Justice : Où en est-on avec l’affaire Nébié ?

Publié le vendredi 1er mai 2015

Dans un mois jour pour jour, ce sera le premier anniversaire de la mort du juge Nébié. C’est en effet le 24 mai 2014 que son corps sans vie a été retrouvé aux environs de Saponé. Deux autopsies aux conclusions contradictoires ont été produites, entrainant de graves confusions dans l’esprit des burkinabé. La première établie par des médecins nationaux avait conclu à un possible assassinat tandis que la seconde comme pour prendre la première à contre-pied avait écarté sans la moindre concession l’hypothèse d’une mort causée par un tiers. Nombreux sont les Burkinabé, qui y ont vu quelque chose de louche. Malheureusement ceux qui pouvaient aider à démêler le volet scientifique de cette ténébreuse affaire se sont honteusement tus. La polémique, si tant est qu’elle a existé, s’est bornée à des questions de protocole qui n’auraient pas été observées par le médecin français. Ni le syndicat ni l’ordre des médecins n’a osé soulever les questions de fond. Il nous souviendra que nous avons à l’Evénement demandé en vain en son temps l’éclairage d’un célèbre légiste national pour décrypter le rapport du Dr. Chauchois. Evidemment, cela faisait l’affaire du gouvernement de Blaise Compaoré, pressé de liquider cette affaire embarrassante. Comble de cynisme, ils ont fini par la sous-traiter à des plumitifs sans foi ni loi, tout heureux d’avoir trouvé là l’occasion de se donner une visibilité.
En ce qui concerne le volet judiciaire, c’est l’opacité totale. Aucun point de presse n’a été fait depuis qu’un juge d’instruction a été commis. Il ne pouvait en être autrement, aussi longtemps que la chancellerie veillait au grain. L’indépendance de la justice ? C’est une fable au Fablefaso. Les Etats généraux de la justice viennent du reste de le reconnaitre. Une des recommandations pressantes de ces Etats généraux porte sur cette nécessaire indépendance sans laquelle la justice ne peut être ni juste ni efficace. L’affaire Nébié comme tous les autres dossiers du genre souffrait d’une lourde hypothèque de la part d’un pouvoir qui avait verrouillé à son profit tous les rouages de l’Etat. Est-ce un hasard si c’est Dramane Yaméogo qui se trouvait aux affaires au moment de l’affaire Zongo ? Procureur du Faso, il n’avait pas donné et c’est peu dire, la meilleure image de la justice. Une certaine opinion avait d’ailleurs vu dans sa nomination au poste d’ambassadeur à Abuja (Nigéria), une récompense pour services rendus. Avec l’affaire Nébié, il n’y a pas eu de diligences particulières de sa part. Au contraire, tout laisse croire que le gouvernement de l’époque avait travaillé à servir du faux aux Burkinabé.
A la veille du premier anniversaire de la mort de Salifou Nébié, il est important que la justice situe les Burkinabé sur le dossier. Quels sont les moyens qui sont offerts au juge d’instruction pour mener à bien ses enquêtes, quelles sont les actes de procédure qui ont déjà été posés, quelles tendances se dégagent et qu’elles sont les étapes à venir ? On ne peut pas continuer avec cette omerta au prétexte que l’on veut respecter le secret de l’instruction. Ailleurs on communique sans que pour autant cela gêne l’évolution positive des dossiers. La communication est aussi un outil d’investigation judiciaire. L’ignorer serait une grave méprise qui confine les juges dans des culs de sac. Dans l’affaire Nébié comme dans les autres, il n’y a jamais eu, sauf erreur d’appels à témoins. Or, il est important d’encourager les Burkinabé à témoigner. Cela ne va pas de soi. Il faut inventer des mécanismes pour mettre les Burkinabé en confiance et les amener à être des citoyens conscients et responsables. La justice à elle seule est incapable d’atteindre l’efficacité exigée par les Burkinabé. Ils se sont insurgés le 30 octobre pour exiger entre autres la fin de l’impunité. Mais il est bien clair qu’ils devront être les yeux et les oreilles de leur justice. C’est aussi à cette condition que celle-ci pourra se hisser à la hauteur de leurs aspirations. S’ils ont travaillé à créer les conditions de la révolution politique, il faudra en faire de même pour réussir la révolution judiciaire.

Par Germain B. Nama


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