Profitons-en pour construire sur du solide

Publié le dimanche 23 novembre 2014

Qu’est-ce qui a fait la perte du régime Blaise Compaoré ? C’est l’immoralité. Quand on est arrivé au pouvoir dans les conditions qui ont été les siennes, en foulant au pied les règles sacrées de l’amitié, et de la fraternité, tout ce que l’on fait est frappé de ce sceau. Il s’en suit que de tous les régimes qui se sont succédé dans notre pays, celui de Blaise Compaoré était le plus permissif.

On a assisté, à notre corps défendant, à l’inversion des valeurs. L’éthique a été remplacée par l’avoir et le paraître. C’est bien naturel que le pauvre Pr Bado, avec ses projets de loi sur le délit d’apparence, n’a jamais eu une oreille attentive. Peu importe comment on a eu l’argent. Il faut l’avoir.

Pendant près de 27 ans, nous avons été engagés à courir derrière une chimère : l’argent. Or courir derrière une chimère c’est se condamner à une course sans fin et sans répit. L’argent peu importe le montant, ne suffit jamais. Plus on en a et plus on en veut. La preuve, l’exemple de François Compaoré lui-même. Il n’ y a pas une affaire juteuse dans laquelle on n’ avait pas ses traces. Pourtant il n’en a jamais eu assez au point même parfois de manger de l’argent sale.

L’argent est un bien mauvais maître. S’il devient la valeur étalon, dans un pays, il déglingue tout, corrompt tout et avilit absolument tout.

Nous avons une occasion de nous en sortir en construisant sur des valeurs. Sur l’éthique et le mérite. Toutes les sociétés qui ont construit sur le mérite, la justice sociale et la démocratie ont édifié des structures et des institutions insensibles au temps et aux intempéries. On a l’habitude de dire que nous sommes un pays pauvre, parce que nous n’avons pas été gâtés par la nature. Nos devanciers l’ont bien compris et ont mis en avant, non pas l’accumulation, c’est impossible dans une société de précarité, mais sur des valeurs de dignité et d’éthique « Burkina ». En le disant je n’invite pas les burkinabè à vivre dans la pauvreté perpétuelle. Tel n’est pas mon propos.

Une société humaine moderne se développe par la capacité des habitants à créer des richesses, à les faire fructifier, mais sur la base des valeurs humaines. Nos sociétés de précarités savaient du reste valoriser et récompenser l’effort. C’est ainsi qu’un gros travailleur, celui qui avait le plus grand grenier du village, par la force de son travail, était celui-là que tout le monde voulait avoir comme gendre.

Il est possible de l’appliquer dans notre société d’aujourd’hui. Nous sommes nés dans un pays pauvre en ressources, ce n’est pas de notre faute. On doit par contre savoir valoriser dans l’éthique ce que nous avons et le faire fructifier. Par exemple, il faut en finir, avec les concours truqués où les vauriens sont admis en lieu et place de ceux qui méritent.

Il faut en finir avec les marchés truqués, parce que complaisamment donnés dans l’espérance d’un dessous de table. Allez-y voir les nouveaux palais de justice, construits récemment et regardez. Les bâtiments à peine construits sont déjà fendillés. Parce que même au sein de l’administration judiciaire la corruption a fait son nid. Imaginez les décisions rendues sous des abris bâtis à l’aune du faux et de l’usage de faux. Qu’est-ce qui peut en sortir si ce n’est du faux.

Les 27 ans de Blaise ont fait du mal à l’éthique et aux valeurs, mais elles ne sont pas mortes. C’est heureusement parce qu’elles ne sont pas mortes que l’insurrection du 30 octobre a pu se produire. Les jeunes qui sont sortis par milliers et ont bravé les balles des RSP de Blaise Compaoré, sont habités incontestablement par des valeurs, par le « burkindilum ».

Si vous en voulez pour preuve, on a vu des jeunes, pourchasser les pillards à la hauteur de Azalaï, reprendre les objets volés et les passer aux flammes avec les propos suivants : « c’est parce que les autres volaient qu’ils nous ont mis là où nous sommes aujourd’hui. Il n’est plus question de faire comme eux ».

Alors saisissons cette occasion inespérée pour refonder notre société. Les valeurs sont évidemment des projections inatteignables. Mais c’est inlassablement vers elles qu’il faut tendre. C’est pourquoi les serviteurs de l’Etat ne peuvent pas être riches.

Quand on est au service de l’Etat, surtout d’un Etat comme le nôtre on ne peut pas vivre dans l’opulence. Il nous faut arrêter une éthique morale qui encadre la vie des premiers responsables de notre pays. Sankara avait montré la voie. On peut l’adapter. Nous avons reconquis le 30 octobre, notre indépendance morale. Il faut faire de sorte que nous bâtissions dès à présent un Etat qui nous ressemble.

Newton Ahmed BARRY


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