Un an déjà ! C’est allé vite pour que rien ne change

Publié le lundi 7 mai 2012

Par Newton Ahmed Barry

En ce mois d’avril, l’heure serait à la commémoration du premier anniversaire « des survivants de avril 2011 ». Le premier ministre Luc Adolphe Tiao d’abord, puis le chef d’Etat-major général de l’armée. La traversée était inespérée. Elle a eu lieu. Mais le danger est-il derrière nous ? Pour l’essentiel, le sentiment dominant est qu’on a renoué avec la normalité. Les institutions (re) fonctionnent normalement. Le pays a retrouvé son rang dans la sous région. Le président a repris ses médiations. Avec la crise inattendue au Mali, Ouagadougou reconquiert sa stature de capitale sous régionale et les séminaires ont repris.

Or avons-nous réellement apporté des solutions structurelles à la crise ?

 

Primo, les institutions de crise sont encore en place. Luc Adolphe Tiao est un premier ministre de crise. Ça n’a pas été expressément dit, mais on a pensé à lui pour ramener la normalité. Sur les douze mois, même si ce n’était pas gagné d’avance, il semble avoir réussi cette mission. Sa méthode et son approche ont produit des effets bénéfiques. L’erreur serait de le transformer en chef de gouvernement de « gestion ».

 

Or c’est ce vers quoi on tend. Les deux rôles sont différents et les confondre conduit à des dénouements fâcheux. S’il s’en tient à son rôle de gestionnaire de la crise, il pourrait, en poussant à des reformes de structures bien pensées, permettre au pays de repartir sur un bon pied. S’il se transforme en premier ministre de gestion, avant le deuxième anniversaire, son aura va commencer à s’étioler et les problèmes vont résurgir. Déjà quelques signes précurseurs. Son échec sur la question des prix des denrées de premières nécessités.

 

Pour l’instant, c’est son ministre du Commerce qui est l’exutoire de la colère. Ça ne va pas durer longtemps. Puis la question de l’université. Elle ne peut pas être réglée dans la voie qui est actuellement suivie. Les institutions et les pouvoirs ne sont plus légitimes pour le faire. C’est pourquoi le retour à la normalité par une régulation progressive des rentrées universitaires ne se fait pas. La rentrée universitaire n’est plus connue d’avance. Elle n’est plus certaine, comme ne l’est plus la fin de l’année universitaire. Or le fonctionnement de l’université et de l’école, de façon générale, est la meilleure jauge de la bonne santé politique d’un pays.

Autre parapluie qui s’est envolée le 4 mars, à la fin du congrès du CDP, sa neutralité politique. On savait évidemment qu’il appartenait au parti présidentiel, sauf qu’en devenant publiquement le Premier Conseiller du parti présidentiel, il perd sa neutralité. Il devient, de fait, le chef de la majorité. Cela l’éloigne encore plus des tâches de reformes politiques qui ne sont pas achevées et qui ont le défaut de n’avoir jamais été consensuelles.

 

Luc Adolphe Tiao peut décider de faire une chose utile pour le pays et en garder la reconnaissance éternelle. Il peut aussi décider de devenir un co-gestionnaire du mandat et inévitablement, il sera un fusible. Un simple consommable électrique qu’on va user et oublier jusqu’au nom. Au regard du déploiement actuel, c’est la deuxième option qui a plus de chance de prospérer. Historiquement, il n’y a pas de précédent d’un cumul réussi des deux missions : Reforme structurelle et gestion de pouvoir. Exception d’un gouvernement dont le premier responsable a reçu un « robuste » mandat des citoyens. De toute évidence, Tiao n’est pas dans cette configuration. Il a été appelé à la rescousse pour corriger une situation qui n’était plus acceptable. Il ne peut pas servir d’instrument d’un amadouement pour que les choses querellées trouvent à se réaliser. Dans cette perspective, la réalité ne tardera pas à le rattraper.

 

Secundo : la question militaire. La reforme de l’armée était devenue indispensable. On ne sait toujours pas sur quelle base elle est réalisée. La nomination du général Traoré laisse plutôt penser que cette « refondation » n’est pas basée sur les « fondamentaux » militaires, rigueur, mérite et le bon commandement. Dans sa lettre qu’il vient d’adresser au commandement, ces fondamentaux militaires ne sont pas en première ligne. Une bonne armée, ce n’est pas celle où le soldat est copain au capitaine, mais celle où le capitaine est un modèle, dans la vie et dans sa gestion, (des hommes et des biens). La reforme de l’armée est toujours en chantier. La gestion judiciaire du dossier des mutins d’avril dernier peine à se réaliser, parce que là aussi les choses ne sont pas orthodoxes. 

 

Comme on peut le voir, sur les deux piliers de la gestion de la crise de 2011, on ne sait toujours pas exactement sur quel pied danser. A défaut, on élude et on continue. La bonne étoile ne prémunie pas indéfiniment …


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