Procès en légitimité du pouvoir Compaoré

Publié le mercredi 5 novembre 2014

On le voyait venir. Il a louvoyé des années durant pour cacher le jeu. Mais comme on le dit, aussi longue que soit la nuit, le jour finit par se lever. On y est depuis ce mardi 21 octobre où au terme d’un conseil des ministres dit extraordinaire, le gouvernement a décidé de rendre publique, la décision déjà prise au conseil des ministres précédent. Pourquoi faut-il un deuxième conseil pour dévoiler une décision déjà prête ? Tout simplement parce que le chef de l’Etat n’a pas voulu prendre le risque de compromettre le sommet de l’UEMOA convoqué pour le jour d’avant. 

Les sécurocrates du pouvoir le savent bien. Si la classe politique met du temps à se mettre en branle, ce n’est pas le cas de la jeunesse qui, elle, démarre au quart de tour, comme on le dit communément au Faso. De fait, celle-ci est depuis la nuit du mardi fatidique, sur les barricades de la contestation active. Il faudrait beaucoup de café mais surtout beaucoup de maîtrise de soi pour que nos forces républicaines puissent accomplir leur mission de répression tout en se tenant dans les limites autorisées par la loi.

Car c’est là le paradoxe. Comment affirmer deux légitimités, celle des manifestants qui entendent user de leur droit à manifester dans le cadre de la désobéissance civile contre l’iniquité d’un régime et celle du pouvoir qui entend endosser le manteau de la république pour faire respecter l’ordre et la sécurité ?

Bien plus que les manifestants, le pouvoir est sur une corde raide. Les prochains jours seront en effet des jours d’angoisse pour tout le monde. Mais les manifestants de rue se moquent bien des arrestations et autres sanctions qui pèsent sur leur tête. S’ils ont décidé d’élire domicile dans la rue, c’est en toute connaissance de cause. Ils acceptent par là d’en payer le prix. Ils savent aussi que le prix à payer sera fonction du rapport de force qu’ils arriveront à imprimer sur la marche des choses. En plus des forces dites de l’ordre, le pouvoir pourra bénéficier du renfort de ses supporters et suppôts civils, histoire de justifier son référendum devant le spectacle d’un peuple profondément divisé.

C’est manifestement jouer à l’apprenti sorcier, parce qu’après tout, cette surenchère est bien plus préjudiciable au pouvoir qu’à ceux qui le contestent. Saran Sérémé a rappelé fort opportunément que la forme de résistance du peuple est déterminée par son oppresseur. On peut donc craindre que la désobéissance civile qui par essence est une forme de lutte politique à caractère pacifique ne bascule dans la révolte voire même la révolution.

Il appartient donc à Blaise Compaoré qui a engagé le processus de révision constitutionnelle à son profit et à celui de son clan, de prendre véritablement la mesure des choses. Il ne pourra pas imposer sa volonté à celle du peuple debout. Même sa force répressive ne pourra pas continuer à lui obéir.

Il doit comprendre qu’à mesure que la lutte se radicalise, il manquera de plus en plus d’appuis dans son propre camp. Il doit savoir que si ce pays brûle, lui et ses proches n’en sortiront pas indemnes. Il n’y a donc pas d’autre issue pour lui que d’écouter la voie de la sagesse. Blaise a toujours cru à son étoile personnelle, oubliant que l’étoile du Burkina ne se conjugue pas forcément avec la sienne. Les jours à venir seront durs pour le peuple mais il finira par avoir raison des ambitions démesurées de ceux qui nous gouvernent. Il faut espérer que les forces morales de notre pays sont à l’œuvre pour éviter à notre pays des souffrances inutiles. Comme disait l’autre, que Dieu sauve le Burkina.

 Par Germain Bitiou NAMA


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