Une vie de dur labeur

Publié le mercredi 22 octobre 2014

Arba ne s’est pas économisé malgré son âge avancé. A 75 ans il avait un rythme de travail que des plus jeunes que lui avaient du mal à soutenir.

La dernière semaine de sa vie a été particulièrement éprouvante. Dialogue politique, gestion de sa commune de Dori, animation des vies associatives, participation aux réunions de son parti. Il ne savait pas s’économiser.

Depuis le 20 septembre il voulait me rencontrer. Avec lui nous avions très régulièrement des rencontres d’échanges au gré de ses calendriers et des miens. Il lui arrivait même d’exiger que je vienne le voir à Dori, quand nous avions mis longtemps sans nous rencontrer.

Le 20 septembre, il demande que je le rencontre à l’aéroport de Paris, pendant son escale pour Rome, où il se rend fréquemment pour discuter de diverses questions. Ces derniers temps il était très occupé à réunir les 55 milliards de francs nécessaires à l’aménagement de la grande mare de Dori. Il avait obtenu la moitié, il lui restait donc l’autre moitié.

Le 19 dans la soirée, il m’appelle pour dire qu’il ne viendra plus parce que Blaise a convoqué une rencontre avec la classe politique pour le 23. On décide donc de se voir le 25 septembre à Ouaga. Le 25 septembre, deuxième rencontre avec Blaise Compaoré. Notre entrevue est donc reportée.

La journée du lendemain 26 est consacrée aux rencontres de débriefing des partenaires du CFOP. En effet, l’opposition a institué ce cadre pour rendre régulièrement compte à ses partenaires des échanges qui ont lieu au dialogue politique. Le même jour, il doit se rendre urgemment à Dori pour rencontrer des partenaires de sa commune.

L’entrevue projetée aura finalement lieu le dimanche 28 septembre chez lui à Dapoya. Il m’invite à prendre le petit déjeuner avec lui à 8h. Comme il y a une parenté à plaisanterie entre les liptakoubè et les Barry, j’en profite pour lui dire que je ne suis pas un « communiste  » pour me réveiller si tôt le dimanche matin. Il demande donc au « petit bourgeois de fixer son heure ».

Nous convenons pour 10 heures. Quand j’arrive chez lui il était vraiment souffrant. Mais il insistait pour que je reste. J’ai naturellement refusé lui conseillant de prendre des médicaments et de se reposer. Malgré son insistance je prends congé de lui. Il insiste pour que je revienne à 18h, « ça ira mieux en ce moment » dit-il. Je promets.

Dans la matinée, juste après mon départ, il est admis à la clinique du centre, chez son ami Dr Sanou. Le lendemain lundi, 29, il allait bien déjà. Quand je lui rends visite au environ de 20 heures, je le trouve bien reposé, avec un teint étincelant, le regard lumineux porté par des yeux d’une blancheur immaculée. Je le regarde et je me dis « comment il fait. A 75 ans il paraît plus jeune que moi qui suis de 25 ans son cadet  ».

Il m’avait ébloui ce jour-là, comme jamais auparavant. C’est lui qui me sort de ma béatitude. J’en profite pour le chahuter. Je lui dis, mais je pensais que les liptakoubé c’étaient de « vrais garçons ? ». Alors que le voilà qui n’a pas supporté les radiations de « l’homme de ziniaré  ».

Il a éclaté de rire et avec le sens de la repartie dont il avait le don, il me rétorque « ne t’en fait pas. Ce type-là, dans l’état où il est aujourd’hui, ne peut plus irradier quelqu’un ».

Nous n’avons pas le temps d’engager une autre conversation qu’arrive Diabré Zephirin, le CFOP, venu lui rendre visite. Ce 29 septembre Diabré venait de rencontrer pour la troisième fois Blaise Compaoré à Kosyam, pour le dialogue politique inclusif. Visiblement il n’en était pas sorti confiant.

Mais n’a pas voulu importuner le doyen. Il lui a juste annoncé que le lendemain mardi 30, lui et Assimi Kouanda avaient rendez-vous avec Blaise Compaoré pour obtenir une réponse sur le sort à réserver « aux questions qui ne verront pas l’objet de consensus  ». Mais il semblait bien pessimiste. Il reste une quinzaine de minutes et demande à partir.

L’heure avance et il faut bien laisser le malade se reposer. Mais Arba ne veut pas que je parte. Je lui dis que c’était mieux qu’on se retrouve chez lui, confiant que j’étais qu’il sortirait de la clinique le lendemain. Le mardi 30, la journée s’est bien passée. Les examens demandés et effectués au laboratoire du Dr Kouldiati Julien sont bons.

Il ne restait plus qu’on le libère. Dans la soirée vers 19 heures, il reçoit le président l’Assemblée nationale. Entre temps, il m’appelle et me demande de passer le voir. Je trouve que la journée a été trop chargée pour un malade, même si dans mon esprit, elle ne l’était plus. Je décide de le voir le mercredi 1er octobre chez lui quand il sera sorti de la clinique. Erreur monumentale. Ce mardi, vers 22 h contre toute attente, son état se dégrade très rapidement. A minuit c’était fini. Arba est parti !

NAB


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