Ordre des Architectes du Burkina : Guerre de fauteuil, conflit de génération !

Publié le jeudi 26 mars 2015

L’ordre des architectes est malade, probablement aussi de la Compaorose. Un clan d’anciens ne veut pas qu’on lui enlève la main de la soupe. Il ne sait pas non plus faire de la place aux jeunes, plus ambitieux, parfois plus talentueux et encore moralement non « atteints ».

La crise couve depuis longtemps à l’Ordre des Architectes du Burkina Faso (OAB). Elle dépasse le cadre des discordes autour des candidatures. La fracture est profonde à cause de l’incurie de certains de ses membres. C’est un secret de polichinelle. La confrérie des architectes burkinabè est minée par une mauvaise gestion qui dure et qui ne profite qu’aux mêmes. Une horde d’anciens ont ainsi crée une rente viagère qu’ils ne veulent absolument pas perdre. Pour se faire, ils sont comme les Compaoré prêts à tout, y compris le refus de faire évoluer les textes, les intimidations, la corruption et les procès. Actuellement, devant le Tribunal de Grande Instance (TGI) de Ouagadougou, la probable future présidente de l’Ordre, Valérie Fabienne Sanou, a intenté un procès contre un de ses jeunes confrères qui a osé la critiquer. Elle l’accuse de «  dénonciations calomnieuse et de diffamation  » à son encontre. Le jugement qui devait passer le 23 mars a été renvoyé à une autre séance. On attend donc, une jurisprudence en matière de diffamation qui était jusque-là très bien définie par le code de l’information.

Le règne de la corruption !

La vie de l’ordre ce sont les concours architecturaux très souvent contestés. «  Quand j’étais dans un cabinet sous les ordres d’un aîné, ce sont mes propositions qui remportaient régulièrement, les concours architecturaux. Depuis que je me suis installé à mon propre compte, je suis abonné à la deuxième place. Mes propositions sont toujours classées deuxièmes  », raconte amère, un membre du groupe «  des architectes engagés pour un changement véritable à l’OAB  ». Ainsi donc, pour gagner les concours d’architecture, la technique seule ne suffit pas. Il faut être dans «  le bon groupe  », ceux qui, à tour de rôle, se passent les marchés juteux. La corruption est donc le maître mot engendrant des relations tendues entre les exclus, toujours les mêmes, et les profiteurs, toujours les mêmes aussi. Ce sont entre autres les maux de l’OAB. Certains architectes voyaient dans le renouvellement du Conseil de l’Ordre l’occasion de donner un coup de balai dans la maison. Pour y arriver, ils ont estimé que tout doit se jouer à la tête : éviter qu’un membre du système jugé mauvais ne succède à l’actuel président, Sibiri Simon Kafando, lui-même décrié. La publication, le 12 décembre 2014, de la liste des candidats au poste de président a brisé leur rêve. Valérie Fabienne Sanou est seule en lice après le retrait «  pour des raisons personnelles  » de son confrère Lahousséni Tahar Ouédraogo. Elle sert depuis 12 ans dans l’administration publique. Elle est actuellement Directrice de la promotion du logement et de l’habitat au ministère de l’habitat et de l’urbanisme. Inscrite au Tableau de l’ordre il y a environ 11 ans, elle a été Secrétaire générale du Conseil de l’OAB pendant 4 ans (2008-2012). Ce sont deux mandats successifs.

Les mandats à problèmes

Le coup est dur pour le Groupe des Architectes engagés pour un changement véritable à l’OAB et dans la vie des Architectes du Burkina Faso. Selon des sources concordantes, le passage de Valérie Fabienne Sanou au Conseil de l’Ordre comme Secrétaire générale a été une mauvaise expérience pour plusieurs membres de la confrérie. Il ressort qu’entre 2008 et 2012, certains ont été traduits devant la Chambre disciplinaire et d’autres intimidés. Sa cote de popularité a aussi pris un coup à cause des résultats de certains concours dont la crédibilité reste douteuse. Un des leaders du groupe des architectes engagés confie : « Il y a eu plusieurs concours d’architecture où elle a siégé comme membre du jury ou conseiller technique représentant le ministère. En gros, elle a souvent participé aux dépouillements. La plupart du temps, les résultats de ces concours sont décriés. Tout le monde se plaint qu’il y a de la partialité. Au vu de tout ça, même en lui accordant le bénéfice du doute, on se dit que même si elle n’a pas participé à toutes ces magouilles-là, il ressort quand même qu’on n’a pas de confiance directe en elle. Nous l’avons toujours dit et répété : nous n’avons rien contre sa personne mais juste qu’on n’a pas confiance en elle, vu qu’elle vient d’un système auquel nous n’avons pas confiance ». Le mot d’ordre est donc clair : Non à Valérie Fabienne Sanou à la tête du Conseil de l’Ordre ! Le Groupe des Architectes engagés pour un changement véritable à l’OAB et dans la vie des Architectes du Burkina Faso s’organise et multiplie les actions. Il s’attaque à la légalité de sa candidature mais la décision du Conseil de l’Ordre n’est pas en sa faveur. La candidature est validée. Le groupe revient à la charge. Cette fois-ci c’est le conflit d’intérêt qui est mis en avant : «  Il y’a un conflit d’intérêt flagrant entre le poste de président de l’Ordre devant incarner la lutte pour la défense des droits des architectes et l’occupation d’un poste de responsabilité aussi important que celui de Directrice de la Promotion de l’habitat et du logement (...). La défense de nos intérêts suppose, si cela s’avérait nécessaire, des heurts de positions de vue avec l’administration. Or dans l’administration, le respect de la hiérarchie et l’appréciation de cette dernière sont de rigueur. Il y’a donc de fortes réserves à observer sur la sincérité qu’elle mettra à défendre nos intérêts face à ses patrons  ».
Des lettres sont envoyées au ministre de l’Habitat et de l’urbanisme, René Bagoro, avec ampliation au président du Conseil de l’Ordre et à tous les membres de l’OAB. L’avis du ministre sur la question se fait toujours attendre. Du côté de la présidence du Conseil de l’ordre c’est le statu quo. Selon des sources proches du dossier, certaines personnes veulent postuler mais elles ont peur d’être indexées comme les manipulatrices du groupe des architectes engagés.
Valérie Fabienne Sanou ne se reconnaît pas dans tout ce qui lui est reproché (NDRL : elle nous a demandé de ne pas publier sa photo dans la presse). Elle dit n’avoir à cœur que les intérêts de sa confrérie. Par rapport au débat sur les résultats contestés des concours, elle confesse : « Il y a des résultats de concours qui ont été effectivement décriés par des architectes. Il y a eu des fois où j’étais dans le jury, il y a eu des fois où je n’étais pas dans le jury. Dans mon texte que j’ai envoyé pour les axes de mon mandat, j’ai parlé de l’assainissement des concours d’architecture. Ca veut dire que moi-même, il y a des choses qui se passent dans les concours d’architectures qui ne me conviennent pas forcément. S’il y a un système qui n’est pas bon, attaquons-nous au système. En aucune façon, moi seule je ne peux être ce système-là et moi seule je ne peux faire les frais de ce qu’on reproche au système. Dans ce système, il y a aussi bien l’administration que le secteur privé. (…). Quand vous dites qu’il y en a qui estiment qu’ils ne peuvent pas me faire confiance c’est leur droit. Vous ne faites pas confiance à quelqu’un, vous ne votez pas pour la personne. Vous venez à l’élection et vous votez NON ». Selon elle, il n’y a pas non plus de conflit d’intérêt parce que même étant dans l’administration elle a toujours défendu les intérêts de sa confrérie. Du reste, les textes n’interdisent pas ma candidature, déclare-t-elle.

Un traitement de choc

La situation actuelle à l’OAB est révélatrice d’un malaise profond. Ce malaise tient d’abord à ses textes fondateurs. Il y a un flou juridique dans le Zatu n°AN VIII 0031/FP/PRES du 28 mars 1991 portant Création et Réglementation de l’Ordre des Architectes du Burkina Faso et dans l’Arrêté n°93-35/TPHU/SG/OAB du 12 octobre 1993, portant Règlement Intérieur de l’Ordre des Architectes du Burkina. Nulle part, il n’est interdit à un membre de l’administration de briguer la présidence de l’Ordre comme c’est le cas chez les géomètres topographes. En 2008, une commission relecture des statuts a été créée mais jusqu’à aujourd’hui elle n’a pas encore déposé son rapport. Deux questions : pourquoi ce blocage ? A qui profite-t-il ? Ensuite, la crise résulte du flou qui entoure les résultats des concours architecturaux. Enfin, elle découle de la guerre des intérêts personnels et du manque de communication au sein de la confrérie. Les maux sont donc connus. Il ne reste qu’à trouver les remèdes et les bons.

Par Gaston SAWADOGO


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