Le CDP : Comment la proposition de loi a fait exploser le parti

Publié le lundi 6 octobre 2014

Les communicants de la mouvance présidentielle ont annoncé en fanfaronnant, le bide du siècle. Enfin, la voie parlementaire s’ouvrait pour une révision qui n’était plus possible par un référendum direct.

Gueule de bois après une fausse euphorie en constatant le champ de ruines que cela a provoqué au CDP. L’implosion annoncée est là sans que la direction du parti n’ait pu faire quoi que ce soit pour la parer. 

C’était d’une proposition de loi qu’il fallait au départ discuter, mais devant la farouche détermination d’un groupe de députés CDP, les initiateurs ont retro pédalé pour en venir à un appel. Mais là encore, les mêmes députés ont dit niet.

 

C’était sûrement le dernier baroud d’honneur des tenants de la révision de l’article 37. Alors que tout le monde croyait que le deuil du tripatouillage constitutionnel avait été fait, avec la visite dite de « courtoisie républicaine » du CDP à l’UPC, le chef de file de l’opposition, les ayatollahs de la révision de l’article 37, ont voulu jouer leur dernier va tout.

Ils ont voulu tordre la main aux députés de la majorité et sortir une proposition de loi, dont le draft de l’exposé de motif a été bel et bien rédigé. Il fallait dans un premier temps compter les députés acquis à la révision par la voie parlementaire. Pour ce faire, il fallait se rassurer qu’au sein des 81 députés de la majorité (70 cdp et 11 députés de la mouvance), aucune voix n’allait manquer.

Une réunion a été alors convoquée pour soumettre la décision prise de passer par voie parlementaire et obtenir des députés qu’ils signent un document d’adhésion, comme ils l’ont fait en début d’année, pour réitérer leur allégeance à Blaise Compaoré après le départ de Rock et ses camarades.

Après information et lecture des textes, un long silence s’en est suivi, avant que des téméraires osent prendre la parole. Les dissidents auraient d’abord rappelé le rôle d’un député avant d’affirmer des principes et indiqué à la fin qu’ils étaient de toute façon « clairement opposés à la révision de l’article 37 ».

Ils ont dit alors qu’il n’était pas question pour eux « de signer un quelconque document ». Ce fut un silence de mort dans la salle. De longues secondes avant que les initiateurs de la proposition de loi ne retrouvent leurs esprits et la pirouette pour reprendre la parole.

Que faire ? Autres temps autres mœurs, cette réaction frontale qui a été le fait d’un petit nombre de députés, c’est vrai, aurait pu être « traitée », pour reprendre l’expression des militaires en opération, très diligemment et de façon radicale.

Sauf que les tenants de la révision qui se doutaient bien qu’il y avait des dissidents tapis dans leur rang ne sont pas en position de force. Et puis s’ils se doutaient bien qu’il y avait des « félons » en leur sein, les tenants de la révision s’étaient convaincus que ces derniers n’oseraient pas s’opposer au mot d’ordre venant d’en haut. Ce fut donc une vraie stupeur.

Il a fallu alors manœuvrer pour sauver les meubles, le temps aussi de découvrir l’étendue de la « félonie ». Si certains se sont découverts, d’autres étaient encore tapis. Il fallait donc éviter d’aller au casse pipe, avec cette affaire de proposition de loi et s’en tenir à un juste milieu qui sauve la face à tout le monde, c’est-à-dire un appel solennel des députés demandant au président du Faso de convoquer un référendum. Mais là aussi, les frondeurs ont dit « niet ».

Ce sera sans eux. Ce fut donc la grande désillusion, mettant certains en situation de panique. Or le CDP avait mobilisé l’arrière banc, « moutonnier » de la majorité présidentielle qui lui ne demandait rien d’autre que signer tout ce qu’on lui présente. C’est donc au sein du CDP que le projet a été combattu et rendu impossible à mettre en œuvre.

Déjà avec tous les députés CDP et les « moutonniers », le quorum n’était pas atteint, il fallait faire la cour à l’ADF de Gilbert Ouédraogo. Avec la dissidence déclarée au sein du CDP même, ça devenait mission quasi impossible.

Retour sur un scénario improbable. Début septembre la rentrée politique s’annonce sans que les promesses faites au Front Républicain ne connaissent un début de mise en œuvre.

Au Front on est franchement inquiet, surtout quand le CDP sans crier gare, se lance dans des prises de contact avec le CFOP. Au Front certains y voient l’amorce d’une entourloupe. « Au nom de ses intérêts le CDP est capable de les laisser en plan » s’inquiètent ils. Il faut donc les rassurer.

La proposition de loi si elle est actée devrait être suivie d’un réaménagement gouvernemental qui devrait faire la part belle aux membres du Front. Il faut donc initier la proposition de loi lui donner un contenu, convenir avec toute la mouvance dans un premier temps et ensuite demander à l’ADF/RDA de fixer « son prix ».

Pour l’ADF/RDA, suprême privilège, c’est avec le Boss même que la discussion allait se faire. C’est Blaise et Gilbert qui aurait dû transiger. Au départ donc, l’ADF n’a pas été associée. Le premier niveau devait être géré par le CDP directement.

Quand ce premier palier aurait été franchi, en ce moment Blaise et Gilbert auraient dû se mettre d’accord pour parachever l’édifice. Sauf qu’il n’a pas franchi le premier palier. L’affaire a donc échoué entre les mains du SEN du CDP, dont la situation est devenue encore plus fragile. Il a fallu faire appel à Achille Tapsoba pour assurer le « service après vente » du bide.

Moyen de pression, il semble que le projet qui n’a pas abouti aurait consisté à donner au président Blaise Compaoré un moyen de pression sur l’opposition.

La proposition de loi, était dit-on un moyen de dissuasion. A charge pour le président Compaoré de le monnayer au plus fort dans les négociations qui allaient s’ouvrir. En expert en facilitation, Blaise Compaoré sait l’importance d’avoir un moyen de pression sur son vis-à-vis dans les négociations.

La proposition de loi devait être convenue entre tous les acteurs de la majorité et mise en stand-by. Elle était d’autant plus efficace que si les conditions de quorum sont réunies sa mise en œuvre est simple et ne coûte pas un centime.

La révision constitutionnelle peut dès lors se faire sans la légitimité du référendum, mais aussi avec les inconvénients financiers du référendum en moins.

La voie parlementaire ne coûte rien et elle est tout aussi légale si le quorum des ¾ est réuni. Mais pour mettre l’ADF/RDA à l’aise et obtenir son soutien, la garantie lui serait donnée que c’est juste un moyen de pression pour rééquilibrer les rapports en faveur de Blaise. En effet, aujourd’hui, dans un processus de négociation, de quel moyen de pression dispose t-il ? Aucun raisonnablement.

Le référendum n’est plus un moyen de pression pour obtenir des concessions en face. Il est difficile à mettre en œuvre et il faut de toute façon passer obligatoirement sous peine d’ « un attentat à la Constitution » par la voie parlementaire d’abord.

Cette redoutable arme de dissuasion n’a pas pu être amorcée parce qu’au sein du CDP même la cohésion n’existe plus. Le parti présidentiel est donc désormais en crise ouverte.

Une partie des frondeurs s’est dévoilée. Le désarroi de la direction du parti c’est qu’il ne connaît pas l’étendue de la « félonie ». Il n’a pas non plus les moyens de le savoir dans un théâtre où les gens ont appris à bien dissimuler ce qu’ils pensent réellement.

C’est donc vraiment compliqué pour la direction du CDP. La crise annoncée et niée à maintes reprises est là au grand jour. Elle sape encore plus les marges de manœuvre du président. Blaise Compaoré reçoit l’opposition dans une position inconfortable pour ne pas dire plus.

Au niveau international aussi, sa position devient indéfendable. Alassane Ouattara qui joue les médiateurs discrets, vient d’annoncer très clairement qu’il respectera la limitation des mandats présidentiels dans son pays.

Il a indiqué que quoi qu’il arrive, il ne sera pas candidat en 2020. Dans ces conditions Blaise est forcément mal à l’aise de lui demander qu’il l’aide à transgresser les principes qu’il respecte dans son propre pays.

Par Newton Ahmed BARRY


 


Commenter l'article (7)