Dialogue de dupes, résultats de dupes²

Publié le mercredi 22 octobre 2014

Personne n’a été surpris par l’échec du dialogue. Pas même l’initiateur qui n’a pas semble-t-il, pas voulu trop tirer à la dernière séance. La phrase d’au revoir avait été selon toute vraisemblance, préparée d’avance. Elle a été dite sans état âme.

C’est entre deux audiences, que Blaise Compaoré a reçu pour la dernière entrevue, les deux co-présidents du dialogue inclusif. Il m’a semblé confiera après Diabré qu’il n’avait vraiment pas le temps. Et c’est de façon expéditive que la dernière rencontre a eu lieu.

A peine lui a-t-on exposé les blocages qu’il y avait qu’il a coupé par cette phrase qui restera dans les annales : « Je vous demande de remercier les membres de vos délégations. Le dialogue inclusif se termine là. Nous allons chercher à poursuivre le dialogue par d’autre voies ». Aussitôt dit aussitôt fait. Comme qui dirait fissa fissa ! La dernière entrevue entre les deux protagonistes majorité et CFOP a tenu à peine une heure.

Une affaire mal engagée !

Les prémices d’une bonne journée sont connues dès l’aube. Le dialogue inclusif était pensé pour ne pas aller trop loin. Il n’est pas effectivement allé loin. A peine 10 jours et puis c’était fini. Les choses ont commencé le 23 septembre. N’eût été la mort de Arba le 1eroctobre et la période de deuil jusqu’à son inhumation le vendredi 3 octobre, la fin serait intervenue plutôt.

Au rendez-vous du 6 octobre, on savait d’avance que c’était une entrevue d’au revoir. Comme le dira plus tard, Assimi Kouanda, la majorité et le CFOP ne pouvaient pas s’accorder sur « les points de désaccord ». Il restait le « go-between » à consulter.

Or à la rencontre du mardi 30 septembre, Blaise avait dit qu’il allait se réserver le droit de décider, en usant de ses prérogatives, si les deux négociateurs ne parvenaient pas à s’entendre sur certains points de discussion. Ce qui revenait à dire qu’en réalité on n’est pas sorti de l’auberge. Le CFOP devait s’en remettre à Blaise Compaoré pour décider sur l’article 37.

On peut bien comprendre les prérogatives du président et on peut bien lui faire crédit de son bon sens pour décider dans l’intérêt général. Sauf qu’en l’espèce et en ce qui concerne l’article 37, où il était évident qu’il y aurait eu désaccord, Blaise Compaoré ne peut pas décider dans l’intérêt général. Cette question qui est à la base de la crise que vit le pays ne concerne que lui seul.

C’est parce qu’il a manifesté l’intérêt de modifier cet article de la Constitution qu’il y a problème dans le pays. Etait-il possible que le CFOP qui se ruine dans la contestation depuis des mois, aille ainsi abdiquer de son combat devant l’adversaire ?

Sous le prétexte d’un dialogue inclusif, l’opposition pouvait-elle s’en remettre à son contradicteur principal, pour qu’il décide, parce que la grâce lui aurait subitement rendu visite ? Il faut être Assimi Kouanda pour croire que cela est possible. Dès lors il était certain que le dialogue inclusif ne pouvait pas continuer. Il s’est arrêté tout naturellement.

Y avait-il un agenda caché ?

Beaucoup sont ceux qui pensent que Blaise Compaoré a décidé de ce dialogue comme un prétexte pour rendre moins contestable sa décision arrêtée de convoquer le référendum sur l’article 37. Ils en veulent pour preuve le libellé des premières questions à discuter dans la feuille de route qu’il a donné le 25 septembre aux protagonistes.

Sur la question de l’article 37, il est libellé « quelles voies pour la modification de l’article 37 » comme si la querelle qui oppose la classe politique portait sur les moyens et les modalités de la révision et non sur le principe. Pour beaucoup, Blaise croyait que les choses allaient s’arrêter là. Le CFOP aurait pris cette formulation comme une provocation et aurait claqué la porte. Sauf qu’il n’allait pas dans l’intérêt de l’opposition d’être à l’initiative de la rupture.

Le CFOP a donc proposé une reformulation des questions à débattre et en a ajouté deux autres « la question du Conseil constitutionnel et la contribution de la société civile ». Cette reformulation a été acceptée par la majorité. Le 29 septembre il fallait arrêter les modalités et surtout le sort à réserver aux questions qui ne feront pas l’objet d’accord. Comme on l’a vu c’est sur cette modalité que le dialogue s’est fracassé.

D’autres, notamment certains partisans du président, par contre croient savoir que Blaise Compaoré était vraiment de bonne foi en convoquant le dialogue. Blaise voulait qu’on lui fasse confiance.

Que dans le débat sur l’article 37, on lui donne l’occasion de montrer qu’il est soucieux du destin du pays et sait, quand c’est nécessaire s’élever, au-dessus de ses intérêts personnels. Pour eux le CFOP aurait dû faire confiance et accepter s’en remettre à Blaise Compaoré qui allait surprendre. Sur quoi fondent-ils cette conviction ?

Les réponses sont moins précises, en dehors de faire seulement confiance. Une question de foi donc. Dans ces conditions on peut comprendre le CFOP qui n’a pas voulu prendre de risque. La foi n’est-elle pas une question personnelle ? Et puis si Blaise Compaoré sait mettre en avant l’intérêt général, il a désormais l’occasion de le démontrer.

Le dialogue ayant échoué, tous les points en discussion sont ipso facto des « points de non accord ». Il peut donc dès à présent user de ses prérogatives de chef d’Etat pour décider. Si sa décision va dans le sens de l’intérêt général les burkinabè en prendront acte et vont sans doute le célébrer.

Si au contraire il décide dans le sens que soupçonnait le CFOP, Diabré et ses ouailles sont en bonne posture pour continuer et redoubler leur lutte. On ne leur fera pas le reproche d’avoir accepté et de s’être rétractés par la suite. On se retrouve donc chacun dans ses prérogatives. Blaise Compaoré devant son destin et celui de la nation.

Le CFOP devant ses responsabilités, comme contre-pouvoir et aspirant au changement. Ce dialogue inclusif s’était engagé sur une duperie, vraisemblablement. Il a produit des résultats dupés naturellement. Comme on dit « les chats ne font pas des chiens ».

Par Newton Ahmed BARRY


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