Mine d’or de Tambao : Les habitants de Markoye en colère contre Timis

Publié le mercredi 18 février 2015

Le scandale n’a pas tardé à faire surface. En juillet 2012, contre toutes attentes, le gouvernement de Luc Adolphe Tiao octroyait l’exploitation de Tambao dans un partenariat « Public-privé », dont on n’a jamais vu les termes, à Timis de Pan African. Cette concession a été faite alors que les indiens de NICE Groupe venaient de finir toutes les études techniques et selon les lois qui gouvernent l’exploitation minière au Burkina avaient introduit une demande pour avoir la concession et commencer les travaux d’infrastructures à savoir le bitumage de la route Dori-Gorom-Markoye-Tambao.

Plus tard devait suivre la réhabilitation et la construction du chemin de fer Ouagadougou-Tambao. Le gouvernement de Tiao sans qu’on n’en comprenne vraiment l’intérêt venait avec cette concession sous forme de partenariat «  public-privé  » à Timis de brader le manganèse de notre pays à un grand truand de la finance internationale. Timis aurait été introduit par l’épouse du président Compaoré. Elle était donc « la djatigui » de Pan African, qui n’avait rien fait comme étude et qui a reçu en cadeau les travaux effectués par le groupe indien. Le but de Timis c’était d’exploiter les ressources de la mine et non participer au développement du Burkina. A combien Tambao lui a-t-il été ainsi bradé ?

On parle de milliards que Chantal Compaoré aurait empochés. D’autres sources croient savoir que Timis a donné de l’argent pour aider à calmer les mutineries de 2011 et à réparer les dégâts commis chez certains commerçants et chez certains dignitaires de la quatrième république.

Il était évident que l’insurrection des 30 et 31 octobre ne pouvait pas ne pas avoir des répercussions sur ce bradage de notre richesse nationale. Ce qui est désolant dans l’affaire c’est la complicité de certains fils de la région dans cette ignoble spoliation.

La colère des habitants de Markoye

A la lecture des dispositions de l’accord-cadre de partenariat public privé liant l’Etat burkinabè à PAN AFRICAN BURKINA LIMITED en vue de la réalisation des projets intégrés dans le cadre de la mise en valeur du gisement de manganèse de Tambao, il ressort qu’un certain nombre d’infrastructures devraient être réalisées. C’est pourquoi, au regard du potentiel du gisement de manganèse existant, le Gouvernement a opté de faire du projet minier de Tambao, un projet intégré comprenant trois volets essentiels qui sont :

1. la réhabilitation du tronçon du chemin de fer Ouaga-Kaya et la construction du tronçon de chemin de fer Kaya-Dori-Gorom-Gorom-Tambao ;

2. le bitumage de la route Dori - Gorom-Gorom-Tambao ;

3. la construction et l’exploitation de la mine de manganèse de Tambao.

Force est de constater que rien de tout cela ne fut fait et pourtant l’exploitation du manganèse a déjà commencé depuis quelques mois. Pire encore, le manganèse est en train d’être transporté à Kaya où il est présentement entreposé en vue de son acheminement vers Abidjan d’où il sera exporté pour être mis sur le marché international.
C’est cet état de fait que refusent les populations de la commune de Markoye (qui regroupe 27 villages) en sortant massivement ce jour 6 février 2015 en vue de demander l’arrêt pur et simple de l’exploitation du gisement de manganèse de Tambao jusqu’à nouvel ordre. Ils étaient environs 3000 personnes dans les rues de Markoye, soutenues dans leur lutte par les populations des communes sœurs, notamment celles de Gorom-Gorom.

Il convient de signaler que la marche-meeting qui s’est tenue ce matin est la résultante d’un long processus jalonné de réunions et de concertations des populations de ladite commune dont la dernière en date est celle du mercredi 04 février 2015. Cette rencontre a réuni des centaines de personnes venues des villages de la commune et renforcé par les populations de la ville de Gorom-Gorom qui non seulement ont organisé une marche meeting de soutien à Gorom-Gorom mais aussi et surtout effectué le déplacement jusqu’à Markoye. Il faut signaler que la société PAN AFRICAN BURKINA était conviée à cette rencontre, mais elle a brillé par son absence prétextant d’un manque de temps dû à un programme très chargé.
Les participants ont pris acte de l’absence de représentants de la Société à la rencontre.

Ils ont aussi pris acte de la décision unilatérale de la Société de commencer l’exploitation du gisement et même le transport du minerai et ce, sans qu’aucune de leurs doléances n’ait été prise en compte comme cela avait été promis lors de l’enquête publique que la Société a réalisée. Sans même compter le fait que l’exploitation se fait sans qu’au préalable les populations environnantes de la mine n’aient été indemnisées et relocalisées, avec tout ce que cela comporte comme risque pour la vie, vu le dynamitage de la mine. Ils considèrent ces actes comme étant un manquement à la parole donnée pourtant sacrée en Afrique et une négligence vis-à-vis de la vie humaine et comme tel s’estiment en droit de réagir conformément aux règles en la matière.

La marche qui a débuté aux environs de 9H à la place publique du marché a conduit les participants vers la préfecture du département de Markoye où le Président du comité d’organisation a lu une déclaration avant de la remettre à l’autorité administrative locale, c’est-à-dire le Préfet. Le contenu de la déclaration peut se résumer en quelques lignes à savoir l’arrêt pur et simple, à compter du vendredi 6 février 2015, de l’exploitation du gisement de manganèse de Tambao jusqu’à ce que leurs préoccupations soient totalement prises en compte à travers la mise en place d’un protocole d’accord dûment constaté sous la médiation des autorités administratives locales à savoir le Haut Commissaire de la province de l’Oudalan et le Préfet du département de Markoye.

Ces préoccupations se résument à ce qui suit : l’indemnisation et la relocalisation des populations vivant aux alentours de la mine dans des conditions de vie appropriées ; la réalisation d’infrastructures routières et ferroviaires notamment le bitumage de la route Dori-Gorom-Markoye-Tambao et la mise en place du chemin de fer Kaya-Tambao ; la réalisation d’infrastructures scolaires et sanitaires équipées et dotées de matériels roulant dans la région du Sahel, dans l’ordre suivant : commune de Markoye, province de l’Oudalan et région du Sahel ; la priorisation des jeunes de la région du Sahel lors des recrutements selon l’ordre précité ; le financement de micro-projets des jeunes (femmes surtout) de la région ; l’octroi de bourses d’études aux élèves et étudiants de la région du Sahel dans l’ordre ci-dessus défini ; l’accompagnement des collectivités décentralisées (communes et région) dans le cadre de la mise en œuvre de leurs programmes de développement ; la réalisation d’infrastructures et la dotation en matériels roulants pour l’ensemble des services déconcentrés (préfectures, Hauts Commissariats) de la région dans l’ordre ci-dessus cité ; la priorisation des commerçants et des entrepreneurs de la région dans l’octroi des marchés de fournitures de vivres et autres prestations de services en vue du développement de l’économie locale (région).

Les populations ont réaffirmé leur volonté et leur engagement à poursuivre la lutte et ce, jusqu’à ce que les objectifs qu’ils se sont fixés soient pleinement atteints. Pour y arriver, elles entendent utiliser toutes les voies et moyens à leur disposition.

Dramane MAIGA
Président de l’association « Jeunesse Unie
pour le Développement de la Commune de Markoye »
JUDECOM
70 05 49 70 - 70 55 70 66 - 78 06 56 17- 78 77 99 38
maigadouramanehamadou@yahoo.fr
elhadjeced@yahoo.fr
kpi13gim@yahoo.fr
wesmiz@yahoo.fr

Comprendre la genèse de Tambao

Ces dix dernières années ont vu le Burkina Faso se hisser au rang de grand pays minier en Afrique et certainement dans le monde à cause du boom minier qu’il connait actuellement. Presque chaque jour qui passe voit s’ouvrir de nouvelles mines, principalement d’or. Le pays enregistre aujourd’hui plusieurs grandes mines qui sont exploitées de façon industrielle, la plus importante étant celle d’Essakane dans la province de l’Oudalan, région du Sahel.

Mais bien avant Essakane, aux lendemains des indépendances, le projet d’exploitation du gisement de manganèse de Tambao, dans la commune de Markoye, province de l’Oudalan, région du Sahel, a toujours été le grand projet minier qui devait changer la physionomie de la Haute-Volta puis du Burkina Faso.
Plusieurs tentatives d’exploitation ont été enregistrées, la première datant de 1975, année où fut créée la Société minière de Tambao (Somitam) . Au bout d’un bouleversant et sensationnel feuilleton à rebondissement qui a connu son épilogue en 2012, le Ministre des Mines et de l’Energie du Burkina Faso d’antan, Salif Lamoussa Kaboré, a procédé, le mercredi 14 mai 2014 à Ouagadougou, à la remise du décret d’octroi du permis d’exploitation de la mine de Manganèse de Tambao, à Frank Timis, Président du Groupe Timis, représentant la société Pan African Burkina .


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