Université de Koudougou : Ce que le ministre Ouattara est allé faire

Publié le mercredi 5 novembre 2014

Le samedi 18 octobre 2014, le Ministre des enseignements secondaire et supérieur était à Koudougou dans le cadre d’un atelier sur la gouvernance administrative et financière. Ces derniers temps la presse privée a en effet étalé dans ses colonnes des problèmes de gestion à l’UK impliquant les premiers responsables de cette université. La présence physique du ministre Ouattara devait être une occasion pour de grandes explications. Mais les choses ont tourné court quand le président de l’Université de Koudougou est passé à la barre

Difficile de comprendre pourquoi le ministre Ouattara s’obstinait à refuser la parole à M. Georges Sawadogo, le président de l’université de Koudougou. C’est pourtant dans son antre que fut organisée la rencontre d’explications qui devait mettre à plat les difficultés à l’origine de multiples tensions qu’a traversée son université. Quand il finit par la lui accorder, le président de l’UK n’a pas manqué l’occasion d’expliquer les difficultés qui ont jalonné la vie de son institution. Il a été abondamment question de problèmes financiers. Aussi le président les a abordés sans détour : « lorsque la taille de la famille augmente par la venue d’enfants, cela a obligatoirement un coût(…). Ici, poursuit-il, les Universités fonctionnent avec les mêmes budgets depuis cinq ans, alors que les effectifs augmentent d’année en année ». 

Pour étayer davantage ses propos, M. Sawadogo cite un mail anonyme : « Monsieur le Président, nous vous prions de riposter contre la stratégie d’assèchement financier qui est savamment planifiée pour vous empêcher de travailler pour le grand bonheur des acteurs de l’Université de Koudougou. Certaines informations nous viennent du MESS. Agissez car le soutien ne vous manque pas. Bon courage. »Se sentant visé, le ministre coupe net : « Si on s’en tient au mail que vous avez lu, je peux être en droit de dire que le MESS c’est moi hein… c’est une accusation ? », Est-ce à dire que mon ministère procède par une « conspiration d’assèchement » pour mettre l’UK en difficulté ?N’obtenant pas de réponse, le ministre hausse le ton, et a visiblement du mal à tenir sur sa table qu’il n’arrête pas de frapper de la main.

Sentant qu’il s’est laissé emporter, il s’excuse ouvertement, non sans expliquer qu’en sa qualité de Ministre des enseignements secondaire et supérieur, il est de son devoir de veiller au bon fonctionnement des établissements sous sa responsabilité. Les propos du Président de l’UK ont-ils fait mouche ? On peut le croire au regard de la tonalité du propos ministériel devenu soudainement plus conciliant. Le ministre a en effet reconnu que le président de l’UK l’a interpellé avec insistance sur le fait que si des mesures d’accompagnement financier ne sont pas prises, « la rentrée 2014-2015 pourrait connaître de graves perturbations ». Ce besoin financier s’élève à 493 678 250 francs CFA.

De nombreux problèmes exposés au ministre

Avant l’incident, de nombreux intervenants, notamment des enseignants, des responsables syndicaux et des membres du personnel ont égrené une litanie de soucis qu’ils souhaitent voir résoudre pour le bon fonctionnement de l’UK. Il s’agit du règlement des actes académiques. L’UK doit beaucoup d’argent aux enseignants et à bien d’autres prestataires de service. Les impayés concernant les heures supplémentaires et des copies supplémentaires s’élèvent à 13 millions de FCFA. A l’IUT, on enregistre des impayés de frais de vacation et de soutenance etc. Une bonne partie des dettes a été contractée sous le précédent président Segda Bila.

On peut comprendre que l’administration étant une continuité, les créanciers n’ont d’autre alternative que d’exercer une pression sur l’équipe actuelle pour le paiement de leur dû. Mais certaines difficultés tiennent aussi aux résistances qui se sont fait jour quand la direction financière a voulu mettre un peu d’ordre dans la gestion. Exemple, un état de paiement lui avait été adressé pour le paiement des membres de la commission de réception des dossiers des nouveaux étudiants à l’inscription à l’UK. C’est un cas qui date seulement de juillet 2014. Dans la forme, tout paraissait clair. Sauf qu’il fallait être particulièrement vigilant pour déceler le problème. L’état de paiement mentionne une prise en charge journalière allant du 21 juillet au 1er août 2014.

On demandait pourtant au comptable de payer 13 jours au lieu de 12. Ce malentendu a donné lieu à un bras de fer. L’exemple emblématique, mais qui n’a cependant pas été abordé à l’atelier est cette affaire appelée « 60% » qui fut l’objet d’un article de presse. Le directeur de l’IUT recevait 60% des frais d’inscription pour le fonctionnement de sa structure. Ce fonds public était gardé dans un compte privé en violation des principes de la comptabilité publique. Pour mettre fin à cette irrégularité, le comptable a fait ouvrir des comptes publics pour tous les établissements de l’UK. Une initiative qui a provoqué d’amères frustrations. En effet, cette décision allait compliquer désormais les décaissements : des dépenses présentées au nom de l’IUT ont été en effet rejetées par le comptable parce que non éligibles sur les 60%. C’est notamment le cas de la réparation du véhicule du directeur de l’IUT et de l’acquisition de mobilier au profit des directeurs et chefs de service de l’IUT. Certains directeurs se permettaient d’acheter cinq fauteuils Directeur Similicuir dont l’unité s’élève à 95 000f.

Le comptable s’est fait une mauvaise réputation pour sa rigueur dans la gestion, au point de faire l’objet de critiques dans la presse. On a en effet écrit dans un quotidien que des fonds avaient disparu (63 475 000FCA) ». Il s’avère que c’est de l’intox destinée à mettre des bâtons dans les roues de l’actuelle équipe.

A l’atelier, certains ont demandé l’établissement d’un plan de carrière clair pour les travailleurs de l’UK. Les questions d’avancement avec incidence financière effective ont également été soulevées. D’aucuns ont demandé une protection sécuritaire pour le personnel car selon eux, le personnel est en insécurité sur le campus. D’autres ont demandé un plan sanitaire. En d’autres termes des visites médicales permanentes au profit des travailleurs. Certains doutaient de l’effectivité de la mise en œuvre des mesures sociales à l’UK. Les argentiers ont donné des explications relatives à leur application.

Les enseignants font preuve d’esprit de sacrifice

Bien que le personnel et les enseignants attendent toujours du Gouvernement la satisfaction des points de revendications en particulier les arriérés de paiement, ils ont suspendu leur mot d’ordre de grève. Les inscriptions ont eu lieu et se poursuivent à l’UK. Les enseignants continuent à donner cours et à fournir des sujets pour les examens. Nous avons pu voir ce samedi lors de la visite du Ministre, des étudiants en plein examen. L’année dernière, les enseignants ont sacrifié un mois de leur vacance pour achever le programme avec les étudiants. Mais ces enseignants maintiennent toujours la pression en refusant l’exécution de certaines tâches, notamment les soutenances.

Le clanisme a la vie dure à l’UK

Dans son intervention devant le Ministre, le président a fait état du climat de tension et de polémique qui ont entouré sa nomination. Cette tension perdure « alors qu’il y a désormais un président qui ne demande qu’une seule chose, qu’on le laisse travailler sereinement et qu’on le juge au résultat ». En effet, selon des sources introduites, Georges Sawadogo n’était pas attendu à la présidence de l’UK. C’est plutôt le professeur Kalifa Traoré qui aurait été préparé pour succéder à Segda. Ce sont sans doute les séquelles de cette situation qui continuent de polluer l’atmosphère à l’UK.

Mais dans la salle, le président Georges Sawadogo a eu un soutien de taille en la personne d’une enseignante particulièrement avisée : « …Je suis enseignante ici depuis 1996 et je voudrais restituer les choses. Quand on parle des conditions de travail, on dirait que c’est des situations nouvelles, alors que ce sont des situations que nous avons vécues depuis 96 et qui perdurent. Par exemple quand on parle d’existence de clans, d’absence de bureau et de salles de cours, nous avons toujours revendiqué ça et on n’a jamais eu de solution. Et quand on parle d’insécurité, je me rappelle en 2004 et 2006, nous avons été pris en otage avec le président par les étudiants. On a coupé l’eau et l’électricité. Je me rappelle qu’un jour j’ai voulu interpeller quelqu’un pour m’acheter l’eau. On a lancé une pierre et on a brisé ma vitre… ». Les choses doivent donc être ramenées à de justes proportions. 

Le ministre qui avait des préjugés au départ sur la responsabilité, voire la culpabilité de l’équipe dirigeante à l’UK et qui semblait vouloir coller un TPR au président de l’UK devra revoir sa copie. Les choses ne sont pas aussi simples. Si tout le monde assumait sa part de responsabilité, à commencer par le ministère dont les allocations ne permettent pas de faire face aux défis, l’UK ne se retrouverait pas sur le grill.

A moins que la convocation de l’atelier ne soit un prétexte ou une occasion pour régler des comptes ! Mais sur le champ, le ministre Ouattara a voulu donner des gages, en annonçant avoir trouvé 25 millions pour l’ouverture de l’UFR Science et Technologie (ST). Et ce n’est pas tout. Il s’est aussi engagé à reverser les 101 millions de FCFA représentant l’avance pour les présalaires qui avaient été payés en fin 2013 à titre de présalaires aux élèves professeurs. Une goutte d’eau certes, qui, cependant dans l’ambiance délétère de l’atelier a apporté un peu d’air frais aux acteurs.

 

Hamidou TRAORE

 


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