Prise en charge des blessés de l’insurrection : L’aspect social pose problème

Publié le samedi 25 avril 2015

Ils ont été blessés au cours de l’insurrection d’octobre dernier. Les blessés graves sont ceux qui ont reçu des balles de kalachnikov. D’autres se sont blessés en voulant éviter la charge des soldats. Très vite les formations sanitaires ont mis en place une chaîne de secours pour assister ces blessés. Cinq mois après, le constat fait ressortir une meilleure prise en charge médicale mais aussi des conditions sociales difficiles pour les blessés et leurs familles.

Il faut tout de suite signaler que le jeune de 14 ans nommé Abass, admis au Centre Hospitalier Universitaire Pédiatrique Charles de Gaulle devrait être évacué au Maroc pour recevoir des soins plus appropriés. C’est l’information que nous avons reçu de plusieurs sources dignes de foi. Il faut souligner que la majorité des blessés de l’insurrection ont pu recouvrer la santé.
L’Hôpital National Blaise Compaoré (HNBC) avait reçu 30 blessés. Dans les premiers moments, le Directeur Général (DG) a ordonné une prise en charge gratuite des manifestants blessés. Mais la suite sera faite par les dons des généreux donateurs. A ce jour, tous les patients ont été libérés. Cependant cela n’a pas été sans difficultés. La principale difficulté qu’à connu cette formation sanitaire, c’est le remboursement des dépenses effectuées hors de l’hôpital. En effet, plusieurs justificatifs de paiement ont été refusés car ne correspondaient pas aux dates ou aux contenus des prescriptions médicales des médecins. Cela a été mal perçu par certains patients. Notons que les dons reçus par HNBC s’élevaient à 23 037 175F CFA. 9 481 087 ont été effectivement dépensés dans la prise en charge des blessés et 13 556 088 sont restés et devront servir à alimenter la caisse de l’action sociale de l’hôpital pour prendre en charge d’autres malades indigents.
Le Centre Hospitalier Universitaire Pédiatrique Charles de Gaulle (CHUP-CDG) avait accueilli 16 blessés. Il ne reste qu’un seul patient dont le cas a défrayé la chronique ces derniers temps. Il s’agit du jeune Abass. Des voix se sont élevées pour dire que l’adolescent risquait de perdre sa jambe si rien n’était fait. De fait l’enfant était suivi par un médecin spécialiste. Dans un récent rapport médical datant du 5 avril 2015 produit par ce dernier concernant l’état du patient, il est écrit que « l’évolution est bonne, mais le traitement n’est pas achevé ». A la lecture de ce rapport, l’enfant pouvait être soigné convenablement dans notre pays sauf que le centre de santé ne dispose pas de certains instruments nécessaires pour un meilleur suivi du patient. Ces instruments devaient être commandés à l’extérieur du pays. Mais au niveau du Ministère de la Santé, la Secrétaire générale nous a informé que sa structure préfèrait évacuer le patient dans un hôpital mieux équipé. On peut aussi dire que le ministère est allé dans le sens du souhait du médecin. Ce dernier écrit dans son rapport : « Ne disposant ni d’implants ni d’ancillaire pour une telle intervention, un transfert du patient vers un service mieux équipé est souhaitable ».
Le CHUP-CDG a réçu comme don la somme de 1 842 000F CFA. Selon le Directeur Général M. Malick Djébré, CHUP-CDP a préféré s’occuper des blessés sur les propres fonds du centre, ce qui veut dire que l’argent donné n’a pas été dépensé.
Le Centre Hospitalier universitaire Yalgado Ouedraogo CHU-YO a reçu 189 Blessés. Au jour d’aujourd’hui, il ne reste que 12 patients qui sont en ambulatoire et qui continuent de bénéficier de l’attention des médecins. Le Directeur Général, Robert Sangaré qui a bien voulu nous recevoir avec son chargé de communication ne s’est pas fait prier pour nous exposer le système de prise en charge qu’il a, avec son personnel mis en place pour assister les blessés. Selon lui, ils ont anticipé en s’organisant car le débordement était prévisible. Il s’est même risqué à aller directement interpeller les forces de l’ordre qui jetaient des bombes lacrymogènes dans l’enceinte et aux alentours de l’hôpital.
Ce qui mettait fortement en danger des femmes et leurs nouveaux nés au service de la maternité. Rappelons au passage que lorsque les blessés affluaient à CHU-YO, l’Union Générale des Etudiants Burkinabè (UGEB) avait aussi invité ses militants et tous ceux qui avaient des compétences en matière médicale via des sms à se rendre à l’hôpital pour secourir les blessés. Au titre des dons le CHU-YO a reçu 74 515 780 Fcfa. Cette somme a servi à la prise en charge de tous les blessés que CHU-YO a enregistrés chez lui. Les blessés qui aux premiers moments ont payé de leur poche leur ordonnance ont été remboursés.
Tout ce qui entre dans la prise en charge médicale est entièrement assuré par CHU-YO. Lorsque CHU-YO n’avait pas l’équipement nécessaire pour mieux s’occuper d’un cas, il le référait à un autre centre mieux équipé comme HNBC, la clinique Chifra ou au Centre médical de rééducation fonctionnelle Paul VI antenne Cathédrale. A charge pour lui de payer la facture. Ainsi, selon Robert Sangaré, CHU-YO versera la somme de 2 650 000 FCFA à la clinique Chifra pour avoir traité des blessés qu’il lui a référé. CHU-YO continue de verser les frais d’hospitalisation d’un blessé au Centre de Rééducation fonctionnelle Paul VI. Ce blessé y est admis depuis le 12 novembre 2014. Ce patient âgé de 26 ans traine toujours une balle au niveau de sa colonne vertébrale. Il est menacé par une paralysie des deux membres inférieurs. Madame Dambré qui s’occupe du blessé a accepté nous parler de l’état de ce patient. Elle indique qu’il faut au maximum deux ans pour un traitement complet. Le patient nous affirme qu’il est bien traité par le personnel soignant. Il a trois séances de rééducation chaque semaine. Lundi, mercredi et vendredi. Chaque séance s’élève à 5000 FCFA soit 15 000F par semaine. Le jeune homme nous confie qu’il ne paie rien pour ses soins médicaux. « C’est le comptable de CHU-YO qui vient verser les frais médicaux du patient », précise madame Dambré. Elle nous informe que CHU-YO a offert un déambulateur au patient. Mais c’est le patient qui se débrouille pour payer son taxi avec son accompagnant pour répondre au triple rendez-vous des semaines. Mme Dambré affiche un certain optimisme quant à la guérison du jeune homme. La soignante affirme que l’état du patient s’améliore. Le patient est aussi suivi par un médecin spécialiste de Yalgado. Mme Dambré indique que le personnel soignant attend que l’état du patient s’améliore de façon significative avant de procéder à l’extraction de la balle. Cependant, les responsables de CHU-YO avaient des soucis avec un autre blessé qui après avoir été admis dans ledit centre, avait opté pour se faire soigner à l’indigénat au village. Son état s’est dégradée et il est revenu à CHU-YO. Il est à nouveau admis et est actuellement suivi par un médecin. Nous avons choisi de taire l’identité des médecins et spécialistes s’occupant des blessés. La direction de CHU-YO s’est attelé à établir les certificats de décès des morts qu’elle a enregistré à la morgue. Le mardi 7 avril une équipe du ministère de la santé a fait le tour des hôpitaux pour s’enquérir de l’état des blessés. Une autre situation à laquelle le Directeur de Yalgado est confronté, c’est l’insistance de certains blessés qui veulent que le reliquat de l’argent soit partagé. Le reste d’argent avoisine la moitié de la somme globale des dons. Le directeur fait une mise au point sur la question. Le DG explique que CHU-YO a l’obligation de gérer les dons et legs qu’il reçoit, conformément aux règles publiques de gestion. En d’autres termes, l’argent doit rester dans les caisses de CHU-YO pour non seulement continuer à être utilisé pour prendre en charge les blessés qui ne seraient pas totalement guéris mais aussi permettre de soigner d’autres patients nécessiteux. Mieux, il souligne que même à supposer que la somme soit partagée entre toutes les victimes de l’insurrection, chacune recevrait une somme dérisoire. Le DG conseille plutôt à ceux qui parlent de partage de soutenir l’action judiciaire du Mouvement Burkinabè des Droits de l’Homme et des Peuples (MBDHP) qui si elle aboutit ouvrira la voie à une indemnisation.
Nombre de blessés rétablis que nous avons rencontré saluent les efforts du personnel de la santé qui se sont entièrement investis pour se mettre à leur service.
Contrairement au volet médical, bien d’autres questions sociales n’ont pas été prises en compte pour soulager les blessés. La plupart des blessés n’étaient pas des personnes aisées. La majorité se débrouillait dans l’informel. A cause des blessures, beaucoup ont perdu leur emploi. Ils n’arrivent pas à payer leur loyer. C’est la même difficulté qu’ils rencontrent pour nourrir leurs familles respectives. Nous avons rencontré M. Ouedraogo Dramane. Il est président d’une association de blessés de l’insurrection. Il est très remonté à propos de leur situation. Selon lui, les blessés ne bénéficient d’aucune aide sociale de la part de l’Etat. Le président explique que le ministère de l’Action sociale informait à grand renfort publicitaire avoir fait des dons de 38 millions aux blessés. Alors que c’est 58 personnes qui ont reçu juste 50 kg de maïs, 30 kg de riz et 5 litres d’huiles. Il fait un calcul rapide et trouve un hiatus entre 38 millions et la quantité de vivres reçus par les 58 personnes. M. Ouédraogo a tenu remercier le général Diendéré pour son soutien à son égard.
Notons que dans l’optique de parer à diverses difficultés que les blessés étaient susceptibles de connaître, une coordination d’organisations de la société civile que sont des syndicats et autres structures s’est mis en place pour s’occuper des blessés. Il s’agit du SYNSHA, du MBDHP, de l’ODJ (Organisation démocratique de la jeunesse), Social Alert. Le professeur Séni Kouanda, professeur en santé publique au CNRST préside la coordination appelée Abassep (Association des blessés de l’insurrection populaire). La coordination a dans un premier temps procédé au recensement de tous les blessés. Ensuite, elle leur rend visite et fait le point de leurs besoins. Dans les limites de ses moyens, la coordination vient en aide à ces blessés. Elle tente de combler l’assistance psychologique que l’Etat n’assure pas. Elle contacte des autorités et attire leur attention sur des cas imposant une attention particulière. C’est elle qui a lancé le cas d’Abass, ce qui a poussé le ministère de la santé à évacuer l’adolescent hors du pays pour des soins adéquats.

Hamidou TRAORE


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