La justice au cœur du débat citoyen

Publié le jeudi 26 mars 2015

Tout le monde a les yeux rivés sur les Etats généraux de la justice d’où l’on attend des solutions radicales aux maux qui gangrènent l’institution judiciaire. La justice c’est ce qui apporte la sécurité à la société. Ce n’est pas seulement un recours pour tout citoyen mais c’est un rempart qui empêche la société de basculer dans l’anarchie et le désordre. On le voit, l’impunité pousse nombre de burkinabé à recourir à la justice dite populaire pour ne pas parler de justice expéditive ou de justice sommaire. Quand on parle de justice, ce que nous voyons, ce sont les juges, les avocats et dans une moindre mesure les autres personnels de l’institution judiciaire que l’on appelle communément les auxiliaires de justice. Les maux de cette justice-là sont connus et ils sont importants. Ce sont la corruption sur tous les maillons de la chaîne judiciaire, c’est la lenteur dans le traitement des dossiers, c’est le difficile accès aux services judiciaires (c’est vraiment compliqué pour le burkinabé lambda de s’en sortir dans les dédales judiciaires). Et ce n’est pas tout. La bonne administration de la justice pose problème. Ce sont des problèmes matériels et financiers qui ne permettent pas d’ordonner les diligences nécessaires. Des problèmes de formation des personnels qui concourent à l’administration de la justice. Il y a une forte tendance à s’en tenir à la lettre plutôt qu’à l’esprit du droit. C’est un hiatus que la formation devra combler. Et il ne faut pas oublier l’environnement de travail et les moyens de vie. Ces problèmes influencent plus ou moins négativement l’administration de la justice.
Mais la justice pour les paysans de Bakata, de Karangasso ou de Kokologho, c’est la sécurité de vie pour les individus et les ménages dans leur environnement. Chaque burkinabé doit sentir la présence et la protection de l’Etat. Aucun individu ou groupe d’individus ne doit subir ni se sentir menacé par la justice privée. Nous n’aurons de cesse d’évoquer le cas particulier de Kokologho où des individus se sont érigés en justiciers impénitents, allant jusqu’à rendre des décisions de bannissement contre d’autres villageois aux yeux et à la barbe d’une administration publique totalement démissionnaire. L’exemple de Kokologho n’est pas unique. On peut aussi citer le cas de ces jeunes gens qui jouent les «  John Bry » en décidant de fermer des mairies ou qui dictent à l’autorité les fonctionnaires indésirables à leurs yeux qu’il faut affecter. Dans nombre de cas, l’administration a plié l’échine. Tous ces désordres ambiants dans nos villes et villages participent de la perception de la justice. Il ne suffira pas de réformer l’institution centrale pour espérer mettre fin à ce sentiment d’impunité ravageur. La question de la justice nécessite une réflexion globale sur le fonctionnement de notre société, sur l’organisation à tous les échelons de la sécurité des personnes et des biens, sur la présence sur tout le territoire national d’un Etat responsable, suffisamment puissant et efficace. Le problème ne concerne donc pas seulement la seule institution judiciaire. La société tout entière est interpellée. La justice ne peut fonctionner que dans la mesure où aux divers maillons de la société, il y a des mécanismes qui veillent au respect des normes. Si chacun vit selon sa loi, cela veut dire que la société elle-même est en déliquescence. Il y a un signe qui ne trompe pas. Le sentiment d’insécurité dû à l’impunité est tel que de nombreux burkinabé possède au moins une arme dont ils sont prêts à s’en servir en cas de besoin. La tenue des Etats généraux devra être l’occasion d’engager un débat citoyen à l’échelle nationale sur le rapport impunité-incivisme et sur le danger que le développement de ce couple infernal fait courir à la société. Le rôle de la presse et particulièrement des radios communautaires ou associatives est important dans l’animation de ce débat citoyen à l’échelle nationale et locale. A l’orée d’échéances politiques nationales et locales, la justice doit être au cœur des projets politiques de tout prétendant à la magistrature suprême. Les OSC et la presse ont un devoir d’interpellation des partis et des candidats sur cette question centrale. Le renouveau du Burkina passera d’abord par le renouveau de la justice.

Par Germain B. Nama


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