Où en est-on avec la déclaration des biens des dirigeants ?

Publié le jeudi 26 mars 2015

La transition entame son cinquième mois d’existence. Dans cinq mois ce sera la sortie de la transition. Pour l’heure et contrairement à ce que la loi a prescrit, on ne connaît pas toujours l’étendue des biens de Kafando et de Zida. Faut-il croire la rumeur qui dit qu’ils sont milliardaires ?
Kafando a été ambassadeur du Burkina, plus de deux décennies durant. Même quand il a été à la retraite, il a été maintenu à son poste. Combien gagne un ambassadeur qui a une carrière d’une quarantaine d’années pour se retrouver milliardaire ? Si c’est faux, pourquoi, comme Marius Ibriga, le président ne fait pas publier la liste de ses biens ? Si c’est vrai il devrait aussi pouvoir affronter le regard de ses compatriotes.
Zida est rentré dans l’armée dans les années 1990. Il a rejoint le RSP en 1995 avec quatre autres frères d’armes. En 2003, quand survenait la tentative déjouée de coup d’Etat attribuée au duo «  Naon-Ouali  », il était capitaine au RSP. A ce titre, il avait interdit que ses hommes lisent L’Evénement et Bendre parce que ces deux journaux «  cognaient les têtes des responsables  ». Il a gravit les échelons et il est depuis peu, Lieutenant-colonel. Zida n’a pas connu une carrière fulgurante. Certains de ses chefs lui ont mené la vie dure. Si malgré tout il a pu faire carrière jusqu’à Lieutenant-colonel, il le doit bien à son protecteur d’hier, Gilbert Diendré, devenu depuis peu son pire ennemi. En cela la fameuse théorie de Machiavel n’a pour ainsi dire jamais pris une ride : «  si tu es cause que quelqu’un devient roi, tu cours à ta perte  ». Mais ce n’est pas l’objet de la présente.
Zida est depuis officier des forces armées. Est-il possible qu’il soit milliardaire ? A supposer qu’il le soit. La loi actuelle qui prescrit la déclaration et la publication des biens au Journal Officiel, ne fait pas obligation de justifier et d’expliquer. Elle dit simplement qu’à la fin de son mandat, s’il y a accroissement des biens, il devra le justifier. Faut-il croire que le premier ministre ne veut pas être contraint à cet exercice ? En effet, déclarer et publier les biens au Journal Officiel, c’est donner le moyen aux citoyens de surveiller ses dirigeants et de les tenir aussi par la loi « sur le délit d’apparence » que le CNT vient de voter. On peut donc se poser légitimement la question de savoir, de combien le patrimoine de Kafando et de Zida a augmenté depuis décembre 2014 pour le premier et depuis fin octobre pour le second. Surtout que pendant près de deux semaines Zida était seul à bord du navire Burkinabè. Combien Blaise a-t-il laissé en partant précipitamment dans les caisses de Kosyam ? Il est vraiment navrant de constater que les premiers responsables de la transition sont si réticents à se conformer à la loi de la transparence. Si pour un exercice aussi véniel, Kafando et Zida se font tirer les oreilles, qu’en sera-t-il des questions plus complexes ?
Et puis observez le silence assourdissant d’un Loada et d’un Bagoro connus jusque-là pour être des pré-chevaliers de la bonne gouvernance et de la transparence. Pourquoi n’emboî tent-ils pas le pas à Marius Ibriga ? Est-ce pour des raisons de collégialité gouvernementale ? Ce principe peut-il aller jusqu’à la solidarité dans le viol de la loi ?
En d’autre terme tous les membres du gouvernement se sont-ils entendus pour ne pas respecter la loi ? Une sorte de viol de la loi en bande organisée. Le plus choquant dans l’affaire, c’est que le Conseil constitutionnel aurait retourné les déclarations enregistrées au premier ministère, charge apparemment à lui de faire publier dans le Journal officiel. Une telle procédure est-elle prescrite par la loi ? On avait cru jusque-là que une fois enregistrées les déclarations étaient directement achevées pour publication. Ce va et vient entre le Conseil constitutionnel et le premier ministre servirait à quoi ?
On se demande aussi si cette transmission a été faite par le président sortant, Millogo ou sous le magistère de Kassoum Kambou ?
Cette situation ne grandit pas l’estime de la transition au sein des populations. Ce n’est pas parce que les gens n’en disent rien, qu’ils n’en sont pas outrés. Si pour peu, on ne fait rien qu’en sera-t-il des questions plus complexes, comme celle qui seront abordées aux Etats généraux de la justice ?

Par Newton Ahmed Barry


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