La nouvelle donne politique au Faso

Publié le samedi 25 avril 2015

Incontestablement l’onde de choc des événements survenus en ce début de mois d’avril sont en passe de créer une nouvelle donne politique au Faso. Sans doute assisterions-nous à quelques remous venant de certains milieux visés par les récentes arrestations ou de ceux qui tombent sous le coup de la nouvelle loi électorale mais paradoxalement ces mesures pourraient aussi produire des conséquences imprévues !

Les premières réactions de Djibrill Bassolet donnent déjà une idée de son état d’esprit offensif et de ce qui pourrait être son plan de riposte. Il faut être sûr que le tout nouveau général de gendarmerie ne se laissera pas faire et pourrait en effet le montrer les prochains jours. On l’a vu à travers le début de mobilisation de ses troupes à Ouaga, à Ouahigouya mais aussi dans sa ville natale de Nouna. Certes, l’arrestation du premier responsable de la NAFA, la formation créée pour porter sa candidature a quelque peu semé un vent de panique parmi ses partisans, mais il est sans doute illusoire de croire que cela suffira à les démobiliser définitivement. D’autant qu’ils ne sont pas les seuls mécontents de la nouvelle dynamique politique créée depuis l’adoption de la loi électorale. On pourrait dans les jours à venir assister à la naissance d’une coalition de mécontents englobant les hommes du colonel Yac mais aussi et surtout les frustrés du CDP littéralement sonnés par le coup de massue du CNT. Il n’est pas exclu que ce regroupement puisse entrainer des mouvements sociaux d’une certaine ampleur. D’autant qu’il sera difficile à long terme de jouer sur les mesures répressives de police pour les endiguer. La toute récente sortie de l’UPC renseigne sur l’ambiance cacophonique qui s’annonce. On peut être sûr que le parti de Zéphirin n’a pas pris le temps de se concerter avec ses alliés d’hier avant sa sortie médiatique. Au lendemain des retrouvailles des signataires de la charte de la Transition, on aurait pensé qu’ils avaient retrouvé les vertus de la concertation en vue de sauver un processus qui manquait singulièrement de vision. Mais force est de constater que ce n’était qu’un feu de paille, la stratégie solitaire ayant repris le dessus. Il y a une autre corde sur laquelle Djibrill Basolet pourrait bien jouer c’est celle de la communauté internationale. On le sait extrêmement populaire au sein de ladite communauté et surtout au sein du monde arabe. Réussira-t-il à ameuter les partenaires financiers du Burkina dont on connaît le poids de l’engagement dans le processus électoral actuel. On ne devrait pas tarder à le savoir, d’autant que Djibrill Bassolet est actuellement à l’étranger.

Les conséquences de la nouvelle loi électorale

L’opinion publique semble plutôt polarisée sur la probable mise hors jeu des caciques du CDP, une disqualification qui pourrait entamer la générosité des financiers du parti. Tant que les caciques sont directement intéressés, ils pouvaient ne pas hésiter à casquer. Mais le jeu politique est devenu un théâtre d’ombres où l’on donne d’une main et l’on reprend de l’autre. L’enjeu ici c’est le contrôle de l’appareil d’Etat d’où viendrait la redistribution. Et c’est la perspective de ce contrôle qui est aujourd’hui assombrie par ce qui pourrait être les conséquences du nouveau code. Mais paradoxalement, celles-ci pourraient aussi induire une dynamique nouvelle en particulier au sein du CDP. Alors que les anciens barons du parti rêvaient d’une reconquête de leur pouvoir perdu et n’envisageaient nullement l’avenir politique du Burkina sans eux, cette stratégie aurait pu les conduire droit au mur à l’instar de leur entêtement à vouloir modifier l’article 37. Aujourd’hui encore, ils ne semblent pas réaliser l’étendue du fossé qui les sépare du peuple, lequel a rendu possible la réussite de l’insurrection populaire. Mais une analyse lucide et sereine de la situation pourrait permettre au CDP de recomposer ses cartes et de faire bonne figure dans le paysage politique. L’occasion est en effet propice pour bâtir enfin une stratégie axée sur la promotion des jeunes.
Jusque-là seul le slogan avait fonctionné. Aujourd’hui, le CDP pourrait faire le saut avec plus d’aisance que les autres partis. En face, que ce soit au niveau du MPP, de l’UPC et même de l’Unir/PS, il est difficile de faire table rase de l’histoire des hommes, alors que le militantisme est rarement le ressort de l’engagement. Pendant longtemps, la politique continuera à être une opportunité de promotion sociale personnelle. Les idéaux sont surtout bons pour la façade. L’avenir appartient aux partis qui auront compris qu’il est temps de placer de jeunes militants au cœur de la vie politique et sociale. Sont-ils combien à le comprendre et à pouvoir le faire ? Ces jeunes qui sont sortis les 30 et 31 octobre ont besoin d’encadrement ; ils ont besoin qu’on les mette en confiance pour réaliser des merveilles pour le pays. Il est paradoxal de continuer à les considérer comme des mineurs alors même qu’on sollicite leur suffrage.

L’armée est-elle en train de changer de mentalité ?

Le vote de la loi électorale a été l’occasion de constater la solidarité et l’identité de vue entre militaires et civils sur la responsabilité historique du pouvoir de la Transition issu de l’insurrection populaire et sur les principes qui doivent orienter la vie politique nationale. Les réticences qui avaient été exprimées sur la présence des militaires dans les organes de la Transition tenaient au fait que ces derniers ne pouvaient être que des sous-marins de l’ancien système. Or voilà que les représentants mandatés par les forces armées montrent clairement leur aversion pour le militaire en politique. Sans doute parce qu’ils ont conscience que la présence des militaires dans le champ politique a plus contribué à les diviser eux-mêmes mais aussi à creuser le fossé entre eux et les civils. Ils auraient fortement soutenu le durcissement des conditions de participation du militaire à la vie politique. On a aussi vu que pour peu qu’on leur permette de s’exprimer dans des conditions de liberté, ils sont capables de montrer leur totale aversion pour l’impunité des crimes politiques. C’est le sens qu’ils ont voulu donner à leur adhésion à la nouvelle loi électorale qui sanctionne désormais par l’inéligibilité temporaire toute fraude à la constitution destinée à empêcher l’alternance.
Au-delà des protestations que suscitent cette loi, particulièrement de la part de ceux qui étaient en train d’organiser des fêtes pour célébrer l’adoption de la révision de l’article 37, la question est de savoir s’il est véritablement décent d’accorder une prime à l’impunité en passant par pertes et profits l’aventure révisonniste du CDP et de ses affidés. Du côté de l’Union africaine la réponse est non. Avec ses pairs, Blaise Compaoré avait adopté la charte de la démocratie et de la bonne gouvernance qui a inspiré la présente loi électorale. Par sa dénonciation de la loi, le CDP qui a jusque-là soutenu son mentor, marque pour la première fois sa différence. On ne peut pas dire que c’est trop tôt !


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