CNT : Après l’insurrection populaire, voici l’insurrection parlementaire

Publié le samedi 25 avril 2015

Le 7 avril 1994 est l’anniversaire du déclenchement du génocide rwandais. Pour les Burkinabé le 7 avril 2015 est une autre date. Celle de l’adoption du code électoral. Le code électoral comme toute loi est dans le meilleur des cas, l’expression d’un consensus national. Mais c’est avant tout l’expression d’un rapport de force. L’expression parait cynique, Mais elle ne traduit pas moins la situation du moment dans la lutte politique qui se mène chez nous. L’ancien code électoral, à l’instar de la Constitution elle-même, étaient taillés aux dimensions d’un homme : Blaise Compaoré. Il n’empêche que l’ensemble du peuple se réfère à cet ordre juridique parce qu’il s’agit d’un consensus minimal qui rend possible la vie en commun. Mais tout ordre est instable, parce qu’il a vocation à être remis en cause. Les hommes ont une tendance naturelle qui les amène constamment à rechercher le meilleur. Mais le meilleur quel qu’il soit ne fait pas que des heureux. Le code électoral qui vient d’être adopté le mardi 7 avril, au lendemain de Pâques, est comme on le sait adoubé par de nombreux burkinabé. Ceux qui ont fait l’insurrection l’ont souhaité depuis l’aube de leur mouvement. Et comme ça tardait à venir, certains commençaient à désespérer. Le mardi 7 avril dernier est donc pour eux un jour de soulagement.
Ce n’est malheureusement pas le cas pour d’autres burkinabé, en particulier ceux qui voient leurs droits électoraux menacés de restriction par le nouveau texte. Les hauts responsables du CDP ainsi que ceux des structures mouvancières sont aujourd’hui dans un deuil cuisant. Ils n’avaient pas prévu ce scénario couperet qui les mettrait hors du jeu politique pour au moins cinq ans. D’autant que la charte de la Transition a fait de la réconciliation et de l’inclusion, des valeurs cardinales du processus politique. L’on interprètera à qui mieux mieux ces notions, en particulier sur la bonne compréhension qu’il faut en avoir. Mais nul ne peut nier la nécessité de mettre fin aux dérives antidémocratiques qui mettent durement à mal la paix et la cohésion nationales. Blaise Compaoré et son régime ont décidé en toute conscience de violer les règles de la démocratie et de la bonne gouvernance auxquelles ils avaient souscrit au nom de notre pays à l’échelle de l’Union africaine. Il se trouve que cette violation n’a pas été sans conséquence. Des vies humaines ont été fauchées, d’importants biens matériels ont été détruits entravant l’essor économique du pays et jetant de nombreux burkinabé dans la paupérisation. D’autres ont peut-être perdu à jamais leurs repères sociaux et politiques. Tout ça est un énorme gâchis. Le CNT a décidé de marquer un coup d’arrêt à ces mauvaises pratiques en injectant dans notre arsenal juridique de nouvelles dispositions à valeur aussi dissuasive que pédagogique. Désormais, toute personne ayant soutenu un changement anticonstitutionnel qui porte atteinte au principe de l’alternance démocratique, notamment au principe de la limitation du nombre de mandats présidentiels ayant conduit à l’insurrection ou toute autre forme de soulèvement sera frappée d’inéligibilité. Ainsi dispose l’article 135 du nouveau code électoral.
A la faute politique, la sanction politique. D’aucuns diront que la meilleure sanction politique c’est celle qui sort des urnes. Soit ! Mais seuls ceux qui acceptent et respectent les règles du jeu peuvent avoir le privilège de se présenter devant le peuple. La république a prévu que les écuries soient nettoyées à travers des procédés administratifs et judiciaires. Aucun de ces leviers ne doit plus jamais être négligé. L’arsenal juridique a donc été renforcé par le CNT. Reste à voir comment vont fonctionner les organes de mise en œuvre.

Par Germain B. Nama


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