La CCVC : De la vie chère à l’école populaire et démocratique

Publié le mercredi 22 octobre 2014

Rentrée scolaire difficile symbole d’un système éducatif en difficulté ? C’est la conviction de la coalition nationale contre la vie chère… (CCVC) qui a trouvé là une occasion d’aller en croisade pour une école populaire et démocratique.

La CCVC trouve le système éducatif actuel peu démocratique. Mais pas seulement. Les animateurs de la coalition pensent qu’il faudrait aussi qu’elle ait un contenu idéologique moins libéral. D’où la notion d’une « école populaire et démocratique » au profit de tous les enfants du peuple axée sur trois grands points : dénoncer la démission des autorités de la gestion de l’école burkinabè ; les interpeller pour qu’elles se penchent diligemment sur les problèmes de l’éducation ; appeler les populations à s’organiser et à se battre pour une école accessible aux enfants du peuple et un changement en leur faveur. Pour ce faire, la coordination de la coalition compte mettre en place une plate-forme sur l’éducation spécifiquement.

Cette plate-forme sera adressée au premier ministre Luc Adolphe Tiao. Cette campagne d’action et d’activités va se dérouler autour de trois conférences publiques sous forme de panel. Le premier panel en vue c’est pour le samedi 11 octobre 2014 à l’Université de Ouagadougou. Il va s’intéresser à la question des « réformes du système éducatif, contenus, conséquences…. ».

Une semaine après, le samedi 18 octobre un autre panel devrait traiter de la « privatisation de l’école burkinabè et les préoccupations majeures des populations. » Enfin, un dernier panel est prévu pour le 25 octobre 2014, qui devrait jeter les bases objectives de l’avènement de « l’école populaire et démocratique ».

Ce panel aurait les allures des assises nationales et pour lui donner toute la solennité les populations sont invitées à venir témoigner sur les « drames » qu’elles vivent, dans la cuvette de la maison du peuple.

Un mois d’activisme en faveur d’une école idéologiquement connotée qui devrait s’achever par une marche meeting le 29 octobre. 

Les raisons de la croisade

 « Un véritable cauchemar » C’est sous cet œil que Chrysogone Zougmoré, président de la coordination nationale de la CCVC voit les rentrées scolaire et universitaire.

Des rentrées qui, selon lui viennent, chacune avec « son lot de problèmes au regard de la cherté croissante de la vie. » Celle en cours, 2014-2015, n’échappe donc pas à ces conditions qui ne font qu’empirer selon Monsieur Zougmoré. Pire, cette rentrée s’effectue dans un contexte de crise « profonde » qui secoue le Burkina Faso.

Ce qui constitue un seau d’angoisses pour les parents d’élèves, des étudiants et autres acteurs de l’éducation. La démarche de la CCVC se veut donc une sonnette d’alarme sur la question de l’éducation. Car le secteur de l’éducation va en « ruine ». L’Etat de leur point de vue lui a consacré 13% de son budget, soit la somme de 1 milliard 259 mille francs CFA en 2013.

Or rappellent-ils l’allocation budgétaire aurait dû atteindre 20% des ressources de l’Etat pour conformer le pays aux recommandations de l’UNESCO et au cadre d’action de Dakar de 2000 dans l’objectif de réaliser l’Education pour tous (EPT). Des chiffres qui feront sans aucun doute bondir les techniciens de l’éducation.

Car s’il est possible de mégoter sur les pourcentages, peut-être seulement un peu plus de 15% des ressources sont affectées à l’éducation, il est par contre hasardeux d’avancer l’enveloppe de seulement 1 milliards 259 mille francs pour 2013. La seule dotation en fournitures scolaires sans compter les réalisations d’infrastructures crèvent de loin ce plafond.

La faute aux PAS

Tout cela serait la conséquence des programmes d’Ajustement Structurel (PAS) « doublement rebaptisés » cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP) et stratégie de croissance accélérée et de développement durable (SCADD). L’école est devenue ainsi une affaire de riches.

A titre d’exemple, il faut mobiliser, selon Chrysogone Zougmoré, au moins 500.000 FCFA pour faire un Master 2 à l’UFR/SVT (Unité de Formation et de Recherches en Sciences de la Vie et de la Terre) de l’Université de Ouagadougou. A ce niveau du supérieur, il est peint un tableau sombre du fait du système LMD conduisant à un blocage.

Après 5 ans d’application de cette réforme, les universités publiques sont bloquées, poussant à un « blanchiment technique » assorti de « résultats académiques catastrophiques, des retards considérables » dans les calendriers universitaires allant crescendo chaque année.

Sur cette question du LMD, Patrice Zoehinga, le président de l’Union générale des étudiants burkinabè (UGEB) lance sans détour : « Sous le LMD on a connu les taux d’échec les plus élevés »

Au secondaire, il est ressortit que les bourses et les internats ont totalement disparu. Conséquence ; « des conditions de travail, d’études et de vie désastreuses ».

Au niveau du préscolaire, le primaire et le post-primaire fusionnés dans le cycle unique appelé Complexe Intégré d’Education de Base (CIEB), Chrysogone Zougmoré dénonce un « désordre indescriptible » au plan institutionnel, administratif, pédagogique, infrastructurels.

Pour cette rentrée scolaire 2014-2015, la décision a été prise d’absorber tous les admis au certificat d’études primaires (CEP) en classe de 6e.

Il est ressorti au cours de cette conférence que les maires ont été mandatés de trouver des salles pour caser les élèves. A la date du 7 octobre 2014 il était fait cas de 1600 enfants qui divaguaient dans la nature car n’étant toujours pas situés sur leur sort. Tairou Traoré du SYNATEB a fait savoir que « le problème est plus criard dans les provinces »

Car poursuit-il, « des directeurs provinciaux ont même appelé pour poser le problème. C’est la navigation à vue » Selon lui, avec le déficit en effectif d’enseignants (3269 professeurs) « des enfants vont atteindre la fin du premier trimestre sans avoir certains enseignants ».

Basidou KINDA


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