Tant que Kosyam est sauf, Kokologho peut brûler !

Publié le lundi 6 octobre 2014

On est où là ? Ce titre du magazine itinérant de RFI peut parfaitement convenir à la situation actuelle de Kokologho. Sommes-nous en effet en république peut-on se demander à juste raison ? La république suppose en effet un ordre fondé sur le droit, accepté par tous et garantit par l’autorité de l’Etat. 

L’Etat est incarné par des hommes et des femmes qui sont entre autres : le policier, le préfet, le juge, le haut commissaire ou le gouverneur. Ces hommes ont reçu de l’Etat, les moyens de veiller à la sécurité et/ou à la sûreté de chacun d’entre nous mais aussi à celle de toute la collectivité.

A Kokologho, une chasse à l’homme s’est installée avec son corollaire qu’est le vandalisme, particulièrement depuis ces deux derniers mois. Ce n’est pas cela qui est en soi le problème.

Quand on est en société, il arrive que de temps en temps l’on observe ce type de phénomènes inhérents aux hommes et aux sociétés. Le problème, c’est quand les mécanismes qui sont prévus pour réguler les tensions sociales ne jouent plus ou refusent de jouer leur rôle.

Ici en effet, policier et préfet, haut commissaire et gouverneur observent ces phénomènes déviants tout à fait inquiétants mais ne font absolument rien. Ils disent que ce sont des querelles de familles. Comme si dans la famille il est permit à un de ses membres ou à plusieurs de faire n’importe quoi, en toute impunité.

Quand on détruit des domiciles en plein hivernage, interdit d’accès aux marchés d’autres membres de la famille, détruit des commerces qui sont des moyens de vie et même de survie, peut-on raisonnablement se prévaloir du prétexte de la famille pour ne rien faire ? Surtout quand les victimes elles-mêmes ont délibérément recours à la protection de la force publique ?

On se souviendra du cas de cette victime, partie chercher protection au commissariat et qui a été priée de vider les lieux pour ne pas donner prétexte aux manifestants de vandaliser ledit commissariat !

On est où là ? Sommes-nous encore en république quand des domiciles sont saccagés privant de gîte ceux qui y habitent, pendant que les mêmes vandales se promènent fièrement dans les marchés pour se vanter de leurs forfaits ! 

Quand la république se montre incapable de jouer son rôle, quelles qu’en soient d’ailleurs les raisons, alors c’est la barbarie qui installe sa loi. Et comme on le sait dans un tel ordre ou plutôt désordre, personne n’est véritablement gagnant.

Si comme par hasard, derrière ces querelles dites de famille il se trouve des enjeux de pouvoir coutumier, l’attitude de la république n’en sera d’ailleurs que plus coupable. Par calcul ou par insouciance, elle prépare ainsi le lit de jacqueries et autres pogroms de personnes pour la plupart innocentes.

Et c’est bien ainsi qu’au sein de la nation s’érigent des murs d’intolérance qui finissent par emporter les bases de notre vivre ensemble. La vie en société exige la soumission de tous à des règles communes. Si au Burkina, continuent de cohabiter deux ordres sociaux (traditionnel et moderne), c’est sans doute parce que le premier (le traditionnel) n’a pas encore épuisé toutes ses vertus.

Que l’on s’entende bien. L’ordre ancien n’est toléré que dans ses apports positifs et notamment dans ses projections qui ne contreviennent pas aux droits constitutionnellement établis. Kokologho ne doit en aucun cas constituer une enclave réservée. On ne peut pas jouer les Ponce Pilate quand on est soi-même le problème.

Le différend de Kokologho depuis le départ est un différend politique. Si la famille Kaboré jusque là régnante était sous une certaine allégeance, on n’entendrait pas parler d’elle de cette façon.

Aujourd’hui, même l’autorité du Mogho Naaba, la source du pouvoir du ‘’Wéogo’’ est constamment défiée ! Et l’embarras du monarque parfaitement visible n’en traduit que plus, l’intrusion du politique dans la sphère traditionnelle.

Tout cela doit cesser au plus vite. Aucune parcelle du Burkina ne doit brûler, surtout pas pour satisfaire de sinistres ambitions.

Par Germain B. NAMA


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