Dialogue inter-parti : quel signal veut-on livrer aux burkinabè ?

Publié le jeudi 18 septembre 2014

En ce début de mois de septembre pluvieux où les circonstances ne se prêtent pas aux grandes mobilisations populaires, la politique ne semble pas être pour autant aux abonnés absents. Il faut reconnaître à nos hommes politiques la maîtrise de l’art d’exister. En effet, hommes politiques de la majorité comme de l’opposition ont fait la ronde des structures religieuses et coutumières.

Du Mogho Naaba à l’Imam de la capitale, en passant par le cardinal Philippe et les pasteurs protestants, tous ont reçu la visite de nos hommes politiques. Des burkinabé ont vu d’un mauvais œil ce qu’ils ont appelé une cour éhontée aux leaders religieux et coutumiers. Peu importe !

Pour Zeph et Assimi, l’essentiel c’est d’exister dans les médias et à travers les médias, exister dans l’actualité nationale. Mais ce qui semble avoir le plus marqué les esprits, c’est la visite du CDP au patron de l’UPC. Assimi Koanda s’est en effet rendu chez Zéphirin Diabré, chef de file de l’opposition politique.

Aux journalistes qui paraissaient étonnés voire surpris par ce geste, Assimi Koanda leur répondra que la politique c’est pas la guerre. Même si la politique c’est pas la guerre, comme il l’a dit, avouons qu’au Burkina ça y ressemble. Etre opposant dans notre pays, c’est tout comme être un paria.

On n’a droit à rien d’autre qu’à des ennuis. Faites la revue des opérateurs économiques, des consultants hors système, des hautes fonctions de l’administration publique, vous apercevrez la ligne de démarcation qui sépare les acteurs des deux camps.

Précisons qu’au Burkina, l’opposition est un concept très large. Il englobe bien entendu ceux qui émargent dans les partis qui s’opposent sur le terrain mais aussi tous les Burkinabé libres penseurs qui interviennent dans l’espace public. Aux uns les avantages de la république, aux autres, la persécution et la diète organisée.

Dans ces conditions, le geste d’Assimi Koanda ne peut manquer d’interroger les burkinabé. Serait-ce le signe d’un dégel dans la suite des batailles rangées qui ont jusque là rythmé notre vie politique ? D’aucuns veulent le croire.

Blaise disent-ils est un pragmatique. Il aurait compris l’impossibilité d’organiser un référendum dans le contexte politique actuel, ce que ses ouailles semblent enfin avoir compris. Il faut donc faire contre mauvaise fortune bon cœur en profitant de l’accalmie actuelle qui s’apparente plutôt à une armistice, pour créer un climat favorable à d’inévitables négociations.

Cela s’appelle du réalisme politique. Plaise à Dieu que rien ne vienne remettre en cause un tel processus largement souhaité par de nombreux burkinabé moralement épuisés par la guerre sans fin que se livre pouvoir et opposition.

Il est vrai que les rancœurs demeurent encore très fortes au sein du CDP qui ne semble pas avoir encore digéré le départ de ses anciens dirigeants. On peut en juger par les annonces tonitruantes de défections au sein du MPP fortement médiatisées.

Même si personne n’est dupe sur l’origine de cette manipulation, le CDP s’enorgueillit tout de même d’avoir passablement gêné la marche jusque là tranquille du MPP.

Mais on peut être sûr qu’à ce jeu, Salif Diallo est infiniment plus fort et si ce jeu devait perdurer, le CDP devra s’attendre à une riposte dont l’enfant terrible du Yatenga a le secret. Qui d’autre au CDP plus que Salif Diallo a travaillé à déstabiliser l’opposition au Burkina ?

Remettre ces vieilles méthodes dont le géniteur semble du reste s’être repenti, c’est non seulement manquer d’imagination mais c’est aussi courir le risque de braquer l’opinion. Dans l’adversité et même la défaite, il faut savoir rester grand.

Les Burkinabé veulent sortir de leur misère. Ils n’ont pas l’âme à regarder ce spectacle tragi-comique qu’on leur présente à grand renfort de médias. Blaise Compaoré qui est aujourd’hui dos au mur a besoin d’autre chose !

Par Germain B. NAMA


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