Samandéni : Le pari gagné du « Cadre »

Publié le samedi 25 avril 2015

Combien étaient-elles le lundi 24 mars à Diofoloma à l’appel des responsables du Cadre de concertation ? 5000, 10 000, 15 000 ? Difficile de risquer un chiffre. Une seule certitude cependant, la mobilisation des populations était grande. Pari gagné pour le « Cadre » dont la légitimité était remise en cause par la coordination du PDIS. En effet, l’irruption de cette jeune structure qui, d’entrée de jeu annonçait les couleurs de la lutte, avait de quoi inquiéter une administration du PDIS plus soucieuse de « l’ordre » que du bien-être des populations délocalisées.Par l’exceptionnelle mobilisation des populations, le Cadre s’est désormais imposé comme un acteur incontournable.

En quittant la ville de Bobo pour le chantier du barrage de Samandéni, le groupe des journalistesa dû contourner la voie officielle menant au barrage. Motif, une embuscade aurait dit-on été tendue par la gendarmerie en vue d’arraisonner Abdouramane Ouattara, président du cadre de concertation des populations affectées par le barrage de Samandéni. Ce dernier effectuait le déplacement avec les journalistes. Pour un trajet qui en principe devrait se faire en une heure, cela a pris pas moins de2 heures pour gagner Diofoloma, site sur lequel s’est tenue l’assemblée générale. Sur place, les populations des villages affectés attendaient avec impatience l’arrivée de l’hôte du jour, Abdouramane Ouattara. Elles entendaient saluer son engagement à leurs côtés pour obtenir une meilleure indemnisation. L’occasion était belle pourexposer aux journalistes qui ont fait le déplacement, les difficultés des populations riveraines dans le processus de leur relocalisation.

Une population meurtrie et marginalisée

Au total, douze (12) villages sont concernés par le projet du barrage. Huit (8) villages sont directement pris soit par la cuvette du barrage soit par l’aménagement hydroagricole. Les 4 autres seront traversés par les eaux du barrage. Certains autres villages sont concernés par les aménagementsdu pôle de croissance agricole. Dans une brève introduction, Abdouramane Ouattara a témoigné de la marginalisation des populations concernées ainsi que des promesses non tenues : «  des promesses ont été faites de construire des écoles, des églises, des mosquées et même des terrains de football  ». Par la suite, les auteurs des promesses ont dit qu’ils n’avaient pas les moyens. Mais qui donc leur a fait ces multiples promesses ? Différents intervenants ont pointé le Programme de Développement intégré de la vallée de Samandéni (PDIS).

Les conditions de délocalisation

«  Sur les sites d’accueil, nous n’avons pas de terrain pour faire nos champs. Il y a des gens qui ont fui le village que nous occupons actuellement parce que les conditions de vie y sont précaires. Nous aussi nous allons fuir si une solution n’est pas trouvée  ». C’est en ces termes que Moumouni Ouédraogo, représentant des Mossis dans la zone s’est offusqué, tout en se demandant si ce n’est pas une manière de les chasser. A l’instar de Moumouni Ouédraogo, ils sont nombreux ceux qui ont bravé le soleil accablant pour se faire entendre.Selon certains,le PDIS avait au départ promis de construire les habitations pour les populations affectées. A l’issue de cette construction, une opération de remise officielle de clés aux locataires allait être organisée. Mais hélas, cela n’a pas été le cas. Si les populations riveraines s’insurgent aujourd’hui, c’est parce qu’elles s’estiment lésées par le PDIS. Pour la plupart des intervenants à l’assemblée générale, les dédommagements qu’ils ont reçus du PDIS ne sont pas à la hauteur de leurs investissements sur le terrain.C’est le cas de Lacina Traoré, qui s’est vu prendre son verger contre la somme de 15 000fcfa. Et un autres d’ajouter que son verger d’une cinquantaine de manguiers a été dédommagé à hauteur de 250 000fcfa. Soit 5 000fcfa par manguier. Si certaines personnes soulignent l’insuffisance de la manne financière, d’autres, des villages entiers n’ont même pas encore perçu le moindre kopekc’est le cas des villages de Sikôrôla, Kôkôrô, Karangasso Sambla et Samborogouan. Un autre intervenant, Sibiri Sanou affirme avoir perduson terrain d’une superficie de 20 ha sans aucune indemnisation. Seule sa coura été dédommagée à hauteur de 100 000fcfa. Des difficultés à n’en pas finir.

Une crise de confiance entre le PDIS et la population

Les éleveurs qui ont été déguerpis sans dédommagement ont pour certains pris la direction des pays voisins pour y continuer leurs activités selon Siaka Diallo, représentant des éleveurs dans la zone et lui aussi n’exclut pas d’emboîter leurs pas si les choses ne changent pas. Une crise de confiance s’est donc installée entre les populations affectées par le barrage de Samandéni et les autorités locales et plus particulièrement le Programme de Développement intégré de la vallée de Samandéni (PDIS). Yacouba Bamba, conseiller villageois de développement (CVD) de Kôkôrô exprime son ras le bol : «  Kôkôrô n’a besoin ni de PDIS ni de barrage parce qu’ils(les habitants du village ndlr) ont réussi, grâce à la culture du coton, à construire une école de 6 classes ». Lespopulations auraient tentéde soumettreleur plateforme revendicative au Président Michel Kafando lors de son passage à Samandéni mais elles en ont été empêchées. Pour se faire entendre, le cadre de concertation avait un moment pensé à un sit-in sur le chantier du barrage avant de renoncer pour éviter tout débordement. Elles ont finalement opté pour une assemblée généraleau cours de laquellele Président du Faso et son gouvernement ont été priés deprendre leurs responsabilités afin que la délocalisation ne soit pas la négation de leurs droits. Leur souhait est que Michel Kafando vienne à Samandéni pour y discuter avec elles n

Par Wend-tin Basile SAM


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