Pouytenga : Les jeux d’intérêts ont tué le marché à bétail

Publié le vendredi 23 janvier 2015

Des éléments des forces de sécurité ont procédé à des arrestations à Pouytenga le mercredi 26 novembre 2014. Des personnes ont été victimes de voies de fait et d’agressions physiques de la part d’individus. Mais ces événements ne sont qu’un épiphénomène d’une situation politique qui oppose Pouytenga et Andemtenga

Le marché de Andemtenga, fait des heureux parmi les commerçants mais les instigateurs du marché de Zooré ne sont pas dans cette posture. « La non fréquentation » du marché contesté de Zooré n’arrange pas le syndicat de Issaka Balma, Issaka Diallo et autres car il faut justifier auprès du bailleur le bien fondé de cet investissement. Le plaidoyer de l’ancien maire Prosper Larbé Yaméogo avait abouti à l’obtention d’un financement pour la reconstruction du marché à bétail de Pouytenga. Cette infrastructure avait une vocation sous régionale.


Le financement acquis, il a négocié et obtenu un terrain à Naréyaoghin jouxtant les limites communales de Andemtenga, Pouytenga et Koupela qui devait accueillir l’infrastructure mais le syndicat des marchands de bétail soutenu par certains ressortissants de la localité, dont Salif Lamoussa Kaboré, a réussi à ce que l’infrastructure ne soit pas réalisée sur le site prévu, qui était plus adapté, a en croire certains commerçants. Le hic,c’est que le syndicat des commerçants n’était pas d’accord avec le site choisi : Naréyaoghin.

Dès son arrivée à la tête de l’exécutif communal, le maire Prosper Yaméogo ne s’est pas entendu avec le syndicat des marchands et son responsable Balma Issaka. Ce syndicat perçoit des taxes de façon illégale dans le marché. Le maire Prosper veut mettre fin à cela : « ce n’est pas le rôle d’un syndicat » dit-il. Le problème arrive en justice sous le chef d’accusation de « perception illégale de taxes ». Mais au moment du jugement, nous confie un ressortissant de Pouytenga, le chef d’accusation change : « Usurpation de pouvoir de la mairie ». A chef d’accusations différent, verdicts tout aussi différents. Les oppositions se cristallisent et s’aiguisent entre le maire qui veut coûte que coûte mettre fin à cette irrégularité et ledit syndicat qui n’entend nullement renoncer à cette manne.

Le problème est d’abord politique

Soutenu par Salif Kaboré (à Pouytenga, les informations sur ce détail sont concordantes), des manifestants conduits par Balma Issaka entrainent la fermeture de la mairie. Quelques temps après, les conseillers municipaux font défection et ne participent plus aux cessions du conseil. Il se raconte qu’ils ont été achetés pour faire le boycott des sessions. Le conseil municipal est dissout en Conseil des ministres par DÉCRET N°2012-103/PRES/PM/MATDS/MEF.

Salif Kaboré veut désavouer le maire et le discréditer. Les syndicalistes ont un tout autre objectif à défendre. Ils ne travaillent plus au marché, mais ils veulent garder leurs influences dans la gestion des affaires du marché à bétail. Les taxes prélevées profitent bien à quelqu’un, mais pas au conseil municipal. Les syndicalistes voient mal un maire mettre fin à cette vache à lait. Or le maire Prosper à fait de la fin des privilèges un point important de sa gouvernance. « Je suis arrivé en 2006 le budget moyen de la commune sur 10 ans était de 87,5 millions avec une dette globale de 270 millions dont 206 millions de dettes consolidées de l’Etat  », réalise Larba Prospère Yaméogo. A quoi répondent toutes ces dettes ? Les causes de cette stagnation budgétaire sont à rechercher dans l’abondance de privilèges que se sont octroyés les personnes qui gravitent autour de la mairie. «  5 ans après que j’ai pris fonction à la mairie, le budget est passé de 87 millions à 330 millions et la commune à mobilisé 2 milliards cent millions ». Il a donc mis fin aux privilèges. Alors naissent les oppositions à son magister. Le financement du projet est perdu à force de tractations et d’oppositions entre les protagonistes. « Pour voiler cela, le site de Zooré a été trouvé. Il faut faire croire aux ressortissants de Pouytenga, que trouver les grands financements pour les projets, n’est pas l’apanage de Prosper Larba Yaméogo. Le site de Zooré a donc été financé par de riches marchands de la localité et le ministre Salif Kaboré », explique cet autre ressortissant de Pouytenga. Mais cette version nous a été très difficile à vérifier auprès des acteurs.

La transition a acté le changement de site

Au moment où la municipalité est dirigée par une délégation spéciale, le syndicat entreprend des démarches pour faire déplacer le site du marché. Le site a été installé définitivement à Zooré. L’infrastructure est construite, et c’est l’engrenage. Les commerçants à couteaux tirés boycottent le marché à bétail de leur localité, bien réputé pour animer celui de Koupèla. Avec la fondation du marché de Andemtenga, c’est une aubaine pour ces derniers. Andemtenga est plus proche et puis pour certains, c’est le Kouritenga et les commerçants de Pouytenga s’y sentent aussi chez eux. Andemtenga est à quelque 5 Kilomètres de Naréyaoghin le site qui avait été choisi par Prospère et la commission technique. Le marché installé sur un nouveau site, Zooré est à une dizaine de kilomètres de Pouytenga. De ce site, les marchants sont catégoriques : « le site n’est pas approprié, il est éloigné au regard de l’insécurité qui règne sur le trajet de la ville  ». Ils sonten cela soutenus par les marchands étrangers venus de Bogandé, Ouagadougou, Mogteedo, Zorgho et même des Béninois et des Nigérians, fréquenter le marché.

Sur les deux sites, le contraste est net. Zooré, une infrastructure moderne et vaste est délaissée et Andemtenga est bien fréquenté avec ses infrastructures incomplètes et hâtivement réalisées. « C’est la volonté des commerçants qui compte » nous explique un jeune homme venu de Bogandé. Une restauratrice du marché nous dit : nous qui vendons a manger là, c’est là où il y a du monde que nous partons vendre. Mais depuis que nous sommes venus ici, c’est la souffrance, nous sommes persécutées ». C’est la logique qui veut que des commerçants cherchent à s’installer à proximité des consommateurs. Ce boycott entraine des pertes de recettes pour la commune de Pouytenga dont l’économie est basée sur le commerce, et surtout le commerce de bétail. De ce fait les syndicalistes perdent eux aussi les revenus qu’ils prélevaient dans le marché.

Un site qui arrange tout le monde !

C’est de la province du Kouritenga qu’il s’agit. « Kouritenga  » signifie « la terre de Kourita  ». Or, selon ce qui se dit, Naréyaoghin est une propriété de Naré, fils de Kourita. Cela signifie que « les chefs traditionnels du Kouritenga ne contesteront pas un bien installé chez un des leurs  ». Donc Naréyaoghin, en plus d’offrir un cadre bien propice aux marchands ne rencontrait pas de rejet de la part des coutumiers. Selon une enquête de la commune de Pouytenga, 60% du bétail provient de la zone de Andemtenga, commune frontalière de celle de Pouytenga. Cette commune dans son Programme communal de développement (PCD) prévoyait construire un marché à bétail. Le Maire Prosper de l’époque avec son conseil municipal avait compris les enjeux liés à l’existence de ce marché. Ils ont alors décidé de trouver le site de Naréyaoghin qui jouxtait les deux communes, à la satisfaction des marchands.

Cet acte allait faire en sorte que Andemtenga ne construise plus de marché, pour partager le même marché que Pouytenga. Pouytenga aussi pouvait jouir de ses taxes. « Mais à partir du moment où à Pouytenga il n’y a pas d’entente pour la construction de son marché, et que même le marché construit à Zooré ne rencontre pas la satisfaction des marchands de Andemtenga et ses environnants, nous à Andemtenga, avons décidé de construire, notre propre marché », concède le chef.

Les coutumiers s’en mêlent

Le chef de Baltou est le chef de file de la contestation sur l’installation du marché de Pouytenga à Zooré. Et pour cause, Zooré c’est pas Pouytenga. Les chefs de Pouytenga et de Zooré tiennent leur chapeau du chef de Koupéla. Pouytenga considère que le marché est un patrimoine. Le chef n’est donc pas disposé à ce que ce patrimoine aille ailleurs. Il se serait entretenu avec Salif Kaboré et le lui aurait signifié. Ce dernier ne l’a pas entendu en ces termes. Il a soutenu que le marché à bétail soit installé à Zooré. Du côté de Andemtenga, le chef nous explique quand il nous a reçu, que le site de Naréyaoghin est un site proche de sa localité. Mais aussi, la zone abritant le site est une propriété de Andemtenga qui l’avait laissée à Pouytenga pour la construction du marché à bétail, qui allait profiter aussi à Andemtenga.

Quand les commerçants de Andemtenga manifestent le besoin de construire leur marché, ils en réfèrent au chef qui accède à leur requête. Il reste alors le site à trouver. Les commerçants indiquent un espace. Le chef, à son tour, se réfère à ses ministres. Parmi eux, c’est à Findougou Naaba que la portion choisie appartient. Ce dernier n’y trouve pas d’inconvénient. Le marché à bétail de Andemtenga est désormais une réalité.

Terreur et vandalisme pour soumettre les marchands

Les marchands ont trouvé au marché de Andemtenga leur salut. Ils le fréquentent sans réserve. Du coup celui de Pouytenga délocalisé à Zooré et qui se tient à la même date est vide. Cette situation a soulevé le courroux des gérants de l’infrastructure boudée. S’en sont alors suivis les intimidations et les actes de sabotage. D’abord, à l’ouverture du marché de Andemtenga, « les hommes de Issaka Balma et de Salif Kaboré l’on mit à sac », affirme ce commerçant dans un soupir, avant de lancer en langue locale mooré : « tond meng ka nin id nan b la bohin (nous-mêmes nous ne savons pas ce que nous leurs avons fait) ». Les femmes restauratrices ont été violentées, leurs étals vandalisés. Mais certaines d’entre elles n’ont pas souhaité s’exprimer quand nous sommes allé les rencontrer, par peur. Face aux menaces qui pesaient sur les marchands qui fréquentent Andemtenga, ces derniers se sont à leur tour organisés pour riposter. Une menace d’embrasement généralisé a plané sur la localité. Cela a amené l’administration à procéder à des arrestations.

Wilfried BAKOUAN


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