Le combat n’est plus politique, il est citoyen !

Publié le mercredi 5 novembre 2014

Rien n’oblige encore personne à s’entourer des précautions professionnelles pour dire son fait à Blaise Compaoré. En décidant de franchir le rubicond et de frauder la loi à son seul profit, il cesse dès lors d’être le président légitime des Burkinabè. Quand on ne respecte pas la loi, on ne peut pas exiger des autres qu’ils la respectent. Blaise Compaoré n’a pas d’égard pour la loi. Il s’en sert comme d’un instrument à son service et pour ses propres intérêts.

Il demande aux « moutonniers » du CDP de voter dans les jours à venir un nouveau bail de quinze ans pour lui. Les gens se gaussaient du « Lenga », comme si Blaise était homme à se contenter de la gnognotte. Maintenant c’est quinze ans, en trois fois cinq. Avec la nouvelle révision le mandat présidentiel est maintenant renouvelable deux fois au lieu d’une fois.

Comme la loi n’est pas rétroactive, dès que les moutons du CDP auront voté la révision, les compteurs sont remis à zéro. En novembre 2015 c’est sous l’égide d’une nouvelle disposition constitutionnelle, qu’il va commencer son règne de quinze nouvelles années. Et pour faire bien, il autorise cette fois qu’on verrouille l’article 37. Cette disposition va basculer dans les dispositions constitutionnelles insusceptibles de modification. Oh qu’il est magnanime Blaise, notre père qui est à Kosyam !

Mais tout le monde sait que c’est du pipeau. Blaise n’a pas de parole. Il se dit que dans quinze ans, comme il est fait de roc, il trouvera toujours des AssimiKouanda pour théoriser de nouvelles inepties, permettant de trouver la formule pour déverrouiller l’article 37. Au Congo Brazza, les homologues de AssimiKouanda sont en train d’inventer la théorie du « cycle constitutionnel ». Dans quinze ans, notre actuelle Constitution devrait aussi arriver « en fin de cycle ». En ce moment on entamera un nouveau cycle avec une nouvelle possibilité pour Blaise Compaoré d’entrer dans un nouveau cycle de pouvoir.

Comme on le voit donc, il faut arrêter de se gargariser de mots, la souveraineté au Burkina n’est pas dans les mains du peuple, mais dans celles de Blaise Compaoré. C’est lui le souverain peuple. On n’a jamais vu ça dans l’histoire. Même Pinochet, au Chili, le moment venu avait accepté jouer le jeu de la démocratie et s’était contenté de son titre honorifique de sénateur à vie.

Pour Blaise rien d’autre ne convient à sa stature, que la fonction de président du Faso. Depuis près de cinq ans, de déclarations sibyllines à initiatives hasardeuses, il ne visait qu’une chose, ne pas respecter la Constitution.

Il s’ensuit que s’il ne respecte pas la loi, il ne peut attendre des autres citoyens qu’ils le reconnaissent comme président. Il est certes venu au pouvoir par un coup d’Etat, le plus sanglant de l’histoire de notre pays, mais par la suite il a demandé qu’ensemble nous instituons une Constitution loi, qui régit désormais notre vivre ensemble. Il a demandé par référendum que nous l’adoptions et par ce fait même elle est devenue la norme suprême. Si c’était pour s’en servir comme d’un torchon, il aurait pu tout simplement s’écrire une Constitution et l’adopter par ordonnance.

Dès cet instant, tout citoyen burkinabè est fondé à ne plus reconnaître Blaise Compaoré comme président du Faso. L’obéissance en République résulte de l’observation de la loi. Blaise Compaoré en violant son serment affranchit chacun de nous de cette obligation. Quand la loi ne nous convient pas, nous ne sommes plus tenus à son respect jusqu’à ce que nous obtenions, par tous les moyens, sa conformation à nos intérêts. Si Blaise y a droit, nous aussi. Il utilise contre nous, la force publique qu’il détourne et met au service de ses seuls intérêts. En droit administratif cela s’appelle « un détournement de pouvoir ». Nous citoyens pouvons lui opposer la force de nos droits. Personne dans ce pays ne lui appartient. C’est ça que nous devons organiser dans les jours à venir.

Que les députés moutons de cette législature se parjurent et se discréditent pour toujours. Il y a des moments quand la vie de la Nation est en danger, chacun doit être à la hauteur de son devoir. Si Blaise pense qu’il peut obtenir ce qu’il demande, c’est qu’en regardant notre Assemblée nationale il y a vu suffisamment de moutons. Pour Blaise les autres sont à son service. Il s’en sert et s’en débarrasse quand il n’en a plus besoin. Quand les députés moutons seront face à l’urne qu’ils s’interrogent : « qui d’entre eux peut prétendre servir Blaise Compaoré comme l’ont fait les premiers responsables du MPP ? Avec quelle monnaie les a-t-il payés en retour, quand ils se sont avisés de lui dire ce qu’il ne veut pas entendre ? ». S’il a fait ça à Salif, à Simon et à Roch que ne leur ferait-il pas à eux ? Les ouvriers de la 25e heure.

Au Burundi, les députés ont dit au présidentKurunsiza, qu’il devait les respecter, parce que tout comme lui, eux aussi tiraient leur mandat du peuple. Ils ont refusé le projet de révision constitutionnelle qui devait lui permettre de briguer un nouveau mandat, alors que la Constitution limitait les mandats présidentiels au Burundi. Devant les intérêts de la nation, le devoir d’ingratitude est un droit irréfragable. N’est-ce pas en invoquant ce droit que Blaise Compaoré a attenté à la vie de Sankara ?

Nos députés ont l’occasion de se montrer digne de l’histoire du pays. Ils ont à choisir entre leur fidélité à Blaise Compaoré qui les couvrira d’opprobre tout le restant de leur vie ou se souvenir qu’ils sont des burkinabè. S’ils votent ce projet, ils vendent le pays à Blaise et à sa descendance pour des siècles.

Par Newton Ahmed BARRY


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