Cessons de nous faire peur

Publié le mercredi 18 février 2015

Un spectacle de mauvais goût. C’est bien ce que Zida et son régiment d’origine viennent de nous servir. Les frères d’armes n’ont pas pu régler leur différend à l’interne et l’ont transporté bruyamment sur la place publique. Bien que premier ministre, Zida est d’abord un militaire en mission. Il a le devoir de travailler à la cohésion de son corps tout en ne déviant pas de sa mission d’Etat. Ses frères d’armes lui reprochent de travailler plutôt à les diviser et ne comprennent pas l’hostilité qu’il nourrit de plus en plus à leur endroit. Le président du Faso qui dit avoir compris leurs ressentiments leur a reproché néanmoins leur mode d’action de nature à entraver le fonctionnement de la Transition.

Apparemment, les protagonistes semblent en avoir pris acte après s’être obligés à des conciliabules apparemment fructueux. Ce n’est pas le moment de jeter de l’huile sur le feu mais il y a des mises au point qui ne peuvent être différées tant les enjeux sont énormes. Il y va non seulement de l’avenir d’un processus auquel le peuple est chèrement attaché mais aussi plus généralement de la paix dans notre pays. Nous formons le vœu afin que notre Armée adopte définitivement des réflexes républicains. En 2011, des militaires de notre armée s’étaient livrés à des actes de vandalisme au point de ressembler à des hordes de voyous en déshérence.

Le RSP qui est aujourd’hui au centre de la polémique s’était lui aussi tristement illustré en s’attaquant à l’institution qu’il était censé protéger. Quand le président du Faso a été obligé de prendre la fuite parce que le pire pouvait arriver, du fait de la furie de militaires enragés, il y a lieu de craindre pour la république. Certes, cette flambée de violence peut avoir des raisons. Mais quelles que soient ces raisons, elles sont totalement inacceptables pour ne pas dire intolérables, tout comme le sont aujourd’hui les raisons qui fondent les frondes dirigées contre le premier ministre Zida. Certes, c’est du RSP qu’il s’agit aujourd’hui. Demain, ce pourrait être une autre unité militaire. Il faut reconnaître que notre Armée est malade. On n’aura rien fait si on se contentait de la gestion de la crise du RSP.

Nous devons donc engager une véritable réforme de l’Armée, sans calcul partisan et avec pour seul souci la grandeur de notre pays. Il nous faut une Armée pour le pays, une Armée véritablement républicaine, ayant en son sein des hommes et des femmes qui aiment leur pays et qui ont à cœur le respect des institutions républicaines. Mais nous devons aussi savoir que les Pays ont les armées qu’ils méritent. Si le corps social est gangrené, l’Armée le sera tout autant. Les critiques que nous faisons au RSP doivent aussi nous amener à nous remettre en cause.

En nous ingérant dans les affaires militaires, en encourageant des fractions, en prenant fait et cause pour tels groupes et en fustigeant tels autres, nous prenons le risque d’accentuer les clivages et de provoquer le chaos. Nous ne voulons pas d’une Armée où il y a d’une part les cobras et de l’autre les Ninjas, nous serons les premiers à en payer le prix fort. C’est le lieu de saluer le geste du président Kafando qui a consisté à renvoyer dos à dos les protagonistes militaires et à les obliger à s’entendre. Maintenant qu’ils ont trouvé une solution à leur différend, il ne nous appartient pas de jouer les jusqu’au-boutistes. Notre rôle est de les encourager à renforcer leur cohésion et à se rendre disponibles pour la République.

Le RSP, il faut en convenir est un anachronisme dans la phase actuelle de notre vie nationale. Mais l’armée dont il est issu reste une nécessité vitale, pour l’expression de notre souveraineté. Elle l’est d’autant plus que les périls s’amoncellent à nos frontières. Resserrons-nous autour de l’essentiel qui est avant tout de réussir notre Transition. Nous ne pourrons pas le faire avec nos frères des casernes qui ont peur de nous. Nous ne pouvons pas non plus vivre dans la peur permanente de militaires aux réflexes imprévisibles. Cessons donc de nous faire peur et donnons-nous la main pour avancer d’un pas sûr !

Par Germain B. NAMA


Commenter l'article (6)