Prenons garde de pas détruire notre pays par nos excès !

Publié le vendredi 1er mai 2015

Qui est responsable du Burkina d’aujourd’hui et de demain ? Ceux que le hasard des choses a placés au-devant de la scène depuis le 30 octobre 2014. Ceux qui ont été vaincus et chassés ont joué leur partition. Ils sont passé à la postérité et c’est d’avantage elle qui est désormais chargée de juger leurs actions. Ceux qui sont aux affaires eux, ont une lourde responsabilité de ne pas faire pire que ceux qu’ils ont critiqués et remplacés.
Six mois après, l’insurrection, nous sommes toujours dans la focalisation contre un système et ses animateurs que nous avons vaincu. Nous sommes englués à nous battre avec les fantômes des vaincus et nous passons à côté de l’essentiel. Notre victoire absolue ne sera pas de réaliser une vengeance totale et sans concession contre le régime qui a gouverné le pays et contre tous ceux qui l’ont incarné. La plus belle victoire que nous puissions remporter, c’est de faire mieux qu’eux. C’est de montrer que nous les avons combattus, parce que nous avions une alternative qualitative à ce qu’ils étaient et à ce qu’ils faisaient. Nous sommes au pied du mur, il faut que nous le montrions maintenant.

« Nous avons une opportunité inégalée et probablement qui ne se présentera pas de sitôt pour aiguillonner notre pays vers les sommets des valeurs humaines et mériter de l’Afrique et de l’humanité ou le conduire dans le gouffre fatal »

Qu’est-ce que nous avons fait jusque là ? Pour l’instant nous n’avons fait que mettre nos pieds dans les pas de ceux qui nous ont devancés. Eux aussi, jusqu’à l’obsession étaient convaincus que le Burkina Faso deviendrait meilleur si ceux qu’ils avaient vaincus étaient réprimés, violentés et humiliés. C’était la seule façon d’éviter toute récidive. La révolution des capitaines qui a instauré le Conseil national de la Révolution a agi comme une transition de quatre ans. Elle a traqué, jugé et condamné les anciens dignitaires des régimes qui se sont succédé dans notre pays jusqu’à son avènement. Le CNR qui était mue incontestablement par les meilleures intentions du monde s’est terminé dans le désastre d’un énorme bain de sang et d’une société nationale fracturée. La IVe République qui est née sous ses cendres a hérité et aggravé les deux principaux travers des régimes précédents : les violences politiques et les prévarications des biens publics. Aucun régime, connu jusque là, n’avait fait plus mauvais que la IVe République. A sa décharge, et peut-être aussi contexte international oblige, la IVe République a toléré la liberté de presse et d’opinion. Il faut le lui reconnaitre. Jusque là les présidents des parlements n’appelaient pas les responsables des médias, pour les adjoindre de faire cesser les critiques contre eux.
L’insurrection populaire d’octobre dernier devrait être un formidable moment pour notre pays, de construire autrement les bases de notre avenir et de notre vivre en commun. Elle a créé l’opportunité la plus rêvée que c’est le peuple, dans son entendement le plus noble qui a conduit et remporté cette victoire. Cette fois la victoire n’a pas été celle d’une frange mieux organisée sur les autres qu’elle combattait. C’était la victoire du peuple. Personne individuellement, aucun groupe seul ne peut s’en prévaloir.
Nous avons une opportunité inégalée et probablement qui ne se présentera pas de sitôt pour aiguillonner notre pays vers les sommets des valeurs humaines et mérité de l’Afrique et de l’humanité ou le conduire dans le gouffre fatal.
Pour cela il faut, et ce n’est pas trop tard, ne pas penser seulement comment on se venge de ceux de nos frères, parce que nous ne pouvons pas supprimer qu’ils sont burkinabè, qui ont failli. Il faut penser les conditions qui nous prémunissent, nous qui avons pris la relève, de ne pas tomber dans les mêmes travers et ne pas reproduire les mêmes crimes.
Cela n’est en rien une absolution, mais si on remonte l’histoire, il eut un moment où certains de ceux que nous vouons aujourd’hui aux gémonies, à juste raison, ont représenté des espoirs. Ont incarné des valeurs. S’ils ont failli, chemin faisant, le plus utile pour notre pays, c’est de mieux comprendre les raisons qui les ont fait plonger, plutôt que de pinailler sur le nombre de coups qu’il faut leur asséner pour que plus jamais ils ne récidivent. Pour que cela serve de leçon à ceux qui vont venir après eux. L’histoire de notre pays nous enseigne que c’est une fausse solution qui n’empêche ni la récidive, ni la duplication. Pire elle engendre la surenchère dans le mauvais. Les vaincus et punis vivent mal l’humiliation et attendent le moment de se venger. Les vainqueurs, comme dans une loi de série, retombent en pire dans les mêmes travers et deviennent rapidement les parias d’un nouveau groupe de justiciers. Sortons notre pays de cette spirale. Refondons autrement notre politique.

Par Newton Ahmed Barry


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