant sur le nouveau code électoral, M. Domboué estime qu’il n’était pas nécessaire d’adopter une telle loi. Pour lui, il suffisait d’ouvrir les anciens dossiers de crime de sang et économique et procéder à leur jugement. Le secrétaire exécutif du CADRe ajoute que le Code électoral dans ses anciennes dispositions, interdisait la candidature de toute personne ayant un casier judiciaire entaché ou un procès en cours. Et il appartenait au Conseil constitutionnel de dire tout simplement le droit. Mais dans le viseur du CADRe il y a l’avènement d’un véritable Etat de droit. Pour en discuter, le CADRe a organisé le 18 avril dernier un forum sous le thème : «  Quelle relève politique dans un Burkina Faso post-insurrectionnel  ». Invitation est faite aux autorités de la transition de jeter les bases d’une d’un Etat de droit. Pour le CADRe c’est ce la leur mission première
C’est sur le nouveau code électoral que le CAR d’Hervé Ouattara donnera de la voix suite à la sortie médiatique de certaines représentations étrangères dans notre pays. «  La communauté internationale peut pas continuer à nous dicter ce qu’on à faire dans notre pays. On ne peut même pas tolérer ça."
C’est eux qui mettent le feu partout… Leur argent, ils n’ont qu’à le garder. Même si on va cotiser pour faire les élections, on va le faire. Le code électoral, on va défendre ce code vaille que vaille. Leur milliard là, ils n’ont qu’à garder. Parce que Djibril Bassolé ne va pas se présenter qui fait mal au gens, bon les gens ont des villages, ils n’ont qu’à l’amener il va gérer là-bas », s’offusquait le député Hervé Ouattara.
Loin des diatribes politiques de la société civile, la CCVC dirigée par Chryzogone Zougmoré apporte une note différente. C’est sur le terrain de l’éducation et de la vie chère que cette structure a décidé de placer son combat nonobstant les préoccupations politiques de l’heure. Mais avec une transition poussive, difficile de faire droit à ce discours. La CCVC est même devenue la cible de certaines OSC ainsi qui l’accusent de travailler à la déstabilisation de la Transition.

La parole à ceux qui vont mourir !

C’est le CRAC , le Comité de réflexion et d’actions pour le Renouveau du Congrès pour la Démocratie et le Progrès dirigé par Ouedraogo Ali Badara qui est le répondant société civile du CDP. Le CRAC dit vouloir travailler à la refondation de leur parti avec des responsables politiques respectueux du peuple et de leur engagement. Sur le débat politique de l’heure, le CRAC affiche sa marque. Les conditions d’éligibilité et d’inéligibilité estime-t-il sont clairement fixées par le code électoral (l’ancien) à ses titres II, III, et IV. Et de lancer un appel aux autorités de la transition, à la CEDEAO, au groupe de contact, aux ambassades accréditées au Burkina et à la communauté internationale au respect de tous les engagements inscrits dans la charte de la transition, la Constitution et dans le code électoral de 2012
Ambiance meli melo comme on le voit au sein de la société civile. Difficile d’y voir un exemple de rigueur de lucidité et surtout de pondération. Le Burkina est sur le fil du rasoir. Difficile de dire où l’on va. L’espoir est tout de même permis. Les conclusions de la commission de réconciliation et des réformes sont attendues, de même que la parole du juge constitutionnel. Le Burkina a souvent surfé sur des cordes raides mais sans jamais tomber dans des situations irrémédiables. Il faut croire que la bonne grâce du Burkina se poursuivra !

Par Hamidou TRAORE


Commenter l'article (7)