Admission en 6e:Ce qui se passe sur le terrain au Zandoma

Publié le mercredi 5 novembre 2014

C’est à Gourcy que le continuum a été lancé à la rentrée 2013-2014. Un an après nous sommes repartis sur les traces du ministre de l’Education, dans cette province pour voir, si les fruits ont tenu la promesse des fleurs. Zondoma, avec ses cinq communes, affrontent les conséquences de la mise en œuvre du Continuum. Les résultats sont mitigés. 

C’est la province du Zondoma que nous avons choisi mais les constats pourraient valoir pour pas mal de localités. Le Zondoma compte une commune urbaine et quatre (4) communes rurales. Nous avons visité quatre de ces localités ; Gourcy- Tougo- Bassi- Léba-Gourcy. Bassi-Léba-Boussou compte au total 1239 enfants casés en classes de 6e sans trop de difficultés. Le foyer des problèmes est Gourcy et Tougo qui ont déjà casé 1061 enfants. La liste additive faisait cas de 586 enfants à caser. A la date du 21 octobre, le directeur provincial de l’éducation nationale du Zondoma (DPENA), Souhaïbou BARRY faisait état de 75% de certifiés casés.

Aminata et Issaka sont des certifiés de la session 2014. Ils ont tous aujourd’hui une ambition commune : aller en 6e. Mais ils rencontrent quelques épines sur leur chemin. Ce mardi 21 octobre, ils ont parcouru environ 10 km pour aller à Gourcy, chef-lieu de la province du Zondoma. Ces deux infortunés, chacun sur son vélo, sont arrivés dans les locaux de la circonscription de l’éducation de base (CEB) Gourcy I avant 7 heures. Portes et fenêtres de la CEB étaient toujours closes. Ils s’asseyent sur deux tables-bancs déposés dehors. Sur le tronc d’un Nimier, ils accotent leurs vélos. Assis, ils ont l’air visiblement fatigués et songeurs. Que faites-vous ici de si bonne heure ?

A cette question, Aminata, très timide se confie d’un ton entrecoupé : « on est là…. pour voir nos noms la liste (additive) ». Mais pourquoi vous êtes en retard. Les autres ont déjà commencé les cours ? Ensemble, ils répondent : « parce qu’il n’y a plus de places au CEG » Il s’agit du CEG de Gnessega, leur village d’origine. « Le directeur de notre école a dit qu’il n’y a plus de place au CEG. On est venu pour voir au niveau de Bethel » précisent les enfants. Le Lycée privé de Bethel se situe à quelques mètres de la Mairie de Gourcy. Il fait partie des cinq établissements privés avec lesquels la direction provinciale de l’éducation nationale (DPENA) compte travailler pour caser les enfants inscrits sur la liste additive. La scolarité dans cet établissement s’élève à 60000f.

Aux environs de 6h 50 arrive un agent de la CEB. C’est monsieur Zabsonré. C’est lui qui a ouvert la porte et ensuite fait sortir le tableau d’affichage. « Venez voir si vos noms se trouvent sur la liste » lance-t-il à l’endroit des enfants. Ceux-ci ne tergiversent pas. Ils avancent et commencent à chercher. Des sourires illuminent leur visage quand ils découvrent leurs noms. « Vous êtes contents ? » C’est également par un sourire qu’ils répondent à cette question.

« On s’embrouille »

Pour beaucoup d’autres, ce n’est pas le même success story, comme celle de Aminata et Issaka. La veille, lundi 20 octobre un soleil d’aplomb tombe sur Gourcy. Monsieur Ouédraogo, un vieux d’environs 70 ans tient à clarifier la situation de sa fille Azara Ouédraogo. Elle est âgée de 14 ans et certifiée de la session 2014. Ensemble sur une moto, ils sont venus à la CEB/Gourcy I pour se renseigner sur le sort de la fille. Ils sont accueillis par deux agents : une fille et un garçon. Les deux tournent et retournent des feuilles, des pages pour vérifier les noms des élèves et voir dans quel établissement ils sont orientés.

Après quelques fouilles, ils retrouvent le nom de Azara. Elle est orientée au lycée privé de Bethel. Un petit ouf de soulagement pour le vieux Ouédraogo. Mais il n’est toujours pas rassuré tant que son enfant n’est pas accepté par les responsables de l’Etablissement. « Ils ont dit que l’Etat doit payer 50.000f. Mais moi je vais aller voir s’ils vont accepter une avance de 15.000f. Les gens disent souvent qu’ils refusent mais je ne sais pas si c’est vrai ou si c’est une simple rumeur » dit-il l’air peu rassuré avant de démarrer sa moto, sa fille à l’arrière. Quelques instants après, arrive un monsieur.

C’est un instituteur. Il est venu vérifier des noms de certains élèves. Après vérification, il se rend compte que certains n’ont pas leurs noms sur la liste additive. Il fait donc appel à son directeur : « monsieur le directeur, est-ce que tous les enfants sont concernés…..Parce que tous les élèves n’ont pas leurs noms sur la liste additive… » Suite à ce coup de fil, un agent de la CEB lui lance avec un air amusé : « Faites attention pour ne pas vous embrouiller » Et le monsieur de rétorquer, la mine décontenancée : « On est déjà embrouillé même… »

A la date du 20 au 22 octobre à Gourcy, beaucoup d’enfants et parents d’élèves ne savaient pas le sort qui est le leur. Comme l’indique une note d’un directeur d’école adressée au chef de la CEB/ Gourcy III sur « la situation des élèves admis à l’entrée en 6e ». En observation de cette note, on peut lire : « Aucun n’est inscrit dans un établissement (…) » La note concernait la situation de six (6) enfants. De nombreuses sources (indirectes) ont fait cas de plusieurs enfants qui sont à la maison à se tourner les pouces. « Il y a mon voisin ou mon parent qui a son enfant qui est actuellement à la maison à ne rien faire » Des informations du genre sont légion. Seulement, quand on demande à leurs auteurs, de vous conduire vers les concernés, ils se rétractent.

« En fait, il y a un peu longtemps que je suis passé là-bas » argumentent ces sources pour se sauver. En ville, la question alimente par moment les conversations entre amis. Chacun va de son inspiration. Comme c’est le cas dans un restaurant situé au bord de la voie. « Cette rentrée-là même on ne comprend rien. On voit toujours des enfants qui se déambulent en ville. » « Ils disent qu’ils vont prendre tous les enfants qui ont eu le CEP l’année derniere en 6e. Qu’ils vont construire des salles pour pouvoir les prendre. Mais depuis là, on ne voit rien. La rentrée…, c’est sûr qu’il y aura des enfants qui vont rester à la maison cette année. »

Tougo accuse le gouvernement

Direction Tougo. Cette commune rurale est située à environ 30 km de Gourcy. Elle compte 32 villages pour une population estimée à 30.538 habitants selon le recensement général de 2006. Cette commune rencontre les mêmes difficultés que Gourcy. « Il fallait être là hier (lundi 20 octobre) ou ce matin (mardi 21 octobre) pour voir le monde. Ils étaient nombreux les parents d’élèves qui sont venus s’imprégner du sort de leurs enfants. Puisque quand on a dit que la liste additive est sortie, chacun est venu dans l’espoir de voir le nom de son enfant. Mais c’était la désolation totale pour beaucoup de parents »

C’est ainsi que Koara Seiguiéba, intendant au lycée départemental de Tougo décrit la situation. « Il y a un parent d’élève qui m’a dit ceci : ici à Tougo, il n’y a pas d’établissement privé où on peut chercher la place pour son enfant. Même si on les envoie à Gourcy dans des établissements privés, on sera obligé de leur trouver des maisons en location avec tout le nécessaire. Vous voyez que ce n’est pas facile » rapporte ainsi Koara Seiguiéba. Au moment où il donnait ces informations, arrive deux visiteurs. « Attendez un instant, je suis en entretien. Je finis tout de suite et je suis à vous » leur dit-il. « Vous voyez le monsieur, c’est un instituteur. Depuis quelques jours il me met la pression pour lui trouver une place au profit d’un parent d’élève. Certainement que c’est ce parent qui l’accompagne. Pourtant il est difficile de trouver la place »

Pour la liste additive, c’est 84 élèves qui sont orientés dans ce lycée. Mais en fait, ils sont hébergés dans « une classe qui va constituer en même temps le CEG de Tougo » fait savoir le DPENA, Souhaïbou BARRY. « Quand la DPENA nous a envoyé la liste, on a fait comprendre que nos deux 6e ne peuvent plus recevoir d’élève mais que nous avons une salle vide. S’ils sont pour qu’on ouvre une troisième classe de 6e » explique Koara Seiguiéba. Le reste des élèves de la liste additive est réparti entre le CEG de Bascorma, Rôba et Ridimbo. Les deux premiers (deux classes chacune) datent de l’année dernière, le 3e a ouvert ses portes cette année.

Il s’agit de salles empruntées à des écoles primaires. C’est dire que ces CEG ne sont pas sur leurs propres installations pour le moment. Le constat aussi qui se dégage, c’est que pour absorber les enfants, il est difficile de respecter les effectifs, 70 par classe. Dans le bureau de l’intendant du lycée départemental de Tougo, on a pu constater que la 6e A compte 80 élèves et la 6e B 78. Ce qui pousse à dire que le DGESS du MENA, monsieur Diabouga, n’a pas tenu compte de la réalité du terrain. Il nous confiait dans un entretien : « c’est 70 élèves par classe. Pas un de plus. Et nous allons être regardant là-dessus ».

El Hadj Hamadé Belem et Lassané Ouédraogo, sont respectivement 1er et 2e adjoint au maire de Tougo. Ils déplorent la situation et la mettent sur le dos du gouvernement. « Par rapport à la situation on peut accuser le gouvernement » reproche ainsi le premier adjoint au maire. « On nous a dit au début que tout certifié doit aller en 6e. On a tout fait pour trouver les locaux afin de les caser tous. Après on vient nous dire que ce sont les admis à l’entrée en 6e qui sont prioritaires et qu’il y aura une liste additive. Parmi les certifiés il y en a qui sont âgés et qui ne peuvent plus aller au primaire. Leur chance pour la 6e aussi est mince » expliquent, avec un ton remonté, les deux adjoints au maire.

Le DPENA au four et au moulin

La situation est une braise sur laquelle est assis le DPENA. Elle lui trouble le sommeil et il travaille d’arrache pied pour caser les élèves. Tout se fait en concertation avec les chefs de CEB. Ils passent des heures confinés dans les locaux de la DPENA pour faire le point de la situation. Ce lundi 20 octobre 2014, dans le bureau du chef de la CEB/ Gourcy I.

Devant lui, son ordinateur portable. Il est visiblement préoccupé à saisir les données dont il dispose. A peine on s’est assis pour échanger sur la situation dans sa CEB que son téléphone sonne. Après des « Allô…Ok » il nous confie : « C’est le DPENA. Il veut me voir d’urgence dans son bureau pour faire le point des enfants qu’on a pu affecter ce matin. Ce n’est pas facile hein » Il était 11 h. La rencontre durera jusqu’à 13h30. A 15 heures, le DPENA nous reçoit mais se dit indisponible à répondre à quoi que ce soit. « Demain aussi, ma journée est très chargée. Vous comprenez ! » Nous insistons tout de même à ce qu’il nous accorde un peu de son temps. « Ok. Soyez là à la première heure. Je vous accorde dix à quinze minutes, pas plus »

Le lendemain 21 octobre comme prévu, nous y sommes. A 7h 10 mn, le DPENA descend de son véhicule. Sans un bonjour, il lance à notre endroit : « Ah, moi je ne suis pas prêt hein ! Je n’ai pas fini mon travail » Par un sourire, on lui répond en prenants sa poignée de main qu’il nous a tendu. « Je vais envoyer un document. Vous allez patienter 15 minutes » dit-il puis lance à un agent : « donnez-lui une chaise… » Quelques minutes après la cloche de l’école de Gourcy A sonne son premier coup. Il est 7h15. Une fillette passe, non chaussée, clopinant du pied gauche. Un petit bidon rempli d’eau en main. Son sac, celui de 5 kg de riz.

Dans le Burkina émergent il y a encore ces images d’indigence. Des enfants non chaussés avec pour tout cartable, un sac de jute. Et pendant le mois d’avril, ces enfants subissent doublement les caprices du soleil qui les tape la tête et les pieds. En effet, le sol se chauffe et les enfants sont obligés de marcher soit sur les orteils ou sur les talons. D’autres prennent des bidons sur lesquels ils percent trois (3) trous. A l’aide de corde, ils se font des chaussures…. Un bonjour viendra interrompre ce petit voyage.

C’est un parent d’élève accompagné de son enfant. Ils sont venus voir le DPENA par rapport à leur sort. Quelques minutes après, le DPENA nous reçoit. Avec un sourire aux lèvres, il lance : « Nous tirons vers le bout du tunnel » Au total 586 élèves sont concernés par la liste additive. « Ce sont 140 volontaires qui vont aller dans le privé. A la date d’hier (lundi 20 octobre) ce travail est fait » précise-t-il (par volontaire, il faut comprendre que ce sont les parents qui décident de l’école où orienter leur enfant selon leur convenance). Il restait 264 enfants à caser à la date du 21 octobre.

Comment cela va-t-il se faire ? A cette question, le DPENA dit : « Ils seront logés dans quatre (4) salles. Des anciens bâtiments d’une école primaire. L’équipement est insuffisant mais cela ne devrait pas causer des problèmes » La question d’équipement est surtout liée aux tables-bancs. Mais le DPENA rassure qu’ils vont prendre des prêts (le stock des CEB) pour ce faire. La petite inquiétude qui anime le directeur, c’est la question des enseignants. « On espère qu’ils seront disponibles d’ici le début du mois de novembre. »

Wend-Panga Ouédraogo, SG/SYNATEB du Zondoma n’est pas pour cette politique. Pour lui, prendre des salles des écoles primaires aura des conséquences. Il prend l’exemple sur l’école Gourcy A où une salle aurait été hypothéquée. « Nous on avait une classe de CM2 de plus de 90 élèves qu’on avait réparti en deux classes. La mairie est venue dire de libérer l’autre salle et de regrouper les élèves. Vous voyez que plus de 90 élèves dans une seule classe ne peut pas avoir les mêmes résultats qualitatifs qu’une classe d’environ 40 élèves ! Ils disent aussi qu’ils vont construire des salles et jusqu’à ce jour il n’y en a aucune. C’est sûr, on veut sacrifier cette génération d’élèves » En tout cas, pour ce syndicaliste, il faut surtout travailler à éviter que « le problème ne devienne comme à l’université »

Quand le DPENA ferme un CEG

Pour rallier Tougo à Bassi, il faut parcourir environ 25 km. Bassi est également une commune rurale d’environ 25.000 habitants. Elle fait partie des communes dites pilotes. C’est-à-dire des communes où le passage du CM2 à la 6e se faisait de façon systématique. En plus du lycée départemental de Bassi, on compte quatre (4) CEG : le communal à Guiri-Guiri, celui de Saye et de Kera-Douré, respectivement trois (3) classes chacun et enfin de Bassi (1 classe) qui vient d’ouvrir ses portes cette année. Ce collège est logé au sein du lycée départemental mais n’est pas fonctionnel pour le moment pour manque d’enseignants. En principe, dans la commune de Bassi, il ne devrait pas y avoir de problèmes pour cette rentrée. Cependant, il n’en manque pas. « Il n’y a pas de difficultés en tant que tel.

Le problème c’est le manque de professeurs » fait savoir le 2e adjoint au maire, Yaya Sawadogo. « Le problème des professeurs est très criard » soutient ainsi Honoré Tapsoba, proviseur du lycée départemental de Bassi. Dans ce lycée par exemple, les classes de 6e (2 classes comptant chacune 72 élèves) n’ont pas de professeurs de Français ni d’Anglais. Au CEG de Saye, confie Honoré Tapsoba, avec deux (2) classes de 6e il n’y a que seulement deux professeurs : celui de Mathématiques/SVT et Français/Anglais. Au CEG de Gouri-Gouri, le responsable, un intérimaire, selon toujours Honoré Tapsoba, avait engagé des vacataires pour commencer les cours en attendant que l’Etat envoie des enseignants.

Selon le 1er adjoint au maire de Bassi, Alouna Traoré, chaque parent d’élève s’était décidé à contribuer à hauteur de 18.000 (frais APE et autres) pour la prise en charge des vacataires. Mais le lundi 20 octobre dernier « le DPENA a ordonné d’arrêter les cours et d’attendre les enseignants que l’Etat va affecter » Pour le premier adjoint au maire très remonté, « cette décision frise l’irresponsabilité » Lui, il voit même dans cette décision d’absorber les certifiés en 6e sans le préalable un fait électoral. « Cette décision sent une campagne électorale » martèle-t-il. Le DPENA ne manque pas d’arguments pour se défendre : « il faut connaître les recettes avant d’engager les vacataires. La prudence d’abord »

A 15 km de Bassi se trouve la commune rurale de Léba. Elle est aussi une commune pilote. Dans cette commune, il y a un lycée et un collège situé à environ 12 km. C’est le CEG de Bouloulou. Il compte deux (2) classes de 6e. Il s’agit de deux (2) salles empruntées à l’école primaire Bouloulou B pour faire ce CEG. La responsabilité incombe à Prospère Sawadogo. Un maire qui ne se gêne pas à se définir comme « un analphabète mais pas bête » C’est dans les locaux de la mairie qu’il nous a reçu aux environs de 18 heures. Il fait déjà nuit et il se sert d’une torche pour éclairer. Selon lui, « il n’y a pas de problème majeurs à Léba. Du reste, précise-t-il, dans l’ensemble ça va. Mais dans les détails je ne peux dire grand-chose »

Basidou KINDA

 


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