Relocalisation à Donsin : Les problèmes sont légion !

Publié le vendredi 1er mai 2015

Après Samandéni, c’est au tour de Donsin de nous interpeller sur les préoccupations des populations affectées par les travaux de l’aéroport. Dans notre relation des événements de Samandéni nous nous étions fait l’écho des représentants des populations de ladite localité qui avaient cité Donsin comme un cas de figure où les choses allaient relativement mieux. Que nenni, rétorque-t-on du côté de Donsin où l’on nous invite à venir toucher du doigt les réalités du terrain. Eh bien, nous nous y sommes déportés le vendredi 3 avril dernier où plus de quatre heures durant, nous avons parcouru quatre sites prévus pour l’accueil des populations. Constat de notre visite.

L’article paru dans l’édition 299 du 10 mars 2015 intitulé l’«  état d’urgence dans la vallée de Samandéni  » a provoqué l’ire des responsables de la Coordination d’initiatives et d’actions pour le développement Beeog-Neere (CIAD-BN), une association de défense des intérêts des populations evant être délocalisées à la suite des travaux de l’aéroport de Donsin. Voici ce que nous avions écrit : «  A Donsin par exemple, en plus de fournir les constructions clé en main, chaque famille a été dotée d’une plaque solaire et d’une barrique pousse-pousse. A Samandéni, les compensations sont minimales  ». cet extrait avait été appuyé d’un tableau comparatif des indemnisations appliquées dans trois projets en cours au Burkina Faso. Il s’agissait de : l’aéroport de Donsin, du pôle de croissance de Bagré et le projet du barrage de Samandéni. Aussitôt nous avons reçu la réponse cinglante de l’association Beog-Neere : «  Contrairement à ce qu’on dit que c’est rose sur les sites d’accueil des populations affectés par les travaux de l’aéroport de Donsin, il y a beaucoup plus d’épines que de roses  ». Sur le terrain, nous avons effectué des constats sur quatres sites d’accueil. Pratiquement partout, les chantiers sont en cours d’exécution. Sauf sur le site du grand Donsin où le chantier est en arrêt alors que les travaux sont inachevés. A Taab-tenga, un autre site, maçons et ouvriers s’affairaient. Maisons en cours de finitions d’une part, travaux de fondation pour des murs de clôture. Visiblement aucune maison n’est prête pour le moment à accueillir son locataire. Sous un arbre de karité au milieu du site d’accueil, une trentaine de personnes viennent à notre rencontre pour nous exposer leurs problèmes

Que des plaintes !

«  Lorsque la MOAD (Maîtrise d’Ouvrage de l’Aéroport de Donsin, ndlr) a voulu commencer ses activités ici à Taab-tenga, la première gaffe a été celle de dire qu’un célibataire n’a pas droit à une parcelle. Si tu es célibataire, même si tu as 40 ans tu n’as pas droit à une parcelle.  » nous a fait savoir notre premier interlocuteur avant de poursuivre que la MOAD a même oublié certaines personnes pendant le recensement et ses derniers ont dû prendre leur argent pour construire elles-mêmes leurs habitations. Sur toute la ligne, la maîtrise d’ouvrage est accusée d’être à l’origine de leurs difficultés. Léonard Dipama est une des personnes affectées par les travaux. Il explique cette situation par l’ignorance de leurs aînés qui se sont laissés duper par la MOAD : «  les émissaires de la MOAD n’ont fait que tromper la vigilance de leurs vieux. Avec l’éducation que ces vieilles personnes ont reçue, ils ne veulent pas manquer de respect à un étranger et la MOAD en a profité pour nous faire vivre la misère  ». Il trouve que la grille d’indemnisation en application sur le terrain a été peut-être négociée sur place avec les vieux des villages, d’où la disparité entre les indemnisations indicatives sur les papiers et celles appliquées sur le terrain. Par contre les choses se présentent mieux à Silmiougou où le chantier connait une avancée significative. Là-bas, les travaux ce sont les murs de clôture qui sont en en train d’être élevés. Les maisons ne sont pas encore habitées, mais elles ont été tôlées, crépies et les ouvertures ont été fixées. D’où la satisfaction de Gombila Souleymane Ouédraogo, un des futurs habitants du site d’accueil de Silmiougou. Quand à Narcisse Ouédraogo, informateur dans le Comité Villageois de Développement s’appuyant sur l’exemple de Kaartenga situé à une dizaine de kilomètres des deux premiers sites, manifeste son insatisfaction : «  Les travaux avancent petit à petit mais pas comme ce que l’on aurait souhaité  . Même constat chez Jules Compaoré, président du Comité Villageois de Développement (CVD) de Kaartenga. Sur le site d’accueil du grand Donsin situé lui aussi à quelques kilomètres du site de Kaartenga et à un jet de pierre du village de Donsin, le bilan n’est guère reluisant comme l’indiquent les personnes trouvées sur place. Grand Donsin regroupe les sites de Koyinga, Donsin, Nongstenga et Rogemtenga. De ces différentes localités, c’est la situation de Donsin qui alimente les rancoeurs. Là, les chantiers sont quasiment à l’arrêt. Les logements ont été certes construits, tôlés et les portes et fenêtres ont été fixées. Mais le crépissge n’a pas encore été fait. Il n’y a pas non plus de mûrs de clôtures ni de latrines. Les fosses septiques ont été creusées mais elles n’ont pas encore été construites. «  Les gens ont creusé les fosses pour les latrines mais les travaux n’avancent pas parce que l’argent est insuffisant. Certaines personnes ont dû investir leur propre argent pour achever la construction des latrines  ». C’est ce que nous a indiqué Pascaline Zoundi.

Situation des indemnisations

Selon les explications des populations, des promesses qui ont été faites dans le domaine des indemnisations se font toujours attendre. Si la MOAD a pris en charge la construction des habitations (mis à part les oubliés), le cas des latrines a été traité autrement. Cent cinquante mille (150 000) FCFA, c’est la somme forfaitaire qui a été donnée à chaque propriétaire de parcelle pour la construction des latrines. Cependant cette somme selon les personnes concernées est insuffisante. «  Avec 150 000 s’il faut creuser puis construire la fosse, crépir et mettre la Barberine, poser la dalle, payer le fer et les autres matériaux, c’est impossible  » déplore Léonard Dipama. Quant à Jean-Marie Tapsoba une des rares personnes à avoir commencé la construction de sa latrine sur le site d’accueil de Donsin, d’ici la fin des travaux, il aura au moins investi 500 000FCFA. Bien avant que je ne termine la construction de la fosse du WC, les 150 000FCFA sont déjà épuisés estime-t-il. Autre compensation qui pose problème, c’est celle des terres cultivables. Si les sites d’accueil et les logements sont quasiment un acquis, les terres cultivables restent problématiques. «  Certaines personnes ont été dédommagées pour leur bétails et leur volaille tout comme les autres investissements qu’elles avaient fait sur place » nous a confié Gombila Souleymane Ouédraogo. Mais sur la question des terres cultivables, la MOAD aurait dit qu’une solution sera trouvée après la relocalisation des populations affectées. Mais l’on semble douter de la bonne foi de la MOAD, raison pour laquelle certains n’entendent pas regagner les sites d’accueil avant d’avoir reçu des compensations pour leurs anciennes terres cultivables. C’est le cas de Bernard Tapsoba.

Des plaques solaires annoncées mais non encore reçues

Sur le site d’accueil de Kaartenga, la question des terres cultivables se pose autrement. Certaines personnes ont perçu les dédommagements de leurs anciennes terres cultivables mais estiment la somme insuffisante. Les chiffres avancés font état de 250 000 FCFA à 400 000FCFA selon qu’on est propriétaire ou demandeur terrien. Une somme qui est en deçà des promesses que la MOAD avait faite. «  On avait dit que chaque demandeur terrien avait droit à une indemnisation de 400 000fcfa. Mais présentement les propriétaires terriens sont dédommagés à 400 000fcfa et les demandeurs à 250 000fcfa  » nous a confié Jean-Marie Kiemdé, futur habitant du site d’accueil de Kaartenga. La question des indemnisations des arbres, des greniers et des tombes s’est invitée dans nos échanges. Sur place, nous avons pu vérifier que les chiffres portés dans notre tableau comparatif des indemnisations appliquées aux trois projets se sont révélés caducs ou non encore appliqués.
A titre d’exemple, dans le tableau indicatif, le grenier est dédommagé à 31 500FCFA alors que selon le même Jean-Marie Kiemdé, ils ont perçu à peu près 12 500fcfa par grenier. Pour ce qui concerne les tombes, au lieu de 430 000fcfa comme annoncé dans le tableau, les tombes individuelles sont dédommagées à 50 000fcfa contre 250 000FCFA pour les tombes groupées. Les plaques solaires annoncées ne sont pas une réalité pour le moment ou du moins constitue une réalité partielle à la date de notre passage sur les sites d’accueil. Une dizaine de personnes auraient reçu des plaques solaires à ce jour. Il s’agit de celles affectées par la principale voie d’accès au site de l’aéroport en cours d’aménagement. Ces dernières ayant déjà été relocalisées sur les sites d’accueil ont reçu les plaques solaires. Quant au reste, Jules Compaoré président du CVD de Kaartenga rassure que «  leur tour arrive  ». Il estime en effet que, « les sites d’accueil n’étant pas encore habités, les plaques solaires risquent d’être volées si elles sont installées maintenant ». C’est donc pour ne pas courir ce risque que la MOAD a préféré pour l’instant. Cela vaut aussi pour les «  pousse-pousse  ».

Les conditions de vie dans les sites d’accueil

Peu sont ceux qui vivent déjà sur les sites d’accueil. Sur 236 ménages à Taabtenga, seulement quatre ont été relocalisés contre un ménage à Silmiougou. Si ces personnes ont devancé leurs proches sur les sites d’accueil, c’est parce que leurs anciennes habitations ont été touchées par les travaux d’aménagement de la principale voie menant au le site de l’aéroport de Donsin. Le problème crucial que vivent ces familles, c’est celui de l’eau. Et le vieux Gomdaogo Tapsoba seul chef de famille à Silmiougou, a dû abandonner son bétail à Rogem-noogo faute d’eau sur le site d’accueil. Les forages ont été creusés mais ils ne sont pas tous fonctionnels. Les rares forages fonctionnels sont pris d’assaut par les populations riveraines et impossible pour ceux qui veulent poursuivre leur construction d’avoir de l’eau. A Silmiougou, ils sont au moins 110 ménages qui devraient se partager l’eau de 3 forages après le déménagement. Sur l’ensemble des quatre sites d’accueil, la question de l’eau a été la préoccupation évoquée par presque toutes les personnes interrogées. Des forages existent certes mais ils sont insuffisants, certains ont un très faible débit et dans le pire des cas, ce sont des forages inachevés. Comme solutions à leurs difficultés, les populations affectées par les travaux d’aménagement de l’aéroport de Donsin appellent le gouvernement de la Transition et la MOAD à se pencher sérieusement sur leur situation. La relocalisation a été annoncée à trois reprises mais les délais fixés ne sont jamais respectés. Les populations ne souhaitent plus y passer cet hivernage vu l’état actuel de leurs maisons. Les pluies sont un réel danger pour leur sécurité.

Wend-Tin Basile SAM


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