Les islamistes se signalent comme prévu

Publié le samedi 25 avril 2015

Les difficultés de la transition devaient incontestablement signer l’entrée en jeu des réseaux dormants islamistes. Des années durant, Blaise a entretenu des rapports incestueux avec les groupes islamistes qui ont écumé et déstabilisé le Mali. Tous, y compris ceux que la communauté internationale avait décrété « non fréquentables », trouvaient d’une façon ou d’une autre, le gîte et le couvert au Burkina. Pour Blaise ces fous de Dieu étaient aussi en quelque sorte, une assurance vie, de son régime. Il y a deux ans, le patron du Mujao, Ould Hamadah avait franchi les frontières burkinabè, après les frappes françaises de Serval, pour venir retrouver son épouse, dans un des camps à Djibo. Ould Hamadah a été depuis liquidé et cette épouse à aménager à Gorom chez des parents. Il semble que nos services l’avaient localisé, mais n’avaient pas pu lui mettre la main dessus. C’est dire comment depuis, notre territoire est en réalité le réceptacle de tous ces djihadistes.
Il y a trois groupes qui sont dangereux. Il s’agit du MUJAO (les dissidents mauritaniens de AQMI à qui se sont joints des djihadistes nigériens et des éléments de Boko Haram), de Ançar Dine de Ag Aghali, la branche originelle, celle qui a refusé de rejoindre la tendance du prince Alghabass AG Intallah, celui qui a hérité du patriarche Intallah Ag de la tribu des Ifoghas de Kidal et qui conduit depuis les négociations avec Bamako. Enfin, il y a les Mourabitounes «  les signataires par le sang  » du terrible Belmotckar, dont les hauts faits sont terrifiants d’horreur.
Ces trois groupes ont des réseaux dormants dans cette partie du Burkina et dans les différents camps occupés par les réfugiés touaregs. D’ailleurs, les plus informés savent que les camps sont sous le contrôle, avec des chefs de site qui sont forcément choisis par les groupes ou les katiba. Le régime de Blaise connaissait ces chefs et entretenait avec eux des relations de mutuelles protections : «  un territoire de repli et de contrebande contre un engagement de non agression contre le Burkina ». Cette contrebande profitait bien entendu aux deux parties.
Depuis le début de la crise du Nord Mali, les éléments du RSP ont particulièrement rayonné dans la zone. Les gradés du régiment ont lié de bonnes relations avec les chefs des réseaux à qui ils rendent des visites fréquentes. Les gradés du RSP ont même parfois facilité l’installation de certains groupes djihadistes dans la région. Il s’ensuit que le rapt du Roumain, de nationalité française, perpétré ce jour 4 avril 2015, marque une nouvelle étape significative dans le modus vivendi qui avait été instauré dans la zone.
Cela veut dire primo, que Zida est en situation de défiance avec certains des groupes. On ne peut pas imaginer que cette prise d’otage ne soit pas un message en direction de Zida.
Secundo, le rapport avec les éléments du RSP, qui sont toujours présents sur les lieux est-il rompu ? C’est peu probable. Mais on le saura dans les jours à venir, car les ravisseurs ne peuvent pas aller très loin, si le dispositif qui a été installé au temps de Blaise, avec les responsables des réseaux et les chefs de camps est toujours en place.
Tertio, Blaise a-t-il décidé depuis Abidjan de donner un coup de Semonce aux responsables de la transition ? Une façon d’indiquer que les éléments à lui peuvent déstabiliser le pays à tout moment. Ces réseaux dormants existent sur toute l’étendue du territoire. Il ne faut pas beaucoup pour déstabiliser la transition. Depuis Ouagadougou, on pourra assister à des manifestations monstres, comme c’était le cas au Mali avec les Mariko et compagnie. Mais une situation sécuritaire trouble perturbe tout, y compris l’agenda des élections.
Depuis, les pays voisins et le Burkina ont massé des troupes autour de cette partie où l’enlèvement a eu lieu. Des accrochages ont même eu lieu, entre des éléments du Mujao et ceux de la milice pro Bamako, les GATIA, aux environs du village de Boulaa, non loin du forage Christine. Mais l’otage n’a pas été encore libéré. Certains spécialistes pensent que cette réaction des Etats qui consiste à envoyer les troupes au front de cette façon, ignore la réalité de ce danger qui relèverait plus de « l’antiterrorisme que du contre terrorisme pour lequel les unités ne sont ni formées ni équipées »

Par Newton Ahmed Barry


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