Meeting de la Société civile : Feu à volonté sur le général Diendéré

Publié le mercredi 18 février 2015

Son nom était sur toutes les lèvres ce samedi 7 février 2015 à la Place de la Nation. Pas de doute pour les manifestants, c’est lui le grand manipulateur de la grogne des éléments du RSP. Sa stratégie : mettre en avant les problèmes de hiérarchie en vue de masquer son refus de voir modifier l’équilibre des forces au sein des unités militaires. Mais jusqu’où le général est-il décidé à pousser le bouchon !

Aux dernières heures qui ont précédé la fuite de Blaise, tout s’est déroulé dans une parfaite cacophonie. Quand Jérôme Bougouma invitait les journalistes à rejoindre l’Etat-major général des Armées pour une importante communication, le scénario inspiré par Blaise avait déjà été chamboulé par Gilbert Diendéré. Plutôt que de prendre la fuite dans les valises de son mentor, le général avait une autre idée : empêcher que des éléments hostiles au RSP ne prennent les choses en main. La foule amassée à la place de la Nation scandait déjà le nom du général Lougué, mais pour Diendéré, pas question de Lougué. Pour la haute hiérarchie de l’armée, les choses sont claires, ce sera le chef d’Etat-major Général.

Mais dans la tête de Diendéré il se mijote un autre plan. Avec Honoré Nabéré qui n’est pas du RSP pas sûr que les intérêts du RSP seront bien gardés. Le général pense être celuiqui peut veiller au grain, mais il est conscient que dans les conditions du moment, il ne peut lui-même assumer le premier rôle. Il appelle donc Zida, son « petit » pour assurer la sous-traitance.Les premiers moments se passent assez bien : sécurisation de la fuite d’anciens dignitaires dont Blaise Compaoré lui-même, nettoyage des écuries, mise à l’abri des dossiers compromettants etc.... Mais Zida qui avait un agenda personnel ne peut rester longtemps dans les bottes d’un autre, fût-il Gilbert Diendéré. Les couacs apparaissent très vite quand Zida surfe sur une vague populiste en reprenant à son compte la revendication sur la dissolution du RSP. Les nominations qui vont suivre au sein du corps sont loin de rassurer le sphinx de Kosyam. Dix (10) officiers vont être dispersés dans différentes unités, tandis que le colonel major Kiéré se voit dépouillé de fait et sans préavis de ses prérogatives de chef de corps. Le rouleau compresseur est en plein régime pour le démantèlement à la sauvette du RSP. Le dispositif se met en place par petites touches avec des pandores qui arrivent sur la place de Kosyam, autant de choses qui compliquent singulièrement le fonctionnement des services.

Pendant ce temps, Zida maintient le flou sur ses intentions et est de moins en moins accessible. Privés de commandement,les hommes de Kiéréengagent une action le 30 décembre pour se faire entendre. Ils ne seraient pas allés le chercher eux-mêmes en plein conseil des ministres comme nous l’avions cru dans un premier temps. C’est par l’intermédiaire de Nadié, son aide de camp, que le message a été transmis. Les revendications qu’ils déroulent devant le premier ministre sont de véritables oukases assortis d’un agenda de mise en œuvre. Zida fait mine d’accéder et accepte même de les valider par une signature.Cela ne l’a pas empêché de continuer de les ignorer. On peut s’interroger sur l’attitude autiste de Zida. De quels appuis bénéficie-t-il en effet pour oser défier des hommes qui disposent de l’argument de la force ? Pense-t-il pouvoir crever l’abcès RSP en poussant Diendéré le manipulateur supposé à dévoiler son jeu ? Une chose est sûre, le bras de fer qui oppose le RSP à Zida ou si vous voulez Diendéré à Zida montre bien la difficulté à faire évoluer ce corps d’armée. On l’a vu avec le refus d’arborer le treillis Terre du Burkina qui était pourtant le symbole de l’unité retrouvée au sein de l’armée. On le voit surtout à travers l’exigence de la démission du premier ministre. Y a-t-il meilleure manière de contester les changements en coursau sein du RSP ?

Diendéré coupable ou souffre-douleur ?

Cette deuxième sortie du RSP qui a consisté à empêcher la tenue du conseil des ministres n’aurait pas été digérée par Kafando. D’habitude assez détaché sur les questions militaires, préférant se reposer sur son premier ministre, le président n’a pas fait cette fois-ci dans la langue de bois. Il aurait ouvertement désapprouvé cette « manière » brutale de se faire entendre. Il a sommé les hommes du RSP de trouver une solution à leur différend sous 48 heures. De fait, les discussions engagées avec Zida ont accouché de mesures qui donnent grosso modo satisfaction aux frondeurs. Les nominations que ces derniers ont réclamé ont été concédées et les affectations contestées, annulées. Mais pour autant, Zida n’a pas totalement perdu la main. En plaçant le désormais colonel Nikièma au cabinet militaire de la présidence, il signifie clairement sa volonté de demeurer au centre du jeu. Reste à savoir quelles seront les compétences nouvelles qui seront dévolues au cabinet et si celles-ci ne sont pas de nature crisogène. Si les apparences paraissent sauves elles ne garantissent pas pour autant la fin des hostilités.

Zida a réussi un coup fabuleux, celui d’avoir accentuéla diabolisation du RSP. Le samedi dernier, les organisations de la société civile entonnaient toutes la même rengaine contre le RSP dont elles réclamaient la dissolution. Les plus extrémistes exigeaient l’alignement pur et simple en termes d’avantages des éléments de cette unité sur le reste de l’armée. Pas de droits acquis à opposer à l’Etat. Si ces hommes tiennent à leurs acquis entendait-on dire, qu’ils aillent les réclamer à Yamoussoukro auprès de leur mentor. Les positions se sont en particulier radicalisées à l’égard du général Diendéré rendu responsable de toutes les basses besognes du régime Compaoré. De l’assassinat de Thomas Sankara à celui du duo Lengani et Henri Zongo sans oublier l’implication du Burkina dans les guerres du Libéria et Sierra Léone, la livraison des armes aux rebelles de l’Unita en Angola ainsi qu’à la rébellion ivoirienne où le général aurait eu la haute main sur le recrutement des soldats et volontairesburkinabè pour le compte de Guillaume Soro. Absolument tout le passif macabre du régime Compaoréest aujourd’hui imputéau général Diendéré. C’est donc son déferrement devant les tribunaux qui est purement et simplement réclamé.

Même la démission du premier ministre Zida un temps exigéeaurait été inspirée par Diendéré. Mais en invoquant le respect de la règle militaire en matière de nomination, les frondeursont assurément une mémoire très sélective. Enpropulsant Zida à la tête de l’Etat en lieu et place du Général Honoré Nabéré qui avait déjà été retenu par la hiérarchie pour assurer le job, c’était déjà le bafouement de la fameuse règle militaire. Les officiers supérieurs qui s’étaient retrouvés autour de Nabéré avaient entre autres leitmotivs, la sauvegarde de l’unité de l’Armée. Et c’est bien les hommes du RSP avec le général Diendéré alors à leur tête qui ont porté un coup de canif à cette unité. L’argument du respect de la hiérarchie cache donc mal les motivations réelles des responsables du RSP qui cherchent tout simplement à sauver leur peau supputent certains. Et il n’y avait pas à leurs yeux d’autres moyens de garder la situation sous contrôle qu’en ayant la maitrise du Régiment. Mais avec le mode opératoire qui a été choisi par les frondeurs, on est passé très près de la catastrophe. Maintenant que la situation est à l’apaisement, il faudra situer la place de cette unité dite d’élite, qui de toute façon, ne peut plus servir comme force de sécurité présidentielle. Au-delà de la question particulière du RSP, c’est la problématique de l’armée républicaine qui est ainsi posée. Il faudra tôt ou tard mais le plus tôt serait le mieux y apporter une solution adéquate.

Manque cruel de leadership politique

Difficile de dire quelle est la position des partis politiques dans ce qui apparait comme la crise majeure de la Transition. Une fois de plus c’est la société civile qui a pris les choses en main. Le discours des partis politiques est peu audible et manque singulièrement de clarté.

Comment comprendre que le premier ministre de la Transition soit mis en demeure de se soumettre au dictat d’une unité de l’armée ! C’est une attitude non seulement inacceptable mais intolérable. Cela méritait une exceptionnelle mobilisation de la classe politique pour rappeler vigoureusement à l’ordre ces frondeurs qui menacent la république. Au lieu de cela les partis donnent plutôt l’impression de s’accommoder du compromis bancal qui a été trouvé. On ne peut s’incliner aussi honteusement devant des actes d’indiscipline notoires. Oui au respect de la règle militaire, mais dans la sauvegarde de l’honneur et la crédibilité de la république ! Avec une telle démission politique et morale, peut-on compter sur nos hommes politiques pour mener à bien la réforme de l’armée ? A la vérité ces derniers se foutent bien que le RSP soit maintenu, l’essentiel étant qu’ils arrivent à Kosyam.

C’est cette lecture que l’on doit avoir de la discrétion calculée de nos politiques et c’est à raison que certains soulignent leur complicité avec les frondeurs, occupés qu’ils sont à leurs petits calculs politiciens. On est bien d’accord que l’avenir de notre armée ne peut se décider dans la précipitation et sous la pression des événements. Il reste que ce qui est en cause c’est la capacité d’anticipation de nos hommes politiques face à des situations lourdes de périls pour la Nation et ils ne semblent pas plus avoir de capacité à gérer des situations troubles. Le Burkina a certes une société civile dynamique mais celle-ci n’a ni la vocation ni la capacité à jouer le rôle de leadership politique dont le Burkina a aujourd’hui besoin.
M’ma yé ! Nous ne sommes pas sortis de l’auberge. Hélas !

Par Germain B. NAMA


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