Al Mamy KJ : « J’accompagne le départ total d’un système »

Publié le mardi 2 septembre 2014

Il fait partie des artistes qui refusent de contraindre leur langue dans la poche. Sa dernière œuvre est un maxi composé de deux titres : Dabo Boukary et article 37. Dans cet entretien, le reggaemaker parle aussi d’un système politique salvateur pour notre pays. 

Bonjour Al Mamy KJ, déjà est ce que vous pouvez nous donner la signification de votre nom d’artiste ?

Bonjour, faut dire que Al Mamy dans son premier sens il est religieux, c’est l’imam. Mais dans un autre sens en Bambara il signifie leader, et c’est mon cas également. KJ signifie the key of justice c’est-à-dire la clé de la justice ; donc en gros Al Mamy KJ donnera le leader de la justice.


Donc votre cheval de bataille c’est la justice ?

Oui, c’est lutter au côté des masses quand ça ne va pas même quand ça va.

Mais exactement de quelle justice parlez vous ? La justice sociale ou celle qui doit être rendue par les cours et les tribunaux ?

Il s’agit de la justice dans tous ses aspects, la justice sociale, celle d’ordre politique et bien d’autres.

Plus exactement qu’est ce que vous revendiquez pour la masse ?

Dans les contrées comme la nôtre c’est surtout les meilleures conditions de vie, que les masses soient plus épanouies. Un épanouissement socioculturel et même politique des masses.

Pour revenir sur votre maxi, est-ce vous pouvez nous dire les principales idées des deux titres Dabo Boukary et article 37 ?

C’est l’expression d’un ras-le-bol. Vous savez en plus de Dabo Boukary il y a eu plusieurs autres crimes de sang au Burkina Faso. Dabo Boukary est un crime qui vient en représentation à l’ensemble des crimes de sang commis sous le régime de la 4e république. En réalité l’idée c’était d’exprimer le ras-le-bol vis-à-vis de cette impunité que nous vivons depuis belle lurette.

L’affaire Dabo Boukary préoccupe principalement les étudiants, en choisissant ce crime est-ce que tu vous n’êtes pas en train de chercher une certaine popularité auprès des étudiants ?

Vous savez sur cette affaire, à moins qu’on ne soit pas une âme sensible, sinon on n’hésiterait pas un seul instant à chanter pour Dabo Boukary.

 Il y a eu bien d’autres crimes tels que Norbert Zongo

Voilà pourquoi je dis que ce cas précis vient en représentation à l’ensemble des crimes de sang tout en sachant que je prépare un autre album où je chante Norbert Zongo d’ailleurs. Il faut le dire, personne n’a chanté Dabo Boukary. Avant on m’a dit attention tu veux chanter Dabo Boukary c’est dangereux, et ne compte pas sur les mass médias burkinabè pour diffuser ta fameuse chanson. Je dis non mais, un étudiant après 7 ans d’études se voir éliminer de la sorte, vous voyez ce que ça peut faire ?

Qui vous a aidé pour la production ?

Al Mamy KJ : Je l’ai fais sur fonds propre, et je ne cherche même pas à faire bénéfice avec. Mais il fallait que le peuple burkinabè sache que qu’un jeune étudiant a été lâchement assassiné en 1990 par le régime matador et carnivore de la 4e république. Il fallait que les gens le sachent.

Imaginez un seul instant cette grande perte là. En assassinant Dabo Boukary si à l‘époque le Burkina Faso faisait un médecin pour un million d’habitant mais on n’a pas assassiné Dabo Boukary seul, on a assassiné Dabo Boukary plus un million d’habitants.

Donc ce n’était pas possible que moi Al Mamy KJ me taise sur un tel crime, et d’ailleurs dans la chanson je le dis qu’ils se préparent, qu’ils sachent qu’on ne tue pas impunément.

Qui ?

Les assassins de Dabo Boukary, les commanditaires, qu’ils se préparent et qu’ils le sachent on ne tue pas impunément. Ils finiront par payer.

Qui va les faire payer ?

La justice tôt ou tard

La justice Burkinabè ?

Ce système là n’est pas éternel. Il finira par partir.

Donc c’est pour cela que vous parlez aussi de l’article 37, et est-ce qu’en respectant cet article à son état actuel, ça voudra dire la fin du système ?

C’est bien dit parce qu’à mon niveau quand je dis non à la révision de l’article 37 c’est une façon d’accompagner le départ total d’un système. C’est une façon de dire merde à tout un système.

Je rappelle que l’article 37 ne concerne que le départ du président Compaoré mais pas forcément d’un quelconque système

C’est toujours une lutte de longue haleine, je bien conscient que le départ de Blaise Compaoré ne signifie pas la fin du système. Les gens sont plus concentrés sur le départ de Blaise Compaoré que sur le changement lui-même.

Evé : En réalité peut être M. Compaoré, notre président n’y est pour rien dans ce système et que c’est peut être seulement un élément, voilà pourquoi je préfère parler de système et non de M. Comparé

Je suis d’accord, c’est l’alternative réelle qui est recherchée. En réalité il n’y a pas que Blaise Compaoré qui doit partir, je dis ils doivent partir, voilà pourquoi je disais tantôt des gens vont répondre et les gens répondront.

Sinon on me l’avait bien que la question d’article 37 là elle n’est réservée qu’aux politique, je dis non attention, c’est une question politique qui concerne tout le monde que tu sois vendeur de friperie de Zongona, vendeuse de beignets à Bobo-Dioulasso ou le commerçant de Gourcy ou Zabré.

Les décisions politiques qu’elles soient bonnes ou mauvaise c’est nous qui les subissons ces décisions là en tant que citoyen lambda. Donc on a le droit de dire un mot quant ça ne nous arrange pas. Il faut que le système change parce que ce sont les mêmes qui ont dilapidé le patrimoine.

Le système est pourri, corruption perfide et pernicieuse sévissent depuis longtemps. L’économie de la nation est détenue par une frange qui se délecte de la sueur et du sang des dignes fils de ma patrie.

Selon vous quelle pourrait être l’alternative à ce système ou la solution salvatrice ?

Nous avons intérêt à repartir sur une nouvelle base.

Laquelle ?

Les mêmes qui nous ont paupérisé, qui ont pillé ce vaillant peuple là, ce sont ces mêmes là qui crient aujourd’hui leur ras-le-bol envers Blaise Compaoré. Je dis c’est bien.

Donc il n’y a pas de solution ?

La solution est bel et bien là, actuellement il se peut qu’on aille à un référendum, ce qu’on entend, moi je pense que la solution la plus immédiate et la plus réelle pour nous c’est boycott.

Oui ça c’est pour empêcher le référendum, je parle du système de gouvernance qui pourra être salutaire pour les Burkinabè. Si tu voues aux gémonies le système actuel c’est que tu as une proposition à faire. N’est-ce pas ?

En perspective on doit tenir beaucoup compte des suggestions de la masse, je crois que le pouvoir appartient au peuple

C’est ce qu’on dit mais dans la pratique ce souvent pas le cas et aussi ça dépend

Oui mais il faut que nous arrivons à un tel régime où le pouvoir sera pris par le peuple et pour le peuple.

Donc vous pensez à un coup d’Etat populaire ?

Je ne parle pas de putsch ni de coup d’Etat, je dirai plutôt une vrai révision des choses, ça peut être un soulèvement populaire pour demander un changement réel comme on l’a observé en Russie en son temps en 1917 où les bolcheviks ont renversé les mencheviks pourquoi ce cas là n’est pas possible au Burkina Faso d’autant plus que ce sont les mêmes bourgeois qui courent derrière le pouvoir, qui essaient d’embarquer les masses.

Mais au moins je suis fier d’une chose, les masses sont en train de comprendre. J’entends aujourd’hui dire que les choses doivent revenir au peuple.

Oui ça c’est de façon théorique, je rappelle que la gestion de la chose publique n’est pas une mince affaire ni une sinécure, c’est vraiment autre chose, comment les masses pourront la gérer ou bien vous pensez à un parti politique qui pourra amener ce changement dont vous parlez ?

Parti politique ? (Long rire NDLR) Je ne crois pas trop, je veux dire que le vrai changement c’est ce que le peuple veut.

Ok quel est ce changement auquel le peuple aspire ?

C’est le changement qui donnera le pouvoir au peuple, c’est ça le vrai changement.

Quel pouvoir ? Est-ce le pouvoir économique ou politique ou autre ?

Le changement qui prendra en compte les exigences du peuple. Parce que, il ne faudra pas que c’est un conclave qui gère et que le peuple est à la marge de la chose comme on assiste aujourd’hui.

De plus en plus j’entends dire que la solution la plus adéquate au Burkina Faso c’est nous même. Il y a le vrai changement qui viendra et la révolution réelle s’installera.

Donc depuis là c’est de la révolution que vous parliez ? Mais à regarder un peu la réalité en face, c’est les partis politiques qui mobilisent plus

La mobilisation du peuple vient du peuple lui-même c’est un engouement naturel.

 Oui mais mené par certains leaders politiques

C’est ce que les gens croient, il ne faudrait pas que quelqu’un pense qu’il tire les autres dehors. Aujourd’hui les masses consciencieusement sortent parce qu’elles veulent le changement.

C’est vrai que certains sortent au nom des partis politiques, mais beaucoup sortent surtout pour crier leur ras-le-bol, leur mécontentement réel.

Et les gens savent qu’ils vont répondre, je ne dis pas de nom, mais quand je parle de BND, BNDB, BFC, les ORD, de la Faso Fani, de Faso yaar, de la SOREMIB de Poura, quand je parle de Flavien Nébié, de Mamadou Kéré, Kogoda Zoro, Jean Ki Bertoi, de Sanon Elizé je sais de quoi je parle.

Je reviens sur une question à laquelle vous n’avez pas répondu clairement, quel mode de gestion politique pensez convenir pour le mieux être des Burkinabè ?

Quand tu regardes notre société africaine telle qu’elle est vécue avec cette solidarité qu’on voit à tout bout de champs, je pense que c’est le communisme qu’il nous faut.

Mais on entend dire que dans le communisme ta femme est ma femme, et certains restent réfractaire ou ont peur de ce système en raison de ce qui s’est passé en URSS en terme de violence ou bien c’est un communisme à l’africaine ?

C’est une peur qui n’est pas fondée, regardez par exemple vous voulez acheter une chaussure qui devrait coûter normalement 7 000 ou 10 000f et seulement parce que on a écrit là-dessus (une marque NDLR) on te la vend à 70 000f.

C’est ça le capitalisme. Même ceux qui vivent sous le capitalisme à outrance disent qu’il est imposé par un certain lobby, ils n’ont pas le choix. 

Donc notre mal actuel c’est le capitalisme ?

C’est ça, il faut le dire haut et fort. C’est la source même de l’impérialisme. On nous l’a imposé, l’Afrique n’était prête pour ce genre de régime là. Le capital ? Ou c’est quelques individus qui gèrent les masses !

Mais est-ce les africains comprennent que c’est le capitalisme qui est le mal actuel ?

Ils le comprennent parce qu’à les entendre parler et à comprendre leur aspiration ils en ont marre de ces régimes là.

Merci Al Mamy KJ

 Interview réalisée par Hamidou TRAORE


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