Heurts et misères de la décentralisation au Burkina Faso : « Les grands lacs » dans la tourmente sanitaire

Publié le mercredi 21 janvier 2015

Un ministre CDP du Bazèga a déclaré lors d’une visite a Saponé, que ce que le CDP a fait pour le Bazèga, aucun autre parti n’a pu le réaliser. Sans démentir cette déclaration, nous nous sommes rendus à Doundouni un village situé dans cette province après l’insurrection populaire et le constat semble contredire les propos de ce dernier. Ce village, tout comme d’autres villages voisins comme Kossilci, Tim-Tim et Ilyala surnommés « les grands lacs » sont plutôt mal lotis en services sociaux de base
16 h 30mn ce vendredi 28 novembre 2014, nous sommes arrivés au Centre de Santé et de Promotion Sociale (CSPS) de Doundouni. A notre arrivée, nous sommes accueillis par un groupe de femmes en larmes. Une d’entre elles venait de perdre son enfant.

Cette dernière les deux mains sur la tête était suivie par sa fille âgée d’une quinzaine d’années et toutes deux criaient le nom du jeune garçon qu’elles venaient de perdre. Malgré les consolations des coépouses, elle s’en remettait difficilement. Cet enfant âgé de sept (7) ans venait d’être admis au CSPS dans la même matinée pour des soins. Souffrant d’un paludisme grave doublé d’une anémie, c’est au moment ou nous étions allés à la rencontre de l’infirmier chef de poste à Doundouni, que l’enfant a rendu l’âme.

Le centre de santé ne disposant pas du nécessaire pour le soigner, il fallait procéder à son évacuation pour le district sanitaire de Saponé.
« Nous étions en train de rédiger le billet de référence pour son évacuation et voilà qu’il vient de mourir » nous explique Rodrigue Ouédraogo, infirmier d’Etat chef de poste à Doundouni. Le village de Doundouni se distingue par l’absence d’infrastructures sanitaires. Le seul bâtiment qui abrite le dispensaire et la maternité est le fruit des efforts des natifs du village. Il a été construit dans les années 1980 et ne répond à aucune norme sanitaire.

Le bâtiment en son temps, selon les explications de l’ex-conseiller du village, avait été construit sur fonds propres par les villageois. « Pour construire le principal bâtiment, chaque famille a cotisé la somme de 5000FCFA. En l’observant aujourd’hui, vous même vous rendez compte que ce n’est pas un bâtiment de Centre de Santé et de Promotion Sociale » nous a affirmé Daniel Guirou, l’ex-conseiller en question. « Hormis le logement du chef de poste qui a été construit par l’Etat burkinabè, le reste est le fruit des efforts des filles et fils du village » nous a confirmé Rodrigue Ouédraogo.

Un cauchemar pour les patients et le personnel soignant

A l’intérieur du bâtiment abritant le dispensaire et la maternité, les difficultés sont perceptibles. Des salles très restreintes où on retrouve par exemple dans la même pièce la table de pansement et les armoires des archives. Pas de salle d’attente pour les accompagnants des malades ni un éclairage approprié pour les soins nocturnes. « Le CSPS ne dispose pas d’éclairage, il n’y a pas de salle de garde pour le personnel. Une nouvelle fontaine qui vient d’être mise en place est le don d’un natif du village. »

C’est d’un ton résigné et avec une voix monocorde que la dame Kiéla, sage-femme du CSPS nous énumère les déficits de sa formation sanitaire. Le dispensaire et la maternité tiennent effectivement dans des salles d’environ 20m2 chacune et manquent d’équipements. 4 lits avec des matelas usagés dans le dispensaire et 4 autres de même standing dans la maternité. 2 autres lits réservés aux nouveau-nés faute de place dans la maternité ont passé la saison pluvieuse à la belle étoile.

« On s’est battu pendant huit (8) années pour qu’on nous construise un nouveau bâtiment pour abriter soit le CSPS ou la maternité, mais sans succès » nous a laissé entendre Daniel Guirou. « Les promesses sont faites lors des campagnes électorales mais après pas d’actes  » a-t-il ajouté. Par ailleurs, on pouvait voir sous un hangar contigu au bâtiment de la pharmacie, deux ambulances en panne.
L’une de ces ambulances est une mobylette transformée en ambulance, tandis que l’autre est un tricycle couramment appelé ‘’taxi-moto’’, qui a été modifié pour servir d’ambulance.

Pour les évacuations, le personnel nous a fait savoir qu’il faut plutôt faire recours au CSPS de Kayao chef-lieu de la commune qui vient d’avoir une ambulance pour qu’il vienne à la rescousse du patient. Sinon il y a quelques mois de cela, il fallait faire appel à Saponé le district sanitaire de la zone pour qu’on nous envoie une ambulance. Un cas de décès a été également une occasion pour le personnel du CSPS de nous raconter le calvaire qu’il traverse dans l’exercice de son métier.

Simple victime du découpage administratif

Doundouni, fort d’une population de plus de 6 000 habitants, est dans la tourmente du point de vue sanitaire. « Avant que le CSPS de Kayao n’ait une ambulance, si j’avais une femme qui veut accoucher, il fallait que je fasse appel à Saponé. Ils vont faire le tour en passant par Ouagadougou-Kokologho puis Doundouni pour venir chercher cette dernière et reprendre le même itinéraire pour se rendre à Saponé  » nous explique la sage-femme avant d’ajouter que «  la question de la maternité étant très sensible, une perte de temps ou une mauvaise prise en charge de la maman suffisent pour qu’on perde les deux  ». L’ambulance en passant par Ouagadougou fait au moins 4 heures de temps avant d’arriver à Doundouni et pour repartir il faut encore 4 heures de temps. Ce qui accroît le risque pour cette femme de perdre son enfant et au pire ne pas survivre elle-même.

Alors que nous nous sommes inquiétés du sort des habitants du village, c’est là que Rodrigue Ouédraogo nous a laissé entendre que Doundouni n’est pas le seul village à connaître cette infortune. Kossilci, Doundouni, Tim-Tim et Ilyala connaissent les mêmes difficultés. Ce qui leur a valu le nom de grands lacs. Cette zone qui n’est pas loin de l’affluent du fleuve Nazinon est pratiquement située sur la frontière entre la région du Centre Sud et celle du Centre Ouest.

Kossilci est par exemple à 9 km du district sanitaire de Kokologho mais suite au découpage administratif, en cas d’urgence il faut faire appel à l’ambulance de Kayao qui est à une vingtaine de Km du village pour évacuer le patient vers Saponé qui est encore plus loin, tout en passant bien sûr par Ouagadougou pour y aller. « Kokologho est vraiment proche mais il ne relève pas de notre district sanitaire. Doundouni, Kossilci, Tim-Tim et Ilyala relèvent tous de Saponé alors que Kokologho est rattaché à Koudougou. Donc administrativement on ne peut pas faire appel à Kokologho en cas d’urgence » a déploré Rodrigue Ouédraogo.

Si le personnel soignant du CSPS de Doundouni dit n’avoir pas connu des répercussions négatives suite à l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, il n’a cependant pas manqué de formuler des doléances à l’endroit des nouvelles autorités. Le village de Doundouni qui selon l’ex-conseiller avait demandé un CSPS au ministère de la santé, renouvelle tout simplement cette doléance.

« Pour le nouveau ministre de la santé, on veut tout simplement lui demander de nous aider pour qu’on ait notre CSPS. Dans la commune c’est le plus grand village  » nous a laissé entendre Daniel Guirou. Le personnel soignant par la voix du chef de poste a de son côté appelé le gouvernement transitoire à revoir le découpage administratif et les infrastructures sanitaires dans certaines communes rurales afin de soulager les populations locales car dit-il « si on parle de grands lacs dans leur zone, c’est parce que ce n’est pas Doundouni seulement qui est dans la tourmente  ».

Wend-tin Basile SAM


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