Pr Jean Pierre Guingané, l’homme de « l’immortalité »

Publié le samedi 3 mars 2012

«  La mort supprime l’individu
mais pas son oeuvre
 », dit le Pr
Mahamadi Savadogo. C’est le
cas du Pr Jean Pierre Guingané
« qui a eu une vie palpitante,
dense, sensée ». Ce « baobab
merveilleux » a connu le sort
implacable du destin (la mort) le 23
janvier 2011 laissant tout le monde
dans le désarroi total. Pour lui rendre
hommage pour le 1er anniversaire de sa
disparition, universitaires et artistes ont
tenu une conférence-débat le 23 janvier
2012 à l’Université de Ouagadougou
sous le thème : « l’homme et son
oeuvre ».
Professeur à l’Université de
Ouagadougou, Jean Pierre Guingané
donne du fil à retorde à qui veut le
définir tant il a plusieurs casquettes.
Mais, pour qui veut le simplifier, il est
avant tout un homme de théâtre. Un
homme d’orchestre, selon le Pr Mandé
qui a fait un exposé sur sa biographie,
Jean Pierre Guingané a fait du théâtre
« un moteur de développement social,
du bien-être social ». Il est de ce fait le
précurseur du théâtre-débat ou de
sensibilisation ou encore de
développement au Burkina Faso,
illustrant à plus d’un titre, son embarras
à donner son vrai sens à la notion de la
Culture au service du développement
en Afrique. Un homme enraciné dans
sa culture et ouvert au monde extérieur,
l’enfant du Boulgou ne se lassait pas de
retourner à ses sources pour cultiver
des substances essentielles pour poser
« la source des obstacles au
développement ». Il va alors s’inspirer
du conte qui est un art communautaire
de dialogue et de solution. C’est en cela
que le Pr Bissiri a exposé sur
« l’ancrage culturel de la dramatologie
du conte » dans son oeuvre. On retient
alors de cet exposé que Jean Pierre
Guingané, à travers le paradigme du
conte, interpellait, appelait à une prise
de conscience des populations : la
satire au bout du compte l’éducation.
Le défunt Guingané avait une vie
double : enseignant-chercheur et
artiste. Un état de fait qui justifie
l’intervention du Pr Mahamadi
Savadogo sur : « l’intellectuel et le
créateur ; l’universitaire et l’artiste ».
Le Pr Guingané a vécu les « termes
d’un dilemme », à savoir la passion (le
théâtre qu’il débute en 1962 alors qu’il
était en classe de 6e) et la profession
(l’enseignement). Mais comment a-t-il
pu concilier les deux dans la mesure où
certains pensent que cela n’est pas
possible ? A cette question, le Pr
Savadogo confie que c’est parce qu’il
était « enseignant-chercheur en études
théâtrales ». Il a donc été à la fois un
théoricien et un praticien. Son
engagement au plan international n’a
pas été occulté. A ce niveau, il ressort
qu’il s’agissait d’un homme qui
défendait le théâtre africain
francophone sous le prisme du
développement social au sein de
l’Institution internationale du théâtre
de l’UNESCO.
Il est noté que le socle de ce
dévouement est Yolande Yaro, épouse
Guingané. Raison pour laquelle la
conférence a été une tribune pour lui
rendre un vibrant hommage. Elle qui
n’a pas hésité à soutenir son mari dans
sa ‘’délinquence’’ (on disait de celui
qui fait le théâtre qu’il ‘’fait le
voyou’’). « Ton mari là même est
qui ? », lui demandaient certaines
langues. Lorsqu’elle répond : « c’est un
enseignant d’université », ces langues
répliquent : « et tu le laisse faire le
voyou ? » Elle était certainement
convaincue que son mari représentait
par le théâtre la conscience collective
de son peuple. Aujourd’hui qu’il n’est
plus du monde des vivants, il vit à
travers son oeuvre. Comme quoi, « les
morts ne sont pas morts s’ils ont mené
une vie sensée », dit le modérateur
Privat Tapsoba.

Basidou KINDA (stagiaire)


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