Révision de l’article 37 : De l’indécision au saut dans l’inconnu

Publié le mercredi 5 novembre 2014

Ça y est ! Nous sommes dans la nasse. Tout le monde voyait venir mais chacun priait Dieu pour que cela n’arrive point. Et pourtant, il n’y avait pas de fatalité. Ce qui se passe aujourd’hui porte le sceau de la volonté des hommes. Par cette même volonté, on aurait aussi pu l’empêcher. Comment en est-on arrivé là ?

Blaise Compaoré, faut-il le rappeler, est arrivé au pouvoir par les armes. Par la suite, il a transformé son pouvoir d’exception en une « démocratie » élective. Depuis près de 28 ans, il a réussi à se maintenir au pouvoir. Mais voici venu le terme fixé par la Constitution pour remettre les clés de Kosyam à son successeur. Contre tout bon sens, Blaise se raidit et refuse de partir. Le 21 octobre, il a annoncé qu’il va recourir au référendum pour changer la loi constitutionnelle qui lui interdit de se représenter. Et pourtant, selon des sources concordantes, il avait bien pensé un temps à se retirer. Sentant ses forces diminuer en raison de la maladie, le clan familial réuni à Ziniaré avait porté le choix sur François.

Cette dérive grave, avait provoqué l’ire de Salif Diallo qui avait commencé à critiquer ce qu’il considérait comme un glissement vers un pouvoir personnel voire monarchique. Le résultat a été que le puissant ministre d’Etat qu’il était fut débarqué à la veille de Pâques. Considérant que le terrain était désormais libre, François s’est accaparé des leviers essentiels du pouvoir (sécurité, finances, économie et surtout communication) pour tenter d’asseoir les bases de son ascension politique. Seulement, l’homme avait une image publique désastreuse. Il a fait ce qu’il a pu pour changer la situation, mais le résultat fut décevant. Si Blaise est revenu au devant de la scène, c’est en partie le fait de l’échec du « petit président » mais aussi parce que sa santé entre temps s’est quelque peu améliorée.

Ayant compris que Blaise ne songeait nullement à leur passer la main, Roch et Simon, les derniers dinosaures restés encore auprès de Blaise Compaoré ont décidé de retirer leurs billes. La naissance du MPP a été un coup dur pour le régime qui a du recourir à Alassane Ouattara pour tenter d’infléchir la position des déserteurs du CDP. Sur la table, il y avait une proposition de prolonger le mandat de Blaise, de deux ans. C’est ce que les internautes ont ironiquement appelé le « lenga ». C’est aussi ce que la médiation nationale conduite par le président Jean Baptiste Ouedraogo, encouragé par Blaise lui-même tentait d’obtenir de la part de l’opposition.

Il faut rappeler, que les grandes figures de proue de l’opposition ont été impliquées à la fois dans la médiation internationale et nationale. Ces tentatives ont connu un échec. C’est alors que Blaise engagea une sorte de dialogue direct avec le CFOP. Ce dernier round n’a pas connu plus de succès que les autres.

Et pourtant, beaucoup plus dans l’entourage immédiat de Blaise que dans l’opposition, la convocation du récent dialogue politique avait fait naître des espoirs. Selon une source introduite, Djibril Bassolet qui se trouvait à New York au moment des pourparlers de Ouagadougou, avait rassuré des membres de la communauté internationale, que cette fois le dialogue était sérieux et que le président n’allait plus toucher à la Constitution. Une fois de plus, il a été pris à défaut par son mentor dont l’indécision a fini par décrédibiliser la parole du Burkina à l’international. Blaise n’arrive pas à se résoudre à quitter sa fonction. Il continuait de réfléchir aux formules qui lui ont été proposées en gage, pour sa sortie de scène

Deux propositions étaient en effet sur la table

D’abord, celle des leaders du MPP. A deux reprises au moins, le président ivoirien avait rencontré Roch et Salif pour leur demander de mettre de l’eau dans leur vin. Ces derniers avaient fini par accepter de donner une rallonge à Blaise sous une condition de taille. Ne pas toucher à l’article 37 et engager dès maintenant l’organisation d’élections législatives et municipales pour tenir compte de l’évolution du paysage politique actuel.

Ce n’est qu’à l’issue de ces élections, qu’il pourra alors engager l’élection présidentielle. Combien de temps durera ce processus ? Les avis divergent selon les camps. L’entourage du président considère qu’il faut deux ans tandis que pour un responsable du MPP, tout cela ne devrait pas excéder une année, le reste du mandat de Blaise compris.

Quand au leader de l’ADF, Gilbert Noël Ouedraogo, il a été l’objet d’une cour assidue de la part de Blaise en personne. Travaillé au corps, ce dernier a fini par concéder une loi constitutionnelle de trois mandats non renouvelable et verrouillé. C’est ce scénario qui a emporté les faveurs de Blaise.

C’est en effet du tout bénef pour lui. Il n’y a plus de lenga à la légitimité constitutionnelle douteuse mais bien un mandat plein de cinq ans. Le verrou n’est qu’un artifice cosmétique, parce que, une fois Blaise réinstallé dans son fauteuil, il pourra revendiquer les trois mandats autorisés par la loi. Non rétroactivité, impersonnalité de la loi, les arguments ne manquent pas !

Blaise ne croît qu’à son étoile

Si Blaise s’est engagé dans ce bras de fer que d’aucuns considèrent comme osé sinon perdu d’avance, c’est d’abord parce qu’il croit à son étoile. Il a bien traversé la tempête qui a suivi l’assassinat du journaliste Norbert Zongo, surmonté la crise venue de Koudougou et qui a embrasé tout le pays, suite à la mort du jeune Justin Zongo. Il a aussi réussi à désamorcer la crise militaire qui menaçait d’emporter son régime. Et puis, Blaise, c’est l’orgueil personnifié. Il n’a pas du tout digéré l’affront que lui ont fait ses anciens amis Roch, Salif et Simon. Cet homme froid a la rancune tenace et rêve de casser du MPP. Et il le fera s’il parvient à son objectif de rester à Kosyam. Alors, la bataille actuelle sera peut-être une bataille de longue haleine. Blaise fera le dos rond pour laisser l’orage passer. Reste à savoir si cette fois, la colère qui gronde pourra se transforme en ouragan qui balaiera la dynastie des Compaoré.

Par Germain B. NAMA

 


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