Qu’il est beau ce fier peuple du Faso !

Publié le dimanche 23 novembre 2014

 Isidore Thomas Sankara avait révélé au monde ce petit pays pauvre et méconnu au cœur de l’Afrique de l’Ouest. Le 30 octobre dernier, l’onde de choc d’une insurrection populaire venue du Burkina a irradié l’Afrique des peuples, longtemps soumise à la loi d’airain des dictatures néo coloniales. 

Elliott Skinner, premier ambassadeur noir des Etats unis d’Amérique au Faso avait magnifié les vertus de courage et d’humilité des peuples du Burkina, confrontés à l’hostilité d’une nature ingrate et qui refusent néanmoins de céder à la fatalité. Du fond de sa tombe, il a du se retourner sous les spasmes violents du séisme du 30 octobre, expression de la colère d’un peuple qu’il sait humble mais déterminé.

En 48 heures, notre peuple est venu à bout de la dictature. Einstein disait que le génie, c’est 90% de transpiration et 10% d’inspiration. Cette formule ramassée de ce grand savant, réconcilie à jamais toutes les composantes de notre peuple courageux qui a trimé pour balayer la dynastie arrogante et prédatrice des Compaoré. En effet, s’il a fallu 48 heures pour terrasser l’incorrigible monarque, il faut remonter bien plus loin dans le temps pour saisir les différents maillons qui en ont constitué la trame. Fermons là cette parenthèse et reprenons le fil de notre propos. 

Il faut en effet célébrer la détermination de notre peuple. Le 28 octobre, la victoire était déjà là. Vendeuses de légumes, colleurs de pneus, grilleurs de brochettes, bref, toutes ces petites gens qui gagnent leur vie dans des métiers dits de l’informel, avaient plié les étals et fermé boutiques. Pas seulement. En descendant l’avenue de France, ce matin du 28, nous avons été témoin de ce spectacle inouï.

Le Ouaga d’en bas avait renoué avec le sport de masse. En petites foulées et par petits groupes, le petit peuple brandissant des rameaux, ralliait la mythique place de la Nation. Les autres aussi. Classe moyenne et même les en haut de en haut, délaissant costumes et boubous brodés, étaient aussi de la partie. Un mardi de folie qui se voulait un simple avertissement. On a donné des chiffres mais plus que des chiffres, le spectacle était en lui-même hallu…cinant ! Sur chaque voie d’accès à la place, c’est une vague humaine à vous donner le vertige. Quant à la cuvette, on se croirait dans la steppe.

Tout ça était pourtant bien peu, tant l’aveuglement et l’autisme de ceux qui nous gouvernent avaient atteint des proportions inouïes. Ils ont foncé tels les moutons d’un certain Panurge. Et ce qui devait arriver arriva. Nous entendons encore cette clameur venue d’Afrique et d’ailleurs.

Comme ce cri d’un ami de Mauritanie : « Nous avons suivi minute par minute, heure par heure, la révolution burkinabé et la fuite de Blaise comme une hyène. La victoire du peuple burkinabé est une victoire pour toute l’Afrique et un avertissement clair pour tous les dictateurs qui s’accrochent au pouvoir, ou d’autres qui le confisquent… »

Oui, c’est une victoire de l’Afrique tout entière. Mais avant tout, celle du peuple burkinabé dans ses multiples composantes. Celle de la jeunesse qui fut la sève de ce mouvement. Les fractions organisées du peuple que sont les partis politiques de l’opposition, les OSC dans leur diversité, les forces morales et religieuses. Les fractions non organisées.

De nombreux burkinabé sans affiliation précise se sont aussi levé et ont dit NON ! Il ne faut pas les oublier. Ils ont joué un rôle très important. Et également des éléments de nos forces de défense et de sécurité. Ils ont soutenu nombreux le mouvement, activement ou passivement. Ils l’ont conseillé et parfois même, encadré. A tous, (sans oublier la presse ! ), il faut rendre hommage pour ce qu’ils ont fait. Pour la patrie.

Les peuples triomphent toujours. Il faut seulement accepter d’en mettre le prix. Vive le Faso éternel !

Par Germain B. NAMA



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